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A la fin des années 50, l'Académie des sciences américaine a recommandé que les déchets hautement radioactifs soient évacués dans des formations géologiques profondes comme, par exemple, des dômes de sel. Plusieurs sites ont été explorés dans les années 60, et un emplacement situé à proximité de Carlsbad, au Nouveau-Mexique, a été testé pendant les années 70. En 1979, le Congrès autorisa la construction du Waste Isolation Pilot Project (WIPP, Projet pilote de confinement des déchets) dont la construction commença en 1980.1 Depuis son autorisation, soit en fait pendant les vingt derniéres années, le DOE a essayé de faire ouvrir l'installation afin d'y évacuer une partie des transuraniens provenant de ses propres sites. Mais le WIPP doit aujourd'hui faire face à de nombreuses critiques concernant sa viabilité technique en tant que site d'évacuation.2 Après un retard de nombreuses années, il a récemment reçu l'autorisation de l'Environmental Protection Agency (EPA, l'Agence pour la protection de l'environnement) pour recevoir des déchets transuraniens. Cependant, il n'a pas encore été autorisé à recevoir des déchets appelés "déchets mixtes", qui sont un mélange de déchets transuraniens et de produits chimiques tombant sous la réglementation du Resource Conservation and Recovery Act (RCRA, loi sur la conservation et la récupération des ressources), la loi américaine sur les matériaux dangereux.3 La grande majorité des déchets qui doivent étre placés dans le WIPP est considérée comme déchets mixtes transuraniens. Dans sa tentative d'ouverture officielle du WIPP, le DOE a décidé d'y placer 36 fûts de déchets transuraniens qu'il considérait comme n'étant pas mélangés.4 Les déchets se composaient de détritus, tels que des gants et des éléments de boîtes à gants, des chiffons, différents types de plastiques, et du papier contenant du plutonium 238 provenant de la construction de radio-isotope thermal electricity generators (RTGs) (générateurs d'électricité à partir de la chaleur dégagée par radio-isotope) au Los Alamos National Laboratory (LANL) pour le programme d'études spatiales. Se basant sur ses connaissances du procédé utilisé pour la construction des RTGs, le DOE affirme que ces déchets ne posent aucun danger. Néanmoins, l'évaluation par l'IEER du rapport du DOE "Acceptable Knowledge" (les connaissances acceptables) et des documents d'accompagnement a montré que le DOE n'avait pu faire preuve d'une connaissance suffisante des déchets contenus dans les fûts pour déclarer qu'ils sont sans danger. En plus d'un grand nombre de manquements à fournir des documents sur les déchets, ce qui remet en cause les connaissances du DOE à ce sujet, son évaluation technique des déchets est, elle aussi, largement insuffisante. L'analyse de l'IEER a montré le manque de prise en compte par le LANL des transformations chimiques qui se produisent dans certains matériaux lorsqu'ils sont irradiés. Ce phénomène, appelé radiolyse ou décomposition radiolytique, se produit quand les matériaux comme le plastique ou le caoutchouc sont irradiés. Cela aboutit à la formation de nouveaux produits chimiques. Ce phénoméne est aussi responsable du rejet accéléré des produits chimiques déjà présents dans les déchets (voir p. 22). La présence de certains de ces produits chimiques en concentrations assez élevées pourrait permettre d'attribuer à ces déchets un ou plus d'un des quatre critères des déchets dangereux, définis par le RCRA (la toxicité, la corrosion, l'inflammabilité et la réactivité). Par exemple, la présence de chlorure d'hydrogène peut être une raison suffisante pour considérer les déchets comme corrosifs. Bien qu'il soit possible que les déchets n'aient pas été dangereux au moment de leur création, il est possible qu'ils le soient devenus à cause de l'irradiation durant leur entreposage. Selon les conclusions de l'IEER, il est très probable qu'une partie des déchets provenant du traitement du plutonium 238 du LANL remplisse les critères de déchet dangereux du RCRA, que le DOE n'est pas encore autorisé à entreposer. Après avoir examiné les documents soumis par le DOE (et ceux préparés par l'IEER) le New Mexico Environment Department (NMED), qui a force de loi pour déterminer le respect des règlements selon le RCRA, a décidé de demander au LANL de faire des prélèvements sur les déchets choisis pour être entreposés au WIPP pour confirmer que leur classification devrait être non toxique. Alors que le NMED a approuvé le Confirmatory Sampling and Analysis Plan et les résultats de l'analyse faite par le LANL, l'IEER pense que la campagne de prélèvements a été insuffisante pour déterminer si les déchets sont effectivement dangereux ou non. En outre, le DOE n'a pas fait les tests nécessaires pour déterminer si les concentrations de benzène, d'acétone, de chlorure de vinyle et chlorure d'hydrogène, (quatre produits que l'IEER a identifié comme pouvant être un problème), pouvaient dépasser les limites; ce qui, selon le RCRA, rendrait les déchets dangereux. Etant donné la grande diversité des déchets, la difficulté d'obtenir des prélèvements représentatifs et la forte possibilité qu'une partie des déchets puissent être classés comme dangereux sous le RCRA, une approche plus prudente serait de conclure que tous les fûts en question sont dangereux. Ce problème va bien au-delà des 36 fûts. Même avec une autorisation du RCRA, le WIPP ne pourra pas accepter des déchets qui sont corrosifs, inflammables ou réactifs parce que le Waste Acceptance Criteria (les critères d'acceptation des déchets) du WIPP exclut cette catégorie de déchets. A ce jour, on ne sait pas quelle est la quantité de déchets non éligibles pour le WIPP, ceci parce qu'ils sont devenus corrosifs, inflammables et réactifs durant l'entreposage. Cela remet en question la viabilité du WIPP comme site d'évacuation pour les déchets transuraniens mixtes. Et même si ces problèmes sont résolus et que le WIPP est ouvert, cela ne résoudra pas la question des grandes quantités de déchets transuraniens enfouis et de sols contaminés avec des transuraniens du complexe. Ces déchets représentent un danger écologique bien plus grand que celui des déchets transuraniens entreposés avec possibilité de reprise. La première priorité serait de réduire les risques provenant des déchets transuraniens enfouis et des sols contaminés avec des transuraniens. La hâte avec laquelle le DOE cherche à ouvrir le WIPP ressemble fortement au programme d'évacuation définitive des déchets de haute activité de Yucca Mountain. Ces programmes sont tous les deux techniquement insuffisants et devraient être abandonnés. Il serait bien plus réaliste d'admettre maintenant que ces programmes sont fondamentalement insuffisants plutôt que d'y entreposer des déchets de façon hâtive sous la pression engendrée par les calendriers des politiciens. Endnotes 1 "WIPP Fact Sheet," US DOE Carlsbad Area Office National Transuranic Waste Program website, www.wipp.carlsbad.nm.us/fctsheet/wippback.htm. 2 V oir les rapports de l'IEER de 1992, High Level Dollars, Low Level Sense et Containing the Cold War Mess.Voir aussi SDA Vol.6 No.1. On peut se les procurer auprès de l'IEER. Certaines parties sont aussi en ligne sur notre site web, www.ieer.org. 3 Les déchets qui sont radioactifs tombent sous la législation du Atomic Energy Act. Les déchets dangereux sont réglementés par le RCRA. Les déchets sont considérés comme dangereux s'ils contiennent des produits chimiques qui sont réglementés par le RCRA ou qui répondent à une des quatre caractéristiques du RCRA pour les déchets dangereux: toxicité, corrosion, inflammabilité et réactivité. Les déchets dangereux qui contiennent des éléments radioactifs s'appellent "déchets mixtes" parce qu'ils sont un type de déchets dangereux sous la législation du RCRA. 4 Les 36 fûts d'origine ont été ré-emballés et divisés de façon à être répartis dans un nouveau total de 116 fûts pour pouvoir répondre aux critères de transport des déchets. Cependant, pour plus de simplicité nous nous référons aux 36 fûts de départ dans cet article.
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Énergie et Sécurité No. 8 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement
1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en janvier 1999)
Mise en place août 2000