IEER | Énergie et Sécurité No. 6 et 7


Tensions nucléaires en Asie du Sud

Le Pakistan


Voir Chronologie du développement des armes nucléaires en Asie du sud
Voir l'article sur L'Inde

Le programme d'armes nucléaires du Pakistan a, au cours de l'histoire, toujours cherché à répondre à la puissance militaire de l'Inde, avec pour but à la fois de compenser la supériorité de l'Inde en matière de forces conventionnelles, et de ne pas se laisser distancer au moment où l'Inde démarrait un programme nucléaire. La situation dans le territoire disputé du Cachemire tient une place dominante dans les perspectives nucléaires du Pakistan, puisqu'il tient une place centrale dans le conflit indo-pakistanais.

Le Pakistan, du fait de ses maigres ressources techniques et économiques, a dépendu, pour l'essentiel des équipements et de la technologie de son programme nucléaire, d'aides provenant de l'étranger. Depuis 1962, il a reçu l'aide de la Chine, du Canada, de l'Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. La construction du premier réacteur pakistanais a été réalisée par les Etats-Unis, dans le cadre du programme «des Atomes pour la Paix». (Voir Chronologie du développement des armes nucléaires en Asie du sud.) Les discussions en vue du développement d'armes nucléaires commencèrent vers le milieu des années 1960 avec le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, mais ne prirent un réel essor qu'à partir de 1972, après la défaite du Pakistan face à l'Inde au cours de la guerre de 1971. Le programme nucléaire pakistanais fit à nouveau partie des priorités après «l'explosion nucléaire pacifique» de l'Inde en 1974.

Jusqu'à la récente série d'essais nucléaires de mai 1998, le Pakistan, comme l'Inde, n'avait jamais officiellement déclaré son programme d'armes nucléaires, bien que son existence ait été mondialement connue. Après les essais nucléaires indiens des 11 et 13 mai, le Pakistan s'est retrouvé confronté à un dilemme: ou bien ne pas mener d'essais nucléaires, ce qui aurait laissé courir des spéculations dans le gouvernement indien BJP sur sa capacité (ou son incapacité), ou de réaliser des essais nucléaires, et d'encourir les sanctions américaines. De surcroît, quelques jours après les essais indiens, le ministre de l'Intérieur indien, Mr. Lal Krishna Advani, demanda ostensiblement au Pakistan de reconnaître les nouvelles réalités stratégiques par rapport au Cachemire. Le Cachemire exerçant une influence déterminante sur la façon dont le Pakistan conçoit sa relation avec l'Inde, cette menace implicite affecta probablement la décision pakistanaise d'effectuer des essais nucléaires.

La réaction américaine face au programme pakistanais a été très inégale et opportuniste. Les projets stratégiques américains de la guerre froide et la volonté d'avoir un «partenaire» dans la région, notamment durant la bataille menée pour faire sortir les troupes soviétiques d'Afghanistan, ont conduits les Etats-Unis à détourner le regard durant le développement du programme d'armes nucléaires pakistanais. Malgré l'évidence des ambitions nucléaires pakistanaises, les Etats-Unis lui fournirent de l'équipement militaire non-nucléaire, et des soutiens financiers importants. Après le retrait forcé des troupes soviétiques de l'Afghanistan, le Pakistan fut l'objet de sanctions et de reproches américains plus souvent que son voisin indien. La sévère politique américaine était poussée, au moins en partie, par une inquiétude disproportionnée de la part des Etats-Unis quant à la prolifération dans les pays musulmans.1 Les conséquences des sanctions économiques américaines ont été et seront probablement plus importantes pour le Pakistan que pour l'Inde à cause des faiblesses économiques du premier.

La position vulnérable du Pakistan vis-à-vis de l'Inde a rendu celui-ci plus ouvert à des démarches en vue de limitations réciproques et bilatérales sur les programmes militaires. Par exemple, le Pakistan a posé la signature de l'Inde comme condition à son accession au TNP. En 1987, il a proposé une interdiction bilatérale sur les essais nucléaires. Les gouvernements pakistanais ont également proposé à différentes occasions une acceptation mutuelle des mesures de sécurité de l'AIEA sur les installations nucléaires, des inspections nucléaires bilatérales complètes, l'établissement d'une zone sans arme nucléaire en Asie du Sud, et des engagements formels à ne pas produire d'armes nucléaires. Le Pakistan a également utilisé son accession à un statut d'Etat nucléaire déclaré pour attirer l'attention sur son appel de longue date pour une résolution internationale (au lieu de bilatérale) du conflit du Cachemire. L'Inde a rejeté la plupart des propositions bilatérales du Pakistan. Malgré cela, les deux pays ont signé un accord bilatéral en 1988 de ne pas attaquer les installations nucléaires l'un de l'autre.


Sources: Leonard Spector, Nuclear Ambitions (Boulder, Colorado: Westview Press, 1990); Leonard Spector, The Undeclared Bomb, (Cambridge, Mass.: Ballinger, 1988); Thijs de la Court, Deborah Pick et Daniel Nordquist, The Nuclear Fix: A Guide to Nuclear Activities in the Third World, (Amsterdam: Publications WISE, 1982); David Albright, Frans Berkhout, et William Walker, Plutonium and Highly Enriched Uranium 1996 (Oxford, UK: Oxford University Press, 1997); Center for Non proliferation Studies, Monterey Institute of International Studies factsheet, «Chronology of Pakistani Nuclear Development,» site internet: http://cns.miis.edu/india/paknucchron.html.


Voir Chronologie du développement des armes nucléaires en Asie du sud
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1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en octobre 1998.)


LES NOTES BAS DE PAGE

1 Voir Pervez Hoodbhoy, « Myth-Making: The 'Islamic' Bomb,» Bulletin of the Atomic Scientists, juin 1993, p. 42-49.