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Par Arjun Makhijani
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La gestion des déchets radioactifs à vie longue est l'un des défis les plus frustrants et les plus difficiles à résoudre de ceux créés par la technologie moderne. Certains radionucléides resteront actifs pendant des millions d'années. Le plutonium 239, présent en quantités significatives, peut être utilisé pour la fabrication d'armes nucléaires, rendant la récupération des déchets évacués un enjeu attirant pour les proliférateurs de l'avenir. Des solutions visant à réduire la longévité des déchets par la transmutation, chose qui serait possible en théorie, créent un risque de prolifération intolérable, et laisseraient une contamination résiduelle et des déchets qui nécessiteraient toujours une gestion à long terme. En d'autres termes, il n'existe aucune option idéale pour la gestion des déchets hautement radioactifs. Le choix des options est très restreint, et toute "solution" sera prise parmi une liste d'options qui ont toutes des inconvénients. C'est là une des raisons qui font de la sortie du nucléaire et de l'arrêt de la production d'armes nucléaires, qui devraient tous deux être menés également pour d'autres raisons, des compléments importants à la recherche d'approches de gestion des déchets qui minimisent les détriments pour l'environnement. Aussi difficile qu'il soit de l'admettre, il est fortement improbable qu'il y ait à l'avenir une "panacée" technologique qui permette de résoudre simultanément tous les problèmes techniques, écologiques et de prolifération, même si les coûts ne sont pas pris en compte. Le stockage en surface pour un avenir indéterminé ne peut pas non plus être une option envisageable (voir l'article: Gestion à court et moyen terme des déchets de haute activité aux Etats-Unis ). L'inaction est, elle aussi, la recette pour créer encore plus de problèmes. De plus, dans le monde réel, les ressources financières accordées pour résoudre un problème quelconque sont forcément limitées. Jusqu'à maintenant, d'énormes sommes d'argent ont été dépensées pour des projets inadaptés, lancés sous la pression de l'opportunisme politique, comme par exemple le projet de Yucca Mountain au Nevada, et l'installation pilote pour le confinement des déchets (WIPP -- Waste Isolation Pilot Plant) au Nouveau-Mexique. Comme l'a prouvé la récente mise en place au WIPP de déchets sans permis de l'Etat pour les déchets dangereux, la dépense de grandes sommes d'argent pour la création d'un trou dans le sol engendre une grande pression politique pour l'ouverture de sites de stockage de ce type, négligeant totalement l'étendue des risques encourus pour l'environnement. La mise en place de déchets au WIPP prouve tout au moins que les forces économiques et politiques qui ont permis un tel placement sont, au moins pour le moment, plus puissantes que celles opposées à l'ouverture du site de stockage. Cela ne change pas le fait qu'il existe des réservoirs d'eau salée sous pression présents dans la région, ou que les ressources qui s'y trouvent rendent très dangereuse la possibilité d'une intrusion humaine sur le site. Le fait de négliger ces problèmes est une perpétuation coûteuse et dangereuse de l'approche "éloigner pour mieux oublier" de l'establishment nucléaire pour la gestion des déchets nucléaires. Il s'agit d'une mauvaise façon de répondre au défi scientifique et technologique visant à minimiser les dégâts potentiels et actuels causés par les déchets qui ont déjà été générés. Un programme rationnel de gestion des déchets devrait être structuré de façon à ce que des ressources suffisantes puissent être utilisées pour plusieurs options, permettant ainsi de faire des comparaisons raisonnables. Bien entendu, des comparaisons rationnelles nécessiteront une approche scientifique rationnelle, ce qui rend le cadre institutionnel de la recherche à long terme au moins aussi important que les problèmes techniques eux-mêmes. Cet article décrit les grandes lignes de trois approches globales qui peuvent, dans une certaine mesure, remplir l'objectif d'isoler les déchets de l'environnement humain pour la période de temps nécessaire (des centaines de milliers ou des millions d'années).
Evacuation dans les formations géologiquesL'évacuation dans les formations géologiques est l'approche qui a été la plus étudiée pour le stockage des déchets nucléaires à long terme. Le concept de base est l'évacuation des déchets dans un site de stockage en profondeur, dans des conteneurs entourés d'autres barrières ouvragées telles que les matériaux spéciaux de remblayage. Le seul site sur lequel des recherches sont menées aux Etats-Unis pour le combustible usé et les déchets militaires hautement radioactifs est le site de Yucca Mountain au Nevada, dont la géologie est composée de tuf volcanique. Un tunnel long de plus de huit kilomètres a été creusé dans la montagne. Le site de stockage de WIPP dans une formation saline profondea reçu l'autorisation de l'Environmental Protection Agency (EPA) pour recevoir des déchets transuraniens (TRU), mais n'a toujours pas obtenu de permis pour les déchets toxiques non-radioactifs présents dans la plupart des conteneurs.1 Des études sont actuellement menées pour des sites d'argile et de granit dans des pays tels que la France et la Suéde. Les sites de stockage dans les formations géologiques sont confrontés à trois difficultés principales :
Il est possible de traiter ces problèmes dans une certaine mesure, ceci par un processus rationnel de sélection des sites, un travail de recherche-développement approprié sur des barrières ouvragées, et un examen précautionneux des causes possibles d'intrusion humaine. Mais avant toute autre chose, essayons d'abord de trouver réponse au dernier problème mentionné. L'un des problèmes les plus épineux liés à l'intrusion humaine est de savoir s'il faut avertir les lointaines générations futures des graves dangers des déchets radioactifs et comment le faire. Des systèmes d'alerte permettant de maintenir les populations éloignées des sites ont, au mieux, une utilité incertaine, et, au pire, encouragent une complaisance injustifiée.2 De surcroît, des techniques visant à mettre en garde les générations futures contre les intrusions humaines involontaires attireraient l'attention sur le site d'évacuation, et multiplieraient le risque d'intrusions délibérées afin de se procurer du plutonium ou d'autres matières dans les déchets. La probabilité d'une intrusion délibérée peut être rendue minime par un site de stockage et des barrières ouvragées conçus de façon à ce qu'il soit plus rentable et techniquement plus facile pour produire du plutonium de construire un nouveau réacteur nucléaire que de récupérer et de ramener à la surface le combustible usé. La probabilité d'une intrusion délibérée est également réduite s'il n'y a pas de repères d'avertissement permanents du site d'évacuation et de son contenu. La mesure de sécurité la plus importante à prendre contre des intrusions involontaires est de sélectionner un site où il soit fortement improbable que des êtres humains décident de chercher des ressources. Si l'on suit cette logique, la meilleure garantie contre l'intrusion est de choisir un site où:
Le site de Yucca Mountain ne peut en aucun cas rentrer dans le cadre des deuxième et troisième critères. L'eau est en général assez rare dans la région, alors que l'eau de la nappe phréatique est disponible et de très grande qualité. Bien que l'eau présente sous le site de stockage lui-même se trouve sous une montagne, l'eau de la nappe phréatique présente dans l'environnement immédiat du site est davantage accessible par forage, ce qui fait de l'intrusion un risque réel. De plus, l'eau souterraine qui se trouve à seulement 32 kilomètres du site, dans la vallée Armagosa, est actuellement utilisée pour l'irrigation. Yucca Mountain est également situé dans une région minérale riche. La montagne elle-même n'a pas été exploitée pour ses ressources minérales, mais l'on y mène des extractions d'argent et d'or à proximité, qui sont mêmes visibles du site.3 Le site du WIPP ne peut rentrer dans le deuxième critère parce qu'il y a des ressources en pétrole et en potasse à proximité du site. Une recommandation d'étude émise par un panel du National Research Council of the National Academy of Sciences (NAS-NRC) en 1983 sur le confinement des déchets semble correspondre aux critères énumérés ci-dessus4 (mais ne remplit pas d'autres conditions -- voir ci-dessous). Le type de site suggéré serait dans une couche de granit contenant de l'eau souterraine saumâtre, qui se trouve sous un aquifère sédimentaire. De tels sites peuvent être trouvés dans certaines régions près de la côte est des Etats-Unis, où l'eau douce de surface est relativement abondante. Etant donné qu'il y aurait un aquifère d'eau douce au-dessus du site, l'intrusion pour trouver de l'eau saumâtre serait fortement improbable. En ce qui concerne les autres ressources, le granit est disponible en abondance près de la surface dans les régions de l'Est, ce qui rendrait également improbable le forage pour toute autre ressource connue dans le granit profond. Pourtant, l'intrusion humaine est seulement l'une des inquiétudes qu'il faut aborder pour un programme de stockage. En plus, le stockage (ou toute autre méthode d'évacuation) doit respecter des critères écologiques, sanitaires et techniques. Certains des critères essentiels sont les suivants :
En plus des nombreux problèmes déjà mentionnés, Yucca Mountain ne correspond pas non plus au premier critère donné parce que sa géologie ne devrait pas apporter une barrière significative à long terme. Le seul lieu précis suggéré par le panel de la NAS-NRC ne peut convenir, parce qu'il ne respecte pas le troisième critère. Il serait à proximité de la Baie Chesapeake, l'un des environnements naturels les plus riches et les plus sensibles des Etats-Unis. La mise en place de vastes quantités de déchets nucléaires et la construction à grande échelle qui leur est associée seraient hautement perturbateurs pour des ressources écologiques et économiques uniques. Le processus visant à trouver un site de stockage approprié est très difficile et complexe, devant trouver le juste équilibre entre toutes sortes de considérations, comme l'illustre l'exposé précédent. Ainsi, il est très prématuré à l'heure qu'il est, de procéder à la sélection de vrais sites de stockage, ou même de lancer un processus de sélection de sites. Il est nécessaire de mener une plus longue recherche de base sur divers environnements géologiques avant que des sites puissent être étudiés scientifiquement. De surcroît, les types de sites de stockage doivent être étudiés en même temps que le développement de barrières ouvragées. Les recommandations de l'IEER pour le programme de sites de stockage américain sont les suivantes:
Evacuation sous les fonds marinsL'évacuation sous les fonds marins a nettement moins fait l'objet d'études que l'évacuation en sites de stockage dans les formations géologiques. Il est important de distinguer entre évacuation sous les fonds marins et immersion de déchets radioactifs. L'immersion implique l'évacuation des déchets dans l'eau, lieu où ils seront inévitablement dispersés. Au contraire, l'évacuation sous les fonds marins placerait les déchets en dessous du fond de la mer. Si cela était mené avec succès, les déchets ne se disperseraient pas dans les océans. Deux approches concernant l'évacuation sous les fonds marins ont été envisagées jusqu'ici:
Un site situé dans le nord de l'Océan Pacifique, fait de 100 millions de kilomètres carrés de fond d'océan, couvert d'argile rouge tendre jusqu'à 100 mètres de profondeur, a souvent été mentionné comme site possible (voir la figure 1).6 L'avantage principal de l'évacuation sous les fonds marins comparée à l'évacuation dans les formations géologiques est qu'il est très improbable que de fortes doses de radiation puisse passer par la voie d'exposition de l'eau potable. L'eau utilisée pour la boisson et l'irrigation est généralement considérée comme la voie d'exposition aux radiations la plus importante qui résulterait de l'évacuation dans les formations géologiques.7 Pourtant, les doses de radiation passant par la voie d'exposition de la nourriture sont également possibles. Si l'on se base sur la technologie actuelle, une intrusion humaine délibérée serait beaucoup plus difficile à effectuer qu'avec l'évacuation dans les formations géologiques. Etant donné qu'il est probable que le progrès technologique rapide se poursuive, il est possible qu'il y ait un jour une intrusion délibérée, bien que le manque de signes d'avertissement extérieurs ou toute autre manifestation à la surface devrait rendre cette éventualité moins probable que pour des sites de stockage basés à terre. Une intrusion involontaire semblerait en revanche être beaucoup plus improbable sous l'océan, particulièrement dans les parties éloignées des régions côtières, et où il n'y a pas de ressources minérales directement accessibles dans le fond de l'océan. Etant donné que moins de recherches ont été menées sur l'évacuation sous les fonds marins, les problèmes potentiels de cette méthode de stockage sont moins connus. Pourtant, des questions troublantes ont été soulevées. Par exemple, Hessler et Jumars, deux océanographes, ont remarqué que, bien que la densité de matière vivante présente dans les fonds marins soit faible, la vie y est très diverse. Plusieurs facteurs se portent en faveur de la diversité de la vie dans les écosystèmes des fonds marins, notamment le fait qu'elle y est très stable: "Une telle stabilité rend minimale la probabilité d'extinction même d'espèces qui se maintiennent en populations d'une densité extrêmement faible, et par conséquent, permet le développement de la diversité des groupements à des niveaux élevés. "Bien que personne n'ait jusqu'ici mesuré la tolérance des organismes abyssaux (vivant dans les fonds marins), il est quasiment sûr qu'ils ne peuvent s'adapter qu'à de faibles niveaux de transformation écologique...En conséquence, la moindre forme d'activité humaine sur les fonds marins profondsque ce soit pour l'évacuation de déchets, l'extraction de nodules, ou quoi que ce soit d'autrerisquerait d'avoir des effets beaucoup plus dévastateurs qu'une perturbation équivalente en eau peu profonde."8 A long terme, les problèmes de confinement par rapport à l'environnement humain dans le cas de l'évacuation sous les fonds marins pourraient d'une façon générale être semblables à ceux de l'évacuation dans les formations géologiques. Le transport, la mise en place des déchets, et l'autorisation d'exploitation représentent des défis significatifs. Enfin, la convention internationale contre l'immersion de déchets radioactifs pourrait interdire l'évacuation sous les fonds marins. Etant donné la vulnérabilité potentielle de la vie des fonds marins face aux activités humaines, l'évacuation sous les fonds marins ne peut être considérée comme une "solution" au problème de l'évacuation des déchets. Mais les problèmes qui y sont associés pourraient ne pas être plus graves que ceux de l'évacuation dans les formations géologiques, bien que les problèmes spécifiques soient quelque peu différents. Par conséquent, à l'heure actuelle, il faudrait allouer des ressources significatives sur la recherche pour l'évacuation sous les fonds marins. Ces budgets ne doivent pas servir à ajouter des matières radioactives dans l'environnement océanique ou sous les fonds marins. Une collaboration sur des recherches internationales sur l'évacuation sous les fonds marins pourrait être une composante essentielle de la conversion en utilisation pacifique des installations navales de la guerre froide des Etats nucléaires 9 Un désavantage de l'évacuation sous les fonds marins est qu'elle implique une évacuation dans la propriété mondiale qu'est l'océan. Les pays qui ont fait les choix non recommandables de l'énergie nucléaire et des armes nucléaires pourraient évacuer leurs déchets sans prendre la responsabilité nationale proportionnée en fonction de l'étendue du problème. Pour aggraver la situation, les pays n'ayant pas produit de déchets radioactifs de haute activité seraient obligés d'en partager les conséquences néfastes potentielles. L'utilisation de l'évacuation sous les fonds marins ou de toute autre approche internationale devrait seulement être étudiée dans le contexte de la sortie complète et irrévocable de l'énergie nucléaire et de l'arrêt de la production de matières fissiles et de tritium à des fins militaires. Evacuation en dehors de la biosphèreIl y a deux possibilités d'évacuation des déchets nucléaires en dehors de la biosphère; soit au-dessus de celle-ci, dans l'espace, soit en dessous, sous la croûte terrestre dans le manteau supérieur. La première option est difficilement applicable, et devrait être rejetée à la fois pour des questions de coût et de sûreté, à cause des vastes quantités de déchets que cela implique. L'option restante est l'évacuation sous la biosphère. Il est difficile de définir une limite inférieure exacte à la biosphère, parce qu'il y a des interactions entre les différentes strates de la terre. Par exemple, les éruptions volcaniques font monter dans la biosphère du magma qui se trouvait à l'extérieur de celle-ci. La définition opérationnelle de la "biosphère" pour ce qui concerne l'évacuation de déchets nucléaires devrait elle-même être l'objet de recherches approfondies. Deux définitions quelque peu différentes pourraient être satisfaisantes :
![]() Figure 2: Terre, coupe transversale
![]() Figure 3: Les strates de la Terre
Les Figures n°2 et 3 montrent les différentes strates de la terre. La croûte terrestre est épaisse d'environ 5 à 10 kilomètres endessous des océans : par contraste, elle est de 20 à 70 kilomètres d'épaisseur sous les régions continentales.10 La frontière entre la croûte terrestre et le manteau supérieurappelée discontinuité Mohorovicique ou Moho, en abrégéest caractérisée par une augmentation soudaine de densité avec la profondeur. Cela permet au manteau supérieur d'être identifié comme strate géologique distincte (et par conséquent aussi pour l'évacuation). Dans certaines régions, les roches du manteau supérieur sont sous forme fondue ou semi-fondue, mais elles sont solides dans la plupart des régions. Des méthodes indirectes, telles que l'étude des transformations dans la vitesse des ondes sismiques aux frontières entre les couches, permettent d'étudier les strates de la croûte terrestre, où il est encore impossible de faire des trous de forage. Une évacuation dans la région du manteau la plus élevée aurait une partie des mêmes caractéristiques que l'évacuation dans des trous de forage profonds dans la croûte terrestre.11 Dans le cas de l'évacuation dans le manteau supérieur, les conteneurs de déchets seraient descendus dans des trous de forage très profonds s'étendant en dessous de la croûte terrestre. Les trous de forage seraient percés dans une région à géologie stable, c'est-à-dire éloignée des régions où les plaques tectoniques se rassemblent (aux limites des continents) ou là où elles se séparent (comme par exemple dans les rifts du milieu de l'Atlantique ou de l'Est du Pacifique). Les régions stables du manteau supérieur pourraient être capables de maintenir les déchets en dehors de la biosphère pour des millions d'années, bien qu'il faille étudier cette hypothèse avec rigueur avant que cette méthode ne soit sélectionnée. L'évacuation dans le manteau supérieur résoudrait également les problèmes épineux liés à l'intrusion humaine délibérée ou involontaire de façon plus efficace que les deux autres approches. Les questions technologiques, scientifiques et de sûreté liées à cette option sont aussi vastes que la promesse théorique qu'elle porte, et il n'est pas évident qu'elles puissent être résolues. Par exemple, la technique de forage dans le manteau supérieur n'existe pas encore et ne fait pas actuellement l'objet d'un développement. Il est fortement improbable qu'elle soit développée dans un avenir proche. Pourtant, le forage de trous très profonds pourrait devenir davantage faisable avec de nouvelles technologies, telles que la coupe de rochers par lasers.12 Il pourrait également être possible d'évacuer les déchets dans les régions stables du manteau supérieur sous les fonds marins, là où la croûte terrestre est moins épaisse que sous les régions continentales. Il y a tout un tas de problèmes de sûreté liés à l'évacuation dans le manteau supérieur. Par exemple, même si l'on peut percer des trous de forage suffisamment profonds, seraient-ils suffisamment stables pour permettre l'évacuation des déchets sur tout le trajet jusqu'au manteau supérieur? Comment traiterait-on les incidents produits lors de la descente des déchets? Comment les différentes couches d'eaux souterraines seraient-elles isolées hermétiquement à grandes profondeurs afin de permettre la mise en place des déchets? Enfin, la science permettant d'estimer l'efficacité de l'évacuation dans le manteau supérieur n'a pas été développée. Par exemple, le forage de trous dans le manteau supérieur pourrait apporter une voie de transfert du flot magmatique jusqu'à la surface, qui amènerait ainsi avec lui de la radioactivité. La probabilité d'un tel événement sur un site spécifique devrait être diagnostiquée lors du processus d'autorisation. De surcroît, on ne peut actuellement accéder au manteau supérieur pour effectuer une mesure et une étude directes, ses propriétés doivent donc être évaluées en utilisant d'autres méthodes. Bien que ces techniques indirectes permettent une compréhension de la structure et de la composition générales, il n'est pas du tout évident qu'il soit possible de développer suffisamment de connaissances détaillées pour pouvoir utiliser cette technique d'évacuation en toute confiance. En l'absence de nouvelles techniques d'investigation, le processus d'autorisation réel de cette méthode d'évacuation doit être l'objet de débats. En pesant l'importance des facteurs mentionnés ci-dessus, nous sommes arrivés à la conclusion que le potentiel théorique de l'évacuation dans le manteau supérieur à contenir des déchets radioactifs à vie longue en dehors de la biosphère est suffisamment élevé pour qu'il vaille la peine de lui allouer des ressources financières significatives, même s'il paraît improbable actuellement que cette approche puisse porter ses fruits. ConclusionLa sélection de sites pour l'évacuation à terre de déchets nucléaires dans les formations géologiques est encore totalement prématurée. La recherche menée jusqu'ici a été tout à fait insuffisante pour déterminer si cette approche est ou non la meilleure. De plus, même dans le cadre de l'évacuation dans les formations géologiques, les programmes ont été compromis par la hâte des hommes politiques. Nous avons examiné trois approches de base pour le stockage des déchets à long terme que l'IEER considère comme devant être étudiées en parallèle : l'évacuation dans les formations géologiques à terre, l'évacuations sous les fonds marins, et l'évacuation dans le manteau supérieur de la terre. Le but principal de cette recherche serait de produire suffisamment de données et d'analyses d'ici dix ou vingt ans pour permettre de faire une comparaison entre ces options. Si la première phase du processus révèle que suffisamment de garanties sont apportées par l'évacuation sous les fonds marins ou dans le manteau supérieur, d'autres travaux seront peut-être nécessaires avant que le choix des sites de stockage puisse être effectué, parce que les problèmes des sites de stockage seront mieux connus, et il faudrait sans doute plus de temps avant que les problèmes des deux autres options ne soient mis à jour. A ce moment-là, une ou deux des options pourraient être abandonnées, si les données le justifie, et des ressources supplémentaires concentrées sur les (l')approche(s) restante(s). Le moment serait alors plus approprié pour réétudier la question de savoir comment et si un processus de sélection de site pour l'évacuation des déchets devrait être mis en route. |
Énergie et Sécurité No.9 Index
Énergie et Sécurité Index
IEER page d'accueil
L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en mai 1999.)
mise en place juillet 2000
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1 Des produits chimiques toxiques peuvent s'accumuler au fur et à mesure du temps quand ils sont stockés dans des conteneurs avec des déchets radioactifs, ceci à cause de la dégradation des matières plastiques et d'autres matériaux engendrée par l'action de la radiation. (voir Energie et Sécurité No.8). 2 Kai Erikson, "Out of Sight, Out of our Minds", New York Times Magazine, du 6 mars 1994. 3 Michael Miklas et al., Natural Resources Regulatory Requirements: Background and Consideration of Compliance Methodologies, CNWRA 92-022 (San Antonio, Texas : Center for Nuclear Waste Regulatory Analysis, 1992), p.3 à 37. 4 Waste Isolation Systems Panel of the National Research Council, A Study of the Isolation System for Geologic Disposal of Radioactive Waste. (Washington, DC: National Academy Press, 1983). 5 Des torpilles à chute gravitaire dans les fonds marins peuvent actuellement ancrer des instruments de recherche à 60 mètres environ dans les sédiments présents sous le fond de l'océan, dans des profondeurs d'eau de plus de 5 000 mètres. Les recherches ont été menées par le Centre Commun de Recherche Européen en collaboration avec d'autres utilisant des torpilles faites à Ispra, en Italie. Voir http//www.tinet.ch/odm01/ffp-01.html. 6 Milnes, op cit. et Charles Hollister, D. Richard Anderson, et G. Roth Heath, "Subseabed Disposal of Nuclear Waste", Science, Vol. 213, N° 4514, du 18 septembre 1981. 7 Sur certains sites, tels que Yucca Mountain, il pourrait y avoir un risque d'exposition individuelle élevé à cause de la radioactivité provenant des projections des éruptions volcaniques. Un site de stockage à Yucca Mountain, réalisé au-dessus de la nappe phréatique pourrait aussi aboutir à des rejets de carbone 14 sous la forme de dioxyde de carbone. Il en résulterait de petites doses individuelles. Mais étant donné que la demi-vie du carbone 14 est longue, et qu'il s'introduit dans les plantes, les doses globales aux populations pourraient être très élevées sur des milliers d'années. Si l'on applique les coefficients de risque utilisés actuellement par l'EPA, les décès par cancer estimés pour le site de Yucca Mountain pourraient se chiffrer en milliers, sur la base d'une longue période, simplement dus à l'exposition au carbone 14. Il règne une controverse considérable quant au fait de savoir si de tels calculs effectués sur de petites doses individuelles surestiment ou sous-estiment les dommages sanitaires. Voir le Review of the Release of Carbon 14 in Gaseous Form from High-Level Waste Disposal, par l'EPA, EPA-SAB-RAC-COM-93-010, du 29 avril 1993. Pour le site de Yucca Mountain, il faut également adresser la possibilité que des événements hydrothermiques amènent des radionucléides à la surface. Voir Fluid Inclusion Studies of Samples from the Exploratory Study Facility, Yucca Mountain, Nevada, par Yuri Dublyansky, IEER, décembre 1998. Il est toutefois à remarquer que bien que l'EPA n'ait étudié que le risque de cancers, le carbone est l'élément de base présent dans la matière vivante, ADN comprise. En conséquence, les effets génétiques et immunologiques du carbone 14 ainsi que ses effets sur les foetus en développement doivent être étudiés avec précaution. 8 Robert R. Hessler et Peter A. Jumars, "Abyssal Communities and Radioactive Waste Disposal", Oceanus, Vol. 20, N°1, hiver 1977, p.44. 9 Actuellement, des sous-marins américains et d'autres types de navires servent déjà à des recherches sur l'environnement. 10 Sybil Parker, rédactrice en chef, McGraw Hill Encyclopedia of the Geological Sciences. New York: McGraw-Hill, 1987, p. 140147 et 396399. 11 L'évacuation dans des trous de forage profonds à l'intérieur de la croûte terrestre a été étudiée comme une possibilité à la fois pour le plutonium (NAS 1994, op cit.) et pour les déchets de haute activité. Pour un résumé de ce dernier, voir A.G. Milnes, Geology and Radwaste. New York: Academic Press, 1985. Ce livre contient une étude des diverses méthodes d'évacuation des déchets de haute activité mais aussi un bon récapitulatif des notions de géologie qui sont importantes pour la bonne compréhension de l'évacuation des déchets radioactifs. 12 Josh Chamot, "Cold War's Hot Technology", Geotimes, septembre 1998, p.1011. |