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Voir Chronologie du développement des armes nucléaires en Asie du sud Voir l'article sur Le Pakistan Depuis les essais nucléaires indiens de mai 1998, le monde a suivi avec beaucoup d'attention la dynamique politique interne de l'Inde qui a permis l'arrivée au pouvoir de la coalition menée par le BJP. Les engagements du programme électoral du BJP comportaient la création d'un Etat hindou («Hindutva»), et donnaient le feu vert à la réalisation des essais nucléaires. En effet, le BJP était depuis longtemps d'avis que l'Inde devrait devenir un Etat nucléaire déclaré. Mais considérer que cette décision et le programme nucléaire indien, n'ont émané que d'une partie seulement du monde politique indien serait une vision à la fois limitée et trompeuse. Les essais n'auraient en aucun cas pu être réalisés sans des années de préparation scientifique, l'engagement de nombreux partis politiques (y compris le Parti du Congrès), et des parts de budget substantielles. Jusqu'en 1964, les dirigeants indiens, notamment Jawaharlal Nehru, le premier Premier ministre indien qui était aussi l'un des porteurs du flambeau du désarmement nucléaire au nom de l'Inde et du mouvement des non-alignés, avaient reconnu qu'il serait possible pour l'Inde de développer des armes nucléaires suite à son développement de l'énergie nucléaire. Il y avait des défenseurs d'un tel processus, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'establishment nucléaire. Mais l'Inde ne démarra pas de programme atomique, même après sa défaite lors de la guerre frontalière indo-chinoise de 1962. Comme l'a fait remarquer le physicien M.V. Ramana, spécialiste du programme nucléaire indien,: «Nehru continuait à affirmer que le coût et les efforts nécessaires à la fabrication d'armes nucléaires et l'hypocrisie engendrée par une telle action, puisqu'il est en même temps demandé aux autres de les abandonner ne justifiait pas les petits bénéfices psychologiques du statut nucléaire.»1 Mais les choses changèrent en 1964, une année charnière pour la politique en Inde. Nehru mourut dans le courant du mois de mai de cette année là. Et la Chine réalisa son premier essai nucléaire en octobre. Alors que le programme d'armes nucléaires chinois était mené en réaction aux menaces nucléaires américaines et à l'arrêt du soutien soviétique qui s'était produit vers la fin des années 1950, l'essai nucléaire chinois se répercuta dans une Inde, qui avait perdu une courte guerre frontalière face à la Chine en 1962. L'essai chinois donna à l'establishment nucléaire indien l'ouverture qu'il recherchait pour justifier un programme d'armes nucléaires. Depuis cette époque, le développement du programme nucléaire indien a reçu le soutien de tous les gouvernements. Bien que son programme d'armes nucléaires ait été développé dans un contexte asiatique, l'Inde a depuis bien longtemps eu des ambitions politiques mondiales. Elle a par exemple, depuis de nombreuses années, demandé un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Pourtant, bien qu'il s'agisse de la démocratie mondiale dotée de la plus grande population, elle n'a pas réussi à l'obtenir. Les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité sont tous des Etats nucléaires; en conséquence, selon le raisonnement de New Delhi, la possibilité d'asseoir son autorité politique mondiale, était liée pour l'Inde à deux possibilités: soit elle adoptait une position de leader dans le désarmement nucléaire, soit elle devenait un Etat nucléaire. Ses tentatives visant à se donner un rôle moteur dans le désarmement n'ont pas rencontré beaucoup de succès. L'Inde a refusé de signer le Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP) depuis sa création en 1968, parce que le traité permet aux cinq Etats nucléaires signataires du TNP de garder des armes nucléaires sans calendrier précis de désarmement nucléaire. Le traité, déclara l'Inde, était discriminatoire; il divisait les Etats en deux groupes -- les «détenteurs» du nucléaire et les «non-détenteurs». Mais les supplications et les initiatives de l'Inde n'attirèrent jamais ni soutien ni même d'attention sérieuse de la part des Etats nucléaires. Lorsque la France et la Chine signèrent le TNP en 1992, le traité devint un instrument plus efficace pour la politique de non-prolifération américaine. Cette politique a eu pour objet de conserver les armes nucléaires pour une période indéterminée, afin de garder la prérogative d'utilisation en premier, et d'empêcher que le nombre d'Etats nucléaires aille au-delà des cinq puissances nucléaires déclarées -- fermant les yeux (et restant très silencieux) sur l'arsenal nucléaire ambitieux mais clandestin d'Israël. De nouvelles difficultés se développèrent durant la négociation du Traité d'Interdiction Totale des Essais (CTBT) en septembre 1996. Le traité final, produit de plus de deux ans de négociations, contient une disposition stipulant qu'il ne peut entrer en vigueur à moins qu'il ne soit signé et ratifié par l'Inde et par les 43 autres pays possédant des réacteurs nucléaires. L'Inde fut intégrée dans la liste des 44 nations en question, malgré ses déclarations explicites, répétées et catégoriques qu'elle ne signerait jamais le CTBT à moins qu'il ne soit accompagné d'un engagement de parvenir à un désarmement nucléaire total avant une date précise. L'Inde ne semble pas avoir tenu compte du fait que cette demande était irréaliste dans le contexte du traité d'interdiction des essais nucléaires. L'intégration forcée de l'Inde à l'intérieur du traité, violant son autorité, scandalisa le gouvernement indien, et réunit toutes les conditions nécessaires pour les essais nucléaires du mois de mai. Depuis septembre 1996, nombres de débats ont évoqué une possible conférence de révision du CTBT prévue pour septembre 1999, au cours de laquelle les signataires ayant ratifié le traité avant cette date feraient pression sur l'Inde de diverses façons, y compris par des sanctions, afin qu'elle le signe et qu'elle le ratifie. Déjà avant que la coalition menée par le BJP n'arrive au pouvoir en mars 1998, la scène politique indienne avait déjà modifié sa position en se rangeant en faveur des armes nucléaires. L'Inde, qui avait perdu son emprise politique mondiale à la fois dans les forums des pays non-alignés et dans la Conférence des Nations Unies sur le Désarmement, risquant également de se voir infliger des sanctions au tournant du siècle, avait peu de raisons l'incitant à ne pas procéder à des essais nucléaires.
Sources: Leonard Spector, Nuclear Ambitions (Boulder, Colorado: Westview Press, 1990); Leonard Spector, The Undeclared Bomb, (Cambridge, Mass.: Ballinger, 1988); Thijs de la Court, Deborah Pick et Daniel Nordquist, The Nuclear Fix: A Guide to Nuclear Activities in the Third World, (Amsterdam: Publications WISE, 1982); David Albright, Frans Berkhout, et William Walker, Plutonium and Highly Enriched Uranium 1996 (Oxford, UK: Oxford University Press, 1997); Center for Non proliferation Studies, Monterey Institute of International Studies factsheet, «Chronology of Pakistani Nuclear Development,» site internet: http://cns.miis.edu/india/paknucchron.html.
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Pour plus d'informations sur les essais nucléaires indiens, voir "A legacy lost," The Bulletin of the Atomic Scientists, juillet-août 1998, par Arjun Makhijani; et "The South Asian Nuclear Crisis" [resumé], Foreign Policy in Focus, Newsletter of the Interhemispheric Resource Center and the Institute for Policy Studies, Vol. 3, N° 18, juin 1998. Quelques informations sont disponibles en contactant IEER, par e-mail: ieer@ieer.org. Voir Chronologie du développement des armes nucléaires en Asie du sud Voir l'article sur Le Pakistan |
Énergie et Sécurité No.6 et 7 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en octobre 1998.)
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1 M.V. Ramana, «The Indian Nuclear Bomb -- Long in the Making,» PRECIS, MIT Center for International Studies, Eté 1998. |