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Etude de cas No 2:Les déchets transuraniens et leurs conséquencesUn autre facteur rend la situation plus complexe: certains sites du complexe du Department of Energy (DOE, ministère de l'Energie) avaient déjà en 1970 leurs propres définitions pour les déchets transuraniens. Ces définitions n'ont pas correspondu, par la suite, aux définitions de l'Atomic Energy Commission (AEC) ou du DOE. D'autres sites n'ont tenu aucun compte de la réglementation de 1970 de l'AEC et ont continué à enfouir ou à évacuer les déchets transuraniens par d'autres moyens. Par exemple, entre 1966 et 1984, les déchets transuraniens d'Oak Ridge ont été mélangés avec du ciment et injectés en profondeur dans des formations rocheuses (une méthode appelée "hydrofracture"), ce qui s'est soldé par la contamination des eaux souterraines. Une partie des déchets transuraniens qui était classés comme étant entreposés de maniére réversible ont, en fait, été mal gérés et sont maintenant reclassés sous la rubrique "déchets enfouis" comme à Savannah River et Oak Ridge. La confusion régnant dans les réglementations et les pratiques, et l'absence de sanctions ont rendu la tâche de décontamination plus complexe, parce que les diverses catégories de déchets transuraniens sont maintenant mélangées dans les cimetières radioactifs. De surcroît, les données recueillies chiffrant le volume, la masse, et la radioactivité des déchets transuraniens enfouis et des sols contaminés par les transuraniens, varient selon les sites du DOE et sont, dans l'ensemble, de médiocre qualité. Il y a encore peu de temps, les données du DOE étaient compilées annuellement dans ses Integrated Data Base Reports.2 Cependant, les données sur les déchets transuraniens varient mystérieusement d'année en année, et ne correspondent pas à celles citées dans d'autres documents (voir les tableaux). A Los Alamos, par exemple, il y a deux estimations tout à fait différentes sur la quantité de plutonium présente dans les déchets -- la premiére, publiée par le QG du DOE, dans son rapport "Plutonium: The First 50 Years"3 , donne un chiffre de 610 kg, la deuxiéme, publiée dans diverses autres sources, le chiffre de 1375 kg.4 Pour autant que nous le sachions, aucune explication n'a été fournie à ce jour pour justifier cette différence énorme -- de 765 kg -- qui suffirait à fabriquer plus de 150 armes nucléaires. Le DOE n'a pas de règles définies visant à rassembler et à colliger les données des déchets transuraniens, et n'a pas non plus fourni d'explication raisonnable pour ces chiffres contradictoires. Le rapport de l'IEER a démontré que les chiffres du DOE sur les déchets transuraniens sont irrémédiablement déficients et incohérents pour tous les sites, à l'exception de celui du Idaho National Engineering and Environmental Laboratory où quelques efforts ont été faits pour créer une base de données s'appuyant sur les faits. Aprés cinq mois d'efforts, le DOE n'a pas pu fournir à l'IEER la preuve de la moindre utilisation de direction technique ou de méthode d'assurance qualité par ses services ou ceux de ses sous-traitants visant à s'assurer de l'intégrité des données. La seule étude qui ait été réalisée à partir des rapports existants (menée pour les transuraniens enfouis au laboratoire de l'Idaho) a estimé que la radioactivité des transuraniens enfouis était de neuf à douze fois plus élevée que les estimations préalables, et contenait une masse trois fois plus importante de radionucléides transuraniens5 (voir l'examen de la question dans l'article principal en page 16). Malgré cette découverte étonnante, le DOE n'a quasiment pris aucune mesure visant à obtenir de meilleures estimations des quantités de déchets transuraniens enfouis sur d'autres sites, ou visant à réévaluer sa stratégie de gestion des déchets. Il a fallu attendre la publication du rapport de l'IEER pour que le DOE admette même l'existence d'un probléme susceptible d'étre approfondi. Sur la base des données disponibles, il semble qu'environ deux tiers des déchets ont été enfouis dans des fosses peu profondes ou des tranchées (généralement avant que la directive de 1970 soit venue mettre fin à cette pratique). L'autre tiers est gardé en "entreposage avec possibilité de reprise" généralement dans des installations couvertes et en surface. Le DOE alloue une grande partie de son argent consacré à la gestion des déchets transuraniens là où celui-ci est le moins utile – par exemple en envoyant des déchets récupérables au Waste Isolation Pilot Plant (WIPP, installation pilote pour le confinement des déchets) au Nouveau-Mexique (voir l'encadré). Parmi tous les déchets transuraniens, les déchets récupérables posent le moins de risques pour le court et moyen terme, puisqu'ils sont généralement surveillés et entreposés dans des bâtiments couverts, ou sont en cours d'être transportés dans ces bâtiments. Les déchets transuraniens nouvellement produits sont eux aussi surveillés et sont entreposés avec possibilité de reprise. Le WIPP n'a pas la place pour recevoir les déchets qui sont responsables de la majeure partie du problème: les déchets transuraniens enfouis et les sols très contaminés qui y sont directement liés. Ces déchets menacent nombre de ressources vitales en eau, parmi lesquelles la nappe phréatique de la Snake River, la Columbia River, et la nappe phréatique Tuscaloosa (située sous le site de Savannah River). Malgré ces risques, les déchets transuraniens enfouis, les sols contaminés par des transuraniens et les nappes phréatiques en danger se trouvent en bas de la liste des priorités du DOE. Ce ne sont pas les considérations écologiques qui sont à l'origine de la haute priorité accordée au WIPP. Elle est plutôt due à des engagements politiques et juridiques pris pendant la guerre froide, notamment à l'égard de l'Etat de l'Idaho, selon lesquels les déchets transuraniens qui y étaient entreposés seraient envoyés à un site d'enfouissement. L'engagement du DOE vis-à-vis du WIPP est en contradiction totale avec sa politique déclarée, visant à donner une priorité élevée aux programmes de gestion et d'élimination des "risques urgents"6 A ce stade, la tâche la plus importante, du point de vue de la protection de l'environnement et de la santé, est de protéger les ressources en eau d'une contamination supplémentaire, et de stabiliser les déchets transuraniens enfouis et les sols contaminés par des transuraniens. Les quelques tentatives du DOE de s'occuper des déchets transuraniens enfouis, ont été insuffisantes et mal avisées. Plutôt que d'établir un programme d'ensemble dont la première tâche serait de cerner soigneusement le problème et de développer des technologies solides, le DOE a gaspillé une grande partie des maigres ressources allouées au problème des déchets transuraniens enfouis. Il a poursuivi la vitrification in situ, une technologie inadaptée et insuffisante.7 Son projet de fosse 9 au Idaho National Environmental and Engineering Laboratory a été une expérimentation mal conseillée de "privatisation" qui s'est soldée par des augmentations énormes des coûts, un échec technique, des controverses, et un retard au lieu d'une avancée dans la réduction des risques posés par les déchets enfouis. La justification proposée pour laisser les déchets transuraniens dans des sites d'enfouissement à faible profondeur dans le sol repose sur l'hypothèse que les éléments transuraniens sont relativement immobiles dans l'environnement. En se basant sur certaines données de laboratoire et des modèles informatiques qui ne reflétaient pas les données sur le terrain, le DOE avait prédit que le plutonium mettrait des centaines de milliers d'années pour se déplacer sur des distances de quelques dizaines de mètres. Cependant, la migration d'éléments transuraniens a été rapportée sur plusieurs sites. En 1995, une étude d'Oak Ridge a trouvé un transport "significatif et rapide"8 du curium 244, un élément transuranien. Une étude de 1998 à Oak Ridge indique que les contaminants montrent des signes de migration rapide "avec peu de ralentissement."9 Au laboratoire de l'Idaho, l'américium 241, un autre élément transuranien, a été détecté dans la nappe phréatique de la Snake River Plain, 170 mèt res en dessous des emplacements d'enfouissement. Les mesures de radioactivité dans les puits du site des essais du Nevada ont prouvé non seulement que le plutonium peut s'attacher, à de petites particules ("colloïdales") qui peuvent ensuite se déplacer "à une distance importante à travers les fractures de la roche volcanique, mais que c'est ce qui se produit aussi dans la pratique."10 Les mesures du sol sous les cuves de déchets de haute activité à Hanford montrent que le plutonium s'est déplacé sur une "distance surprenante", et que des concentrations élevées ont été mesurées à une profondeur de 30 mètres. A la lumière de ce que nous avons découvert sur la gestion des déchets transuraniens par le DOE, l'IEER fait les recommandations suivantes:
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Énergie et Sécurité No. 8 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement
1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en janvier 1999)
Mise en place juillet 2000