IEER | Énergie et Sécurité No. 6 et 7


Vers un désarmement nucléaire durable

Par: Arjun Makhijani


Malgré la multiplication des appels pour un désarmement nucléaire à travers le monde entier, et notamment ceux d'un nombre grandissant de personnalités de premier rang, les puissances nucléaires mondiales semblent déterminées à maintenir des armes nucléaires pour une durée indéterminée. Les Etats nucléaires qui pourraient offrir un rôle moteur en matière de mesures de désarmement, notamment les Etats-Unis, ont montré par leurs actions et leurs déclarations qu'ils n'ont aucune intention d'éliminer leurs arsenaux nucléaires. Les démarches visant au désarmement sont faites par à-coups, sont inadéquates et réversibles. De surcroît, elles sont décousues et de portée limitée, et sont minées par la dépendance qui prévaut vis-à-vis des armes nucléaires. La plupart d'entre elles semblent orientées vers la non-prolifération, mais pas vers le désarmement des Etats nucléaires.

Afin de lancer et de réaliser un plan de désarmement nucléaire total et durable, il nous faut répondre à un vaste champ de problèmes: facteurs socio-économiques (particulièrement l'inégalité et l'instabilité économiques), les besoins de sécurité collective, la politique énergétique, et tous les problèmes liés plus directement à la recherche, au développement, aux essais, à la production et au déploiement des armes nucléaires, y compris les conséquences sanitaires et écologiques de ces activités. Une grande partie du problème réside dans le monde extrêmement inéquitable que représente le système économique et militaire, dans lequel les puissants créent et imposent des règles aux faibles, mais changent ou cassent ces règles en toute impunité lorsque cela les arrange. (Voir l'article: Les traités ne suffisent pas )

Pour ces raisons, la réalisation d'un désarmement nucléaire durable sera un processus long et complexe. De plus, le processus doit garantir, autant que possible, que l'élimination complète des armes nucléaires (ou dans les termes de la Cour Internationale de Justice, le désarmement «sous tous ses aspects») ne permettra pas à un Etat de revenir à un statut nucléaire.

L'espoir d'une réduction drastique des dangers nucléaires à court terme, par la création d'un moratoire effectif sur l'utilisation des armes et des menaces nucléaires, dérive essentiellement du fait que les armes nucléaires sont en train de miner la sécurité des puissants eux-mêmes. En effet, les Etats nucléaires sont ceux qui risquent le plus aujourd'hui d'être dévastés par ces armes. Pourtant, obtenir ne serait ce qu'un moratoire va nécessiter un énorme effort afin de convaincre l'establishment nucléaire de ces Etats.

Toutefois, un moratoire sur les armes nucléaires ne pourra, à lui seul, aboutir à un désarmement nucléaire durable, même s'il est codifié en traité. Ce dernier nécessitera desréformes de grande ampleur pour rendre les dispositions politiques, &eacu te;conomiques et de sûreté nationale plus équitables et démocratiques. Cela nécessitera un système énergétique mondial pouvant être capable de relever simultanément les défis des objectifs économiques, politiques et énergétiques et les défis des objectifs de non-prolifération et de désarmement.

Sans ces changements, un traité interdisant les armes nucléaires risque de contenir des dispositions permettant un retrait du traité, ou le maintien des installations de production et d'essais, toutes choses pouvant engendrer des dangers et compromettre la sécurité, et dont la tendance serait difficile à inverser.

La question de savoir comment modifier suffisamment les liens de pouvoir sous-jacents pour obtenir un traité de désarmement nucléaire durable et satisfaisant, dépasse largement le cadre de ce bulletin. Mais nous nous devons de faire remarquer que notre analyse, tout comme l'expérience pratique des traités du passé, nous amène à dire clairement que des réformes au moins modestes, visant à une meilleur égalité économique et une plus grande démocratie mondiales, sont nécessaires à un désarmement nucléaire irréversible. Par exemple, moins de 400 personnes contrôlent plus de richesses que deux milliards des plus pauvres de la planète. L'histoire est là pour nous montrer qu'une telle inégalité est incompatible avec le maintien de la paix ou de la démocratie. Au contraire, la répression, le militarisme et la violence de toutes sortes sont des conséquences inévitables d'un système dans lequel des enfants ouvriers fabriquent des jouets qu'ils ne peuvent acheter, et des agriculteurs des fruits qu'ils ne peuvent se procurer. Le caractère injuste du TNP a clairement joué un rôle dans la prolifération en Asie du Sud. Il continue d'exacerber les pressions pour la prolifération au Moyen-Orient.

Il est nécessaire de reconnaître les liens entre ces problèmes pour définir un désarmement nucléaire durable, de proposer les conditions dans lesquelles il pourrait être durable, et d'insister sur les étapes qui seront nécessaires pour y parvenir. Nous traiterons des liens entre le militarisme et l'injustice économique par rapport aux armes nucléaires et à la destruction de l'environnement dans des publications à venir.

Dans cet article, nous allons brièvement traiter de quatre de ces domaines: les accords de sécurité internationale, l'inertie financière et institutionnelle, l'énergie nucléaire et la crise économique en Russie.

Les accords en matière de sécurité internationale

Bien que des accords soient actuellement en place pour interdire les armes chimiques et biologiques, les Etats-Unis et probablement d'autres pays ont des projets prévoyant d'énormes sauts qualitatifs vers d'autres armements ou d'autres techniques de guerre. Plus précisément, les Etats-Unis prévoient ou envisagent la possibilité de changements radicaux des techniques de guerre non nucléaire qui entrent dans la rubrique générale de «révolution dans les affaires militaires -- RAM» ou «RMA -- revolution in military affairs». Par exemple, une étude affirme:

"La plupart des analystes croient que la RAM actuelle se fera en au moins deux étapes. La première est basée sur des plates-formes distantes, la furtivité, la précision, la domination de l'information,l'amélioration de la communication, l'utilisation de
l'informatique, de systèmes de positionnement universels, de digitalisation, de systèmes d'armes «intelligents», les actions coordonnées et les coalitions ad hoc. La deuxième étape pourrait être basée sur la robotique, les armes non-létales, la psycho-technologie, la cyberdéfense, la nanotechnologie, d'«excellents» systèmes d'armes, des organisations hyperflexibles et des techniques «fire ant warfare». Si cette idée est exacte, le changement qui s'est produit jusqu'ici sera bientôt annihilé par une transformation encore plus profonde."1

Les projets du Pentagone comportent la domination de l'espace. Par exemple, le projet à long terme de l' US Space Command, s'étendant jusqu'en l'an 2020, a la «vision» suivante de la «domination de la dimension spatiale des opérations militaires et de la protection des intérêts et des investissements américains» (italique dans le document original):

"Aujourd'hui, les Etats-Unis sont la puissance militaire dominante dans le domaine de l'espace. La «vision» de l'USSPACECOM pour l'an 2020 continue d'intégrer cette domination, apportant une base solide pour notre sécurité future nationale."2

Parmi les projets visant à la domination de l'espace, on trouve des projets pour un système de défense à partir de missiles balistiques, avec comme finalité recherchée, ce qui suit:

"D'ici à l'an 2020, tout un ensemble de capacités spatiales et terrestres, à la fois robustes et totalement intégrées, fournira un savoir dominant sur la «guerre de l'espace», permettant, sur demande, à tous les missiles balistique et de croisière de viser leur cibles; et, s'il est dirigé par la NCA (National Command Authority), la capacité d'identifier, de suivre et de tenir à leur portée des cibles terrestres désignées en fonction de leur importance."3

Il y a des problèmes légitimes de sécurité dans l'espace, tels que la protection de satellites commerciaux. Ils sont parallèles à des problèmes plus anciens, toujours cruciaux, tels que la protection des couloirs de navigation pour la marine marchande. Mais des projets tels que ceux décrits ci-dessus, qui comportent de façon explicite le déploiement de systèmes de défense à base de missiles balistiques, rendront le désarmement nucléaire encore plus difficile, voire impossible à obtenir. Les accords de sécurité internationale peuvent et doivent être faits sans militarisation de l'espace.

Sur des questions plus globales de sécurité internationale, le monde est maintenant dominé soit par l'OTAN, soit par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies, qui sont tous des Etats dotés de l'arme nucléaire et détiennent seuls le pouvoir de veto des Nations unies sur les questions de sécurité. En outre, il est clairement reconnu en Russie et ailleurs que les armes nucléaires constituent l'atout pour un statut sur la scène mondiale, établissant une démarcation claire entre ces pays et, disons, l'Indonésie (l'exemple cité le plus souvent). Bien que le désarmement nucléaire soit clairement dans l'intérêt de tous les peuples du monde, notamment ceux de la Russie et des Etats-Unis, cet argument risque de ne pas l'emporter face aux projets explicites des Etats-Unis ou de tout autre pays visant à dominer le monde.4

Il semble clair, à partir de là, que si l'on veut améliorer les chances de parvenir à un désarmement nucléaire, il faut rechercher des restrictions qualitatives sur les armes non nucléaires et les autres systèmes militaires, ainsi que des accords plus démocratiques pour la sécurité mondiale.

Inertie financière et institutionnelle

Dans chaque Etat nucléaire, les establishments nucléaires ont défendu avec succès le maintien de grands flux financiers à destination des installations pour la fabrication des armes nucléaires sous couvert de sécurité nationale. Entre le bombardement d'Hiroshima et Nagasaki en 1945 et les programmes de «gestion des stocks (d'armes nucléaires)» des années 1990, l'argent a été le souci principal.

Bien que la décision de bombarder Hiroshima et Nagasaki ait été complexe, les considérations d'ordres financières furent cruciales.5 Le projet Manhattan avait consacré 2 milliards de dollars des ressources précieuses en temps de guerre et n'avait rien de concret à montrer, même à l'approche de la fin de la guerre froide. Les organisateurs du projet, notamment le général Leslie Groves, qui le dirigeait, étaient très soucieux du fait qu'il y aurait des investigations incessantes sur leur travail si le projet ne prouvait pas qu'il avait contribué en quelque chose à l'effort de guerre. En effet, en mars 1945, James Byrnes, qui était secrétaire d'Etat lorsque Hiroshima fut bombardé, écrivit au président Roosevelt en tant que directeur du Bureau de mobilisation de guerre (Office of War Mobilization) pour dire que «si le projet (Manhattan) s'avérait être un échec, il serait l'objet d'investigations et de critiques sans fin».6 Il était crucial de montrer que les armes nucléaires avaient contribué à l'effort de guerre afin de prouver que le projet n'était pas un échec. Les armes furent utilisées dès qu'elles furent prêtes et que les conditions climatiques le permettaient. En conséquence, dès les premiers jours de l'ère nucléaire, l'argent était l'un des moteurs les plus puissants incitant à l'utilisation des bombes nucléaires.

Plus près de notre époque, les dépenses engagées sur la conception et les essais des armes nucléaires, considérées comme une partie du programme américain de «gestion des stocks», sont plus élevées que le niveau de dépenses moyen de la guerre froide. Et la longue insistance de la Chine pendant les négociations pour le Traité d'Interdiction Totale des Essais, afin de préserver l'option de procéder à des «explosions nucléaires pacifiques» (finalement abandonnée), était au moins, en partie, due à la pression exercée par ses propres laboratoires, pour une poursuite des financements dans ce domaine. Le nombre d'armes qui furent construites, les rivalités au sein des services, et l'idée selon laquelle chaque branche militaire devait avoir sa propre capacité «dissuasive», peuvent au moins en partie être expliqués par le pouvoir d'attraction de l'argent. Un livre récent, Atomic Audit, passe en revue les sommes d'argent impliquées et le contexte de ces décisions d'engagements financiers.7 Le gouvernement américain lui-même n'a jamais procédé à un tel audit. D'ailleurs, autant que nous le sachions, aucun autre gouvernement d'un quelconque autre pays nucléaire ne l'a fait non plus. Il sera difficile de changer d'orientation à cet égard.

Le problème provient en partie du fait que certains des buts visés par le désarmement pourraient impliquer une augmentation des sommes d'argent versées aux establishments nucléaires; par exemple, pour la décontamination des sites et la gestion des matières nucléaires. Cet aspect n'a pas été réellement évoqué dans la discussion de la politique de désarmement.

Mis à part le montant des sommes d'argent, il y a une résistance significative à l'intérieur des establishments nucléaires, particulièrement de la part de certains scientifiques, pour travailler sur de tels problèmes plutôt que sur la conception et la production d'armes nucléaires. Les fonctions de conception et d'expérimentations d'armes réapparaissent souvent déguisées sous l'apparence d'applications pacifiques. Par exemple, une proposition (qui, semble-t-il, n'est plus d'actualité), émise par des scientifiques au Laboratoire National Lawrence Livermore aurait utilisé une explosion nucléaire souterraine d'une kilotonne afin de produire de l'énergie électrique. Environ deux millions d'explosions semblables seraient nécessaires chaque année afin de produire simplement 20% de l'approvisionnement électrique des Etats-Unis. Les scientifiques remarquèrent qu'il faudrait forcément exempter de telles explosions du CTBT tel qu'il était proposé.8 La version actuelle de cette idée est d'utiliser des explosions plus petites de fusion pure, qui seraient menées en violation du CTBT (voir l'article: Des armes à fusion pure?). Il faudrait répondre à ce problème par un engagement ferme, et non équivoque pris par les chefs d'Etats et les institutions internationales, renforcé par la vigilance des populations, qu'il n'y aura aucune dépendance vis-à-vis des explosions nucléaires quelque soit la raison.

L'énergie nucléaire

Continuer à dépendre de l'énergie nucléaire est un autre obstacle complexe auquel le désarmement nucléaire est confronté. L'énergie nucléaire a été développée comme un outil dans la compétition idéologique de la guerre froide 9et fut développée en tandem avec les programmes d'armes nucléaires. Un problème fondamental est que les technologies, mais aussi les matériaux nécessaires sont, pour les deux, essentiellement les mêmes. Deuxièmement, un problème au moins aussi important, tient au fait que les bureau-craties et les establishments scientifiques qui ont créé les armes nucléaires sont aussi ceux qui encouragent l'énergie nucléaire industrielle. Ces dernières 25 années ont vu se produire aux Etats-Unis un modeste début de séparation des deux types de nucléaire (civil et militaire), mais, même cela, est en train d'être érodé par des propositions de fabrication de tritium pour les armes nucléaires à l'intérieur de réacteurs nucléaires commerciaux, et par des projets de conversion des surplus de plutonium militaire en combustible nucléaire.

Le développement à long terme de l'énergie nucléaire à partir de la fission dépendra probablement soit du plutonium 239, soit de l'uranium 233 (dérivé du thorium 232) comme combustible, les deux pouvant, sous forme séparée, être utilisés pour la fabrication d'armes. Cela présente un sérieux obstacle aux efforts de désarmement, puisque l'existence de stocks de plutonium industriel et/ou de stocks d'uranium 233 réduiraient les barrières politiques et financières permettant à un Etat de retourner à un statut de détenteur de l'arme nucléaire. En fait, les establishments nucléaires pourraient utiliser l'énergie nucléaire comme une couverture derrière laquelle ils pourraient rester prêts à redémarrer la production d'armes nucléaires. Une telle possibilité fut rappelée explicitement par le président de la General Advisory Committee de l'Atomic Energy Commission, J.Robert Oppenheimer, en 1946, dans le contexte d'une convention sur le contrôle international des armes nucléaires et du désarmement nucléaire:

"Nous savons fort bien ce que nous ferions si nous signions une telle convention: nous ne fabriquerions pas d'armes nucléaires, au moins au début, mais nous fabriquerions d'énormes centrales, et nous les appellerions centrales nucléaires commerciales -- elles produiraient peut-être vraiment de l'énergie: nous les concevrions de façon à ce qu'elles puissent être converties avec le plus de facilité et le moins de délais pour la production d'armes atomiques, en déclarant que c'est juste au cas où quelqu'un nous duperait; nous garderions nos réserves d'uranium; nous garderions nos développements aussi secrets que possible; nous construirions nos centrales, non pas là où la production d'énergie serait la plus avantageuse, mais là où elles seraient le mieux protégées contre une attaque ennemie."10

Enfin, si l'énergie nucléaire continue d'être une source d'énergie, le terrorisme nucléaire continuera à poser des risques, même si nous parvenons au désarmement.

Bien qu'une sortie complète de l'énergie nucléaire soit un processus qui, tout comme le désarmement, va prendre un temps considérable, la séparation du plutonium peut être stoppée immédiatement. Cela devrait être le cas -- il ne peut y avoir de justification militaire ou commerciale en sa faveur. Un scénario cohérent de sortie du nucléaire de façon compatible avec la fiabilité du système électrique et avec la réduction d'émissions de gaz à effet de serre, devrait être mené jusqu'à son terme. Bien sûr, cela signifie qu'aucune nouvelle centrale nucléaire ne devrait être construite (voir E&S, n°5).

La crise économique en Russie

La crise économique en Russie est, en de nombreux points, similaire aux crises économiques de nombreux autres pays. Les réformes que nous examinons ci-dessous (voir: Projet de désarmement de l'IEER et Mesures urgentes) sont également nécessaires pour des buts plus généraux d'égalité économique et de démocratie. Mais en Russie ces problèmes sont devenus liés à la crise nucléaire. Le risque de création de marchés noirs du nucléaire provenant de la crise économique dans l'ex-Union soviétique et particulièrement en Russie a été reconnu depuis quelques années. Mais au cours de l'année dernière, la crise s'est fortement aggravée.

Les origines de la crise sont complexes et mettent en jeu, à la fois, des facteurs nationaux et internationaux. Ils sont, à la fois, politiques et économiques. Par exemple, la «privatisation» de capitaux nationaux a mis de vastes ressources entre les mains de quelques personnes privées par le biais des liens étroits entre le gouvernement et les personnes qui ont pris le contrôle de ces capitaux. Ces capitaux sont actuellement utilisés non seulement pour des profits privés, mais, selon toutes les informations rapportées, pour transférer les revenus en devises étrangères en exportations financières illégales. De tels comptes étrangers illégaux peuvent maintenant détenir une vaste quantité des richesses de la Russie, frustrant les tentatives de réformes nationales et internationales.

Les tentatives de réformes internationales ont elles-mêmes été accusées de favoriser les riches spéculateurs et une privatisation inéquitable et trop soudaine aux dépends de la stabilité de l'emploi et des salaires. Les recettes du Fonds Mondial International, qui sont censées relancer une économie saine, ont au mieux été inefficaces et au pire une partie du problème.11

Depuis 1997, la crise économique russe a été couplée avec celle de l'Asie. Maintenant plusieurs problèmes, à la fois nationaux et étrangers, se renforcent les uns les autres à une fréquence rapide, contribuant au risque de désintégration de la Russie. Le sort de dizaines de milliers d'armes et de matériaux nucléaires, suffisants pour en fabriquer de nombreuses autres, dépend en partie et de façon précaire de réglementations économiques qui semblent ne pas fonctionner, au moment même où elles aggravent les conditions de vie des gens ordinaires. Seule une exploitation continue, à grande échelle, des vastes ressources naturelles de la Russie a empêché la situation de s'aggraver encore davantage. Il est intéressant de remarquer que la chute des prix du pétrole a été un facteur important de la détérioration de l'économie russe au cours de l'année passée.

Une réforme modérée, visant à limiter les pratiques les plus manifestes, concernant les réglementations des monnaies internationales et des opérations bancaires, est maintenant un besoin vital pour réduire le risque de désintégration de la Russie. Ces mêmes mesures sont aussi nécessaires pour réduire la spéculation financière qui contribue au risque d'effondrement dans d'autres pays également. De telles réformes ne peuvent certainement pas aborder de nombreux problèmes internes, politiques et financiers, liés à la crise économique et potentiellement à la crise nucléaire. Mais elles constituent une condition essentielle pour renverser la tendance à la fuite des capitaux de l'économie russe, qui a été un facteur majeur empêchant la Russie d'utiliser les revenus de l'exportation pour le développement économique national.

Projet de désarmement de l'IEER

Aux pages 26 et 27, nous mettons en avant les suggestions de l'IEER pour des mesures de désarmement nucléaire. Les mesures s'appliquent aux cinq Etats nucléaires qui sont signataires du TNP, ainsi qu'à l'Inde, au Pakistan et à Israël, à moins que d'autres pays ne soient spécifiés ou qu'un Etat particulier ne possède pas les sortes d'armes et/ou de matériaux spécifiés.

Nous admettons volontiers qu'il s'agit d'une liste très longue. C'est ce que nous considérons être nécessaire pour satisfaire à la clause de désarmement nucléaire prévue à l'Article VI du TNP. Etant donné l'état actuel du leadership et des politiques dans les Etats nucléaires, les graves problèmes des relations américo-russes et les conditions actuelles en Asie du Sud et au Moyen-Orient, il est peu probable que la liste entière des mesures soit réalisée (si l'on exclut la survenue d'événements transformant la situation à l'intérieur même des Etats nucléaires).

Les risques de guerre nucléaire accidentelle, de marchés noirs nucléaires, ou de guerre nucléaire régionale sont, pourtant, si grands qu'il est impératif que les gouver-nements réalisent certaines actions d'ici à l'an prochain, afin de garantir que nous allons réellement atteindre le siècle prochain avec de raisonnables perspectives de survie à long terme. Par conséquent, plusieurs étapes urgentes sont mises en avant en premier, prises parmi celles qui sont dans la liste plus détaillée des mesures à court, moyen, long terme et de continuité. (Voir Projet de désarmement de l'IEER).


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1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en octobre 1998.)


LES NOTES BAS DE PAGE

1 Voir par exemple un document écrit par Steven Metz, professeur et James Kievit, analyste au «US Army War College,: «Revolution in Military Affairs: From Theory to Policy», sur Internet, sur le site: http://carlisle-www.army.mil/usassi/ssipubs/pubs95/rmastrat /smrmastc.htm

P>2 United States Space Command, Long Range Plan: Executive Summary, Préface du général Howell M. Estes III, Commandant en chef, US Air Force, mars 1998, p. 4.

3 Ibid., p. 8. (avec insistance dans l'original).

4 Un ex-officiel (official) de la CIA a déclaré, par rapport au bombardements américains de cibles en Afghanistan et au Soudan, en août 1998, «Dans notre frustration compréhensible, avons-nous recours à une forme moderne de la même politique de la canonnière (gunboat) qui s'est avérée si contre productrice pour les empires européens moribonds à la fin du 19ème siècle ? «Raymond Close, «Hard Target: We Can't Defeat Terrorism With Bombs and Bombast,» The Washington Post, 30 août 1998, Outlook Section, p. C5.

5 Pour plus de détails, voir Arjun Makhijani, «Japan: 'Always' the Target?», Bulletin of the Atomic Scientists, mai/juin 1995.

6 James F. Byrnes, «Memorandum for the president, 3 mars 1945,» Record Group 227, Modern Military Branch, National Archives, Washington, DC.

7 Stephen I. Schwartz, ed., Atomic Audit: The Costs and Consequences of U.S. Nuclear Weapons Since 1940. (Washington, D.C.: Brookings Institution Press, 1998). Voir particulièrement les pages 151-160, et 184-89. A un moment donné, un officiel de l'Armée américaine estima que l'Armée de Terre à elle seule avait besoin de 151 000 armes nucléaires (p. 189). Un analyste, John Midgely Jr., a déclaré que «déjà au milieu des années 1960, le champ de bataille nucléaire n'était qu'une façade, utile puisqu'elle permettait de justifier les acquisitions mais manquait de la moindre logique militaire explicite.» (p. 155, note 114). Il est possible de se procurer l'étude réalisée, the Atomic Audit en contactant le US Nuclear Weapons Costs Study Project, The Brookings Institution, (202) 797-6030, ou sur Internet, sur le site: http://www.brook.edu/pub/books/atomic.htm.

8 Abraham Szöke et Ralph W. Moir, «A Practical Route to Fusion Power,» Technology Review, juillet 1991, p. 21-27.Voir également une lettre au sujet de cette proposition par Arjun Makhijani, Technology Review, février/mars 1992.

9 Arjun Makhijani et Scott Saleska, The Nuclear Power Deception (Takoma Park: IEER, 1996). Va également être publié sous format de livre par Apex Press, New York, en 1999. Des éditions russes et françaises seront également publiées prochainement.

10 J. Robert Oppenheimer, «International Control of Atomic Energy,» voir Morton Grodzins et Eugene Rabinowitch, eds., The Atomic Age: Scientists in National and World Affairs, (New York: Basic Books, 1963), p. 55.

11 La dette du tiers-monde a été aggravée durant les 15 dernières années par une application répétée des formules du FMI. Elle est passée d'environ 600 milliards de dollars en 1982 à environ 2 000 milliards de dollars aujourd'hui (en dollars actuels). Pour un étude du système monétaire international, voir Arjun Makhijani, From Global Capitalism to Economic Justice, (New York: Apex Press, 1992), chapitres 3, 11, et l'annexe.