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Par: Arjun Makhijani
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La sortie de l'état d'alerte (de-alerting en anglais) est un terme générique pour exprimer la mise hors service temporaire des armes nucléaires. C'est un moyen d'aborder les besoins urgents de réduction des dangers nucléaires de façon immédiate et dans le court terme. Les techniques spécifiques (de cette mise hors de service temporaire) vont du verrouillage des interrupteurs des moteurs de missiles de façon à ce qu'ils restent ouverts, au retrait des ogives des vecteurs, en passant par le stockage, et leur mise sous contrôle international. L'élimination des menaces de première frappe et de guerre nucléaire à grande échelle par accident ou par erreur de calcul fait certainement partie des priorités les plus urgentes pour sortir de l'état d'alerte. Cependant, la sortie de cet état d'alerte devrait se faire de telle façon à représenter le progrès le plus clair et de plus grande portée vers le désarmement nucléaire total, en respect de l'Article VI du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP), comme ce fut interprété par la Cour Internationale dans son opinion consultative (voir l'encadré: Desarmement Nucleaire: Non seulement une bonne idée). En d'autres termes, des mesures de sortie partielle de l'état d'alerte ne peuvent être considérées comme une fin en soi, pas plus que le démantèlement de certaines armes nucléaires ne peut se substituer au désarmement nucléaire total. Dans l'immédiat, les mesures pour sortir de l'état d'alerte peuvent être menées même sans un engagement préalable de désarmement nucléaire total, puisque les armes nucléaires peuvent être remises en état d'alerte. Pourtant, la sortie de l'état d'alerte de toutes les armes nucléaires éliminera essentiellement le risque de guerre nucléaire accidentelle à grande échelle, et amoindrira fortement le risque de guerre par erreur de calcul.2 Par conséquent, la sortie de l'état d'alerte peut permettre une réduction des dangers nucléaires qui donne suffisamment de temps et d'espace politique pour parvenir au désarmement nucléaire complet d'une façon à la fois simple et vérifiable. Cela peut également permettre un processus par lequel les cinq Etats nucléaires signataires du TNP pourront amener les trois autres Etats nucléaires dans un processus qui ne représente ni la négation de leurs arsenaux, ni leur légitimation. Cela est important, puisqu'une gestion stable d'une situation de sortie totale de l'état d'alerte nécessitera la participation à la vérification des huit Etats possédant des armes nucléaires.3 Plus précisément, un arrêt vérifiable de la production de nouvelles armes nucléaires sera nécessaire afin d'empêcher des déploiements clandestins. Cependant, il y a largement assez de place pour des initiatives unilatérales. Par exemple, une sortie partielle de l'état d'alerte ne nécessite pas un accord préalable sur la vérification, et peut être menée afin de tester les procédures de vérification et de construire un climat de confiance. Une sortie de l'état d'alerte, partielle ou même totale, peut également être menée unilatéralement par tout Etat nucléaire qui souscrit à une politique de dissuasion par deuxième frappe, quelles que soient les différences entre les situations politiques et stratégiques des différents Etats nucléaires. De surcroît, les mesures de sortie de l'état d'alerte sont complémentaires des processus existants de réductions du nombre d'armes, tels que ceux qui se déroulent dans le cadre de START I et qui sont prévus dans le cadre de START II. La plupart des pays du monde et de nombreux dirigeants et ONG ont demandé instamment le désarmement nucléaire, et la sortie de l'état d'alerte est largement considérée comme un premier pas crucial. Par exemple, la Commission de Canberra a officiellement apporté son appui à la sortie de l'état d'alerte, tout comme l'amiral à la retraite Stansfield Turner (ex directeur de la CIA) et le général Lee Butler, (ex directeur du US Strategic Air Command). L'initiative toute récente du Brésil, de l'Egypte, de l'Irlande, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, de la Slovénie, de l'Afrique du Sud et de la Suède demande aux Etats possédant l'arme nucléaire ... d'abandonner leurs politiques actuelles de déclenchement immédiat (du feu nucléaire) en procédant à la sortie de l'état d'alerte et en désactivant leurs armes. Ils devraient également retirer leurs armes nucléaires non stratégiques des sites déployés. De telles mesures auront pour conséquence de créer des conditions bénéfiques pour la poursuite des efforts de désarmement et aider à prévenir des lancements par inadvertance, accidentels ou non autorisés.4 Mesures de sortie de l'état d'alerte à court termeIl y a trois approches principales à la sortie de l'état d'alerte: a) retirer les ogives des vecteurs; b) prolonger le temps de mise à feu des missiles ; et c) réduire les risques de lancement de première frappe et de lancement par accident. De façon générale, l'abandon explicite des options d'utilisation en premier et de première frappe ou de politiques de «lancement sur avertissement» élargit la gamme de mesures possibles de sortie de l'état d'alerte, augmente leur vérification, et améliore leurs connexions avec le processus de désarmement nucléaire total. a) Retirer les ogives des vecteursLa façon la plus sûre d'empêcher une guerre nucléaire accidentelle à grande échelle est de procéder par la séquestration -- c'est à dire, retirer toutes les ogives de leurs vecteurs et les stocker dans des sites éloignés.5 Le temps qui serait nécessaire pour remettre ces ogives en état d'alerte dépendrait de la distance de leur lieu de stockage à celui du vecteur, de quelles autres méthodes auraient été mises en place pour empêcher le fonctionnement des ogives, et de savoir si une gestion et une vérification multilatérale des ogives sorties de l'état d'alerte auraient été, ou non, mises en place. La façon la plus sûre et la plus stable de procéder à la sortie de l'état d'alerte serait de marquer, de désactiver les ogives et de les stocker à des distances considérables de leurs vecteurs, sous le contrôle physique des huit Etats nucléaireset certains Etats non nucléaires. La mise hors service des vecteurs et sa vérification viendrait compléter ces démarches. Il y a des différents niveaux de difficulté technique pour parvenir à la séquestration des armes nucléaires. Les bombes peuvent facilement être séparées des bombardiers et être stockées séparément. C'est généralement le cas. Par exemple, c'est ce qui fut fait pour toutes les armes nucléaires incluses dans la sortie de l'état d'alerte ordonnée par le président Bush en septembre 1991 à la suite de la tentative de coup d'Etat menée en Union soviétique, qui avait été suivie par une démarche similaire de la part du président Gorbatchev. La sortie de l'état d'alerte des bombes peut être accomplie en l'espace de quelques heures ou journées, selon le nombre total d'ogives et d'emplacements impliqués. Mais de la même façon, cette mesure de sortie de l'état d'alerte peut tout aussi facilement et rapidement être inversée, selon la distance à laquelle les bombes sont stockées des bombardiers capables de les transporter. Les armes nucléaires tactiques ont aussi été retirées du déploiement à grande échelle en 1991, dans le cadre des mêmes actions entreprises par les Etats-Unis et l'Union soviétique mentionnées ci-dessus. Ces retraits des navires de surface, des sous-marins d'attaque, des bombardiers et des vecteurs basés à terre (tels que des canons d'artillerie) furent accomplis relativement facilement et rapidement (en l'espace de quelques jours, semaines ou mois, selon les circonstances précises.)6 Les missiles basés à terre posent des problèmes bien plus complexes. Bien que leurs ogives puissent être séparées de leurs missiles, le grand nombre d'ogives concernées pourrait nécessiter la construction de nouvelles installations de stockages. De plus, étant donné les dangers de détournement, il pourrait être plus sûr dans certains cas de stocker les ogives mises hors service à l'intérieur des missiles que de retirer les ogives des missiles, jusqu'à ce que les arrangements appropriés de stockage, de gestion et de vérification aient été faits. Les missiles nucléaires stratégiques sur les sous-marins présentent le cas le plus difficile pour le retrait total des vecteurs. Cela parce que les sous-marins stratégiques représentent la partie des arsenaux nucléaires qui a la plus grande chance de «survie» et sont pour l'essentiel invulnérables une fois déployés sur leurs sites de lancement.7 Selon la doctrine nucléaire actuelle, les Etats nucléaires tablent sur ces armes pour assurer leur capacité de représailles dans le cas où des systèmes basés à terre ou des systèmes aériens seraient détruits lors d'une première frappe nucléaire surprise. Par conséquent, les missiles balistiques lancés par des sous-marins (SLBM), cachés en mer et relativement invulnérables face à la détection et aux attaques surprises, sont considérés comme étant la meilleure dissuasion contre une première frappe nucléaire surprise. En revanche, les missiles à ogives multiples basés à terre sont considérés comme la cible la plus intéressante pour une première frappe, ils sont donc de bons candidats pour être mis les premiers hors d'état d'alerte par le retrait des ogives de leurs vecteurs. Un autre problème que l'on rencontre avec le retrait des ogives des SLBM est que les sous-marins doivent être amenés au port, là où ils sont le plus vulnérables aux attaques surprises. C'est pourquoi le retrait des ogives des SLBM doit être fait dans un enchaînement cohérent ou en collaboration avec d'autres méthodes de sortie de l'état d'alerte et de vérification (voir ci-dessous). b) Prolonger le temps de mise à feu des missilesLa mise à feu des missiles peut être rendue beaucoup plus difficile de différentes manières. Entre autres:
c) Réduire les risques de première frappe et d'accidentsLes risques de première frappe ont parfois été traités dans des débats sur le contrôle des armements par un appel à l'adoption d'une politique de «non utilisation en premier». Dans ce contexte, nous utilisons l'expression «première frappe» pour signifier une attaque nucléaire sur l'arsenal nucléaire d'un adversaire dans le but de le détruire. («La non utilisation en premier» couvre la non première frappe mais aussi toutes les autres situations possibles d'utilisation en premier.) Par exemple, la Chine a déclaré qu'elle a une politique de non première utilisation et a demandé à tous les autres Etats d'adopter cette même politique. Cependant, la politique en question consiste essentiellement en une déclaration qui n'est pas vérifiable et peut être sujette à un renversement rapide. Il y a déjà eu des précédents de ce type de renversement de situation. L'Union soviétique avait une politique de non utilisation en premier, mais elle l'a annulé en 1993 bien qu'elle ait été en vigueur pendant plus d'une décennie. Ainsi, bien qu'il s'agisse d'une mesure utile pour établir un climat de confiance, la durabilité et l'utilité des déclarations de non première utilisation ont souvent été remises en question. La sortie totale de l'état d'alerte avec une surveillance multilatérale peut être vue comme étant une politique de non première utilisation vérifiable. Etant donné que toutes les armes seraient sous surveillance, la menace d'une première frappe serait éliminée. Une telle politique serait solide parce que, même si les Etats nucléaires trichaient en cachant quelques ogives ou quelques vecteurs, ils ne pourraient pas atteindre les objectifs d'une première frappe. L'intérêt d'une première frappe est de handicaper ou essentiellement de détruire toutes les armes nucléaires d'un opposant, mais cela nécessiterait plus que «quelques ogives». Une sortie totale de l'état d'alerte nécessite un changement des capacités des ogives SLBM afin de garantir qu'une première frappe ne soit pas possible. Les ogives américaines SLBM telles que la W88 sont très précises, et peuvent être utilisées pour une première frappe. Afin de réduire ce risque de première frappe, des ogives extrêmement précises pourraient être remplacées par des types dont les puissances et les niveaux de précision sont relativement bas. i) Retrait des réservoirs de tritium.Le retrait des réservoirs de tritium de toutes les ogives des bombes thermonucléaires et des bombes à fission amplifiées est une option possible pour éliminer les risques de première frappe qui requièrent des ogives de grande puissance. Ces types de menaces de première frappe sont dirigés contre des armes stockées dans des silos renforcés ou dans d'autres emplacements renforcés. Le tritium pourrait être mélangé avec de l'hélium et stocké sous surveillance multilatérale. Une telle mesure permettrait encore le fonctionnement de la première étape de fission de l'explosif sans lui permettre toutefois d'atteindre sa puissance explosive nominale.11 Etant donné que le dispositif d'amplification serait éliminé, le secondaire ne fonctionnerait pas. En conséquence, l'ogive ne pourrait pas être utilisée pour une première frappe, comme définie ci-dessus. Néanmoins, elle pourrait encore être utilisée pour des représailles nucléaires, puisque les armes pourraient encore produire une énorme explosion (entre des centaines et des milliers de tonnes équivalent TNT). Par exemple, quelques centaines de tonnes d'équivalent TNT sont environ une centaine de fois supérieures à la bombe qui détruisit le bâtiment fédéral Alfred P. Murrah à Oklahoma City. Par conséquent, les arsenaux nucléaires, à l'exception de leur utilisation au niveau régional par l'Inde, le Pakistan ou Israël, seraient limités à la dissuasion par représailles, et la puissance explosive des armes nucléaires serait fortement diminuée, la faisant passer de plusieurs milliers de mégatonnes (total global) à un total d'environ une centaine de mégatonnes, voire moins. Cela aurait pour conséquence de réduire grandement les conséquences d'une guerre nucléaire accidentelle. De surcroît, le remplacement des réservoirs de tritium deviendrait politiquement et militairement impossible, puisque une demande visant au retrait du tritium des sites de stockage serait équivalent à une déclaration d'intention de première frappe. De plus, le mélange du tritium avec de l'hélium aurait pour conséquence de retarder considérablement la récupération du tritium, rendant son retrait encore moins probable. Le retrait des réservoirs de tritium des ogives pourrait être réalisé à une étape quelconque de la sortie de l'état d'alerte, et est compatible avec toutes les autres méthodes de sortie de l'état d'alerte. Bien qu'une vérification totale soit difficile, puisque quelques incertitudes concernant la comptabilité des matières persisteront, le stockage sous surveillance multilatérale de la presque totalité du tritium garantirait que les systèmes d'armes nucléaires ne seraient pas utilisés pour une première frappe. Atteindre le même but pour l'Inde, le Pakistan, et Israël nécessiterait la «séquestration» parce qu'une première frappe pourrait, dans ces régions, être envisagée avec des ogives de puissance relativement faibles. Retirer des réservoirs de tritium et désactiver des systèmes d'amplification et des parties thermonucléaires des ogives auraient pour conséquence d'éliminer toute nécessité de recourir aux programmes de gestion des stocks qui s'occupent des réactions thermonucléaires. En conséquence, les programmes de fusion par confinement inertiel deviendraient inutiles pour la gestion des réserves, bien qu'ils puissent ou ne puissent pas être poursuivis pour d'autres raisons. Des projets pour la production du tritium destiné à des ogives nucléaires, qui en eux-mêmes contredisent les efforts de non-prolifération, deviendraient également superflus. ii) Le rembourrage des coeurs fissilesAprès avoir retiré les réservoirs de tritium il serait aussi possible de désactiver les ogives nucléaires rapidement sans avoir à les démanteler. La méthode, développée au Laboratoire National de Los Alamos pour traiter des armes jugées dangereuses, est appelée rembourrage des «coeurs fissiles.»12 Dans le cas de cette méthode, l'ogive est désactivée par le passage d'un fil de fer à l'intérieur du tube par lequel le primaire est alimenté en tritium. Le fil de fer remplit la partie creuse du coeur fissile, et est bourré de façon à ce qu'il soit emmêlé à l'intérieur. Une fois que l'extrémité est bourrée à l'intérieur du coeur fissile, l'ogive ne peut être réactivé que par une nouvelle fabrication complète du coeur fissile. Le rembourrage des coeurs fissiles peut être réalisé en des délais relativement brefs et ne nécessite pas la construction d'installations de stockages sophistiquées pour les ogives ou pour les coeurs fissiles avant de désactiver complètement et définitivement de grands nombres d'ogives nucléaires. Comme pour d'autres mesures de sortie de l'état d'alerte ou de désarmement, les problèmes de vérification resteraient à traiter. iii) Réduction des risques résultant du passage de l'An 2000La nécessité de la sortie de l'état d'alerte devrait aussi être prise en compte dans le contexte des problèmes potentiels auxquels on s'attend à être confrontés avec les matériels et logiciels informatiques en fin de siècle (problème appelé de l'An 2000 ou Y2K). Vues les incertitudes considérables qui entourent le fonctionnement des systèmes de commande, de communication et de contrôle associés aux armes nucléaires, il serait prudent de mettre en place au moins une mesure physique de sortie de l'état d'alerte pour toutes les ogives nucléaires, bien avant la fin 1999 autant que cela soit techniquement faisable. Les risques engendrés par l'An 2000 comportent la possibilité de «black out» des écrans radars et de dysfonctionnement des systèmes de contrôle et de commande. De telles situations pourraient n'apporter aucune information ou de fausses informations aux responsables des prises de décision pour le lancement d'armes nucléaires. De ce fait, les risques associés aux procédures de déclenchement immédiat de type «utiliser ou perdre» pourraient être considérablement accrus. Une mesure de sortie de l'état d'alerte pour traiter le problème de l'An 2000 serait de désactiver les ogives de façon à ce que les explosifs qu'ils contiennent ne puissent être mis à feu par un dysfonctionnement quelconque d'un système électronique. Par exemple, cela pourrait être obtenu par le placement d'un fil de fer à l'intérieur du coeur fissile d'une façon analogue au rembourrage du coeur fissile décrit ci-dessus, mais avec le bout du fil de fer laissé dans une position permettant son retrait pour rendre l'ogive à nouveau opérationnelle. La sortie de l'état d'alerte et le désarmement nucléaireLa plupart des mesures de sortie de l'état d'alerte peuvent être menées par les Etats nucléaires de façon unilatérale. En fait, il sera probablement nécessaire pour les Etats-Unis d'entreprendre des mesures de sortie de l'état d'alerte unilatérales avant d'engager la Russie dans un programme bilatéral. Par exemple, Bruce Blair, de l'Institut Brookings, et d'autres ont présenté un projet détaillé permettant aux les Etats-Unis de réduire unilatéralement leur nombre d'ogives nucléaires à environ 600 et d'immobiliser (par exemple par le rembourrage des coeurs fissiles) ou de démanteler le reste.13 L'assortiment précis de mesures prises pour la sortie de l'état d'alerte des armes nucléaires va dépendre de leur type, des mesures de vérification, et des retards qui vont être amenés par la sortie de l'état d'alerte. Par exemple, une politique de dissuasion par représailles ne nécessite pas plus de huit voire même de quatre ogives par SLBM. Le nombre d'ogives par SLBM pourrait être réduit à un, et la puissance des ogives être ramenée de l'ordre de centaines de kilotonnes à des puissances relativement faibles. Le nombre de sous-marins en patrouille à un moment précis quelconque pourrait aussi être fortement réduit. Ces mesures, si elles étaient prises de façon unilatérale par les Etats-Unis, auraient pour conséquence de grandement augmenter la confiance de la part de la Russie, dont la flotte de sous-marins ne peut être maintenue en mer avec un niveau approchant, même de loin, sa capacité globale, faute d'argent. Plus précisément, cela augmenterait la probabilité de la participation russe dans un processus de sortie de l'état d'alerte mondial. Toutes les armes nucléaires tactiques ainsi que les bombes nucléaires peuvent sortir de l'état d'alerte en stockant les ogives séparément des vecteurs, et en établissant des moyens de vérification physiques et techniques à distance. Cela peut être fait rapidement, de façon unilatérale et à court terme, sans le moindre couplage avec d'autres mesures. Le retrait de toutes les armes des bases à l'étranger est une autre mesure de sortie de l'état d'alerte pour les armes nucléaires qui augm enterait les perspectives de désarmement total. A ce jour, seuls les Etats-Unis ont des armes nucléaires basées à l'étranger. On estime à 150 le nombre d'ogives nucléaires basées en Europe. Les mesures unilatérales les plus susceptibles de réduire les inquiétudes russes seraient la sortie de l'état d'alerte des armes proches de la Russie, telles que celles basées en Europe et dans la région Arctique. Mesures à moyen et long termeLa sortie de l'état d'alerte, vue comme un élément d'un désarmement nucléaire durable doit être menée en plusieurs phases. Nous avons présenté ci-dessus quelques mesures pour la première phase. La phase suivante, décrite ci-dessous, est très proche du désarmement, mais serait peut-être mieux décrite sous le terme de «sortie de l'état d'alerte en profondeur.» Les approches techniques de base sont similaires aux mesures à court terme, mais sont plus complètes. Etant donné qu'elles nécessiteraient davantage de contrôle et de vérification multilatérales, elles seraient plus difficiles à annuler tant au niveau politique qu'au niveau technique. Les deux phases en question amélioreraient les efforts visant à atteindre une troisième phase à bien plus long terme, un état de désarmement nucléaire durable bien plus résistant aux tentatives de retour en arrière en temps de crise. Les mesures de sortie de l'état d'alerte à moyen terme comportent:
Il faudrait de nombreux mois et jusqu'à quelques années pour que les aspects techniques soient résolus, puisqu'il faudra beaucoup de temps pour concevoir les systèmes de vérification et les mettre en application, mais aussi pour concevoir et construire les installations de stockage. Les mesures intermédiaires concernant l'état d'alerte seraient améliorées si les huit Etats possédant des armes nucléaires mettaient tous leurs matières fissiles industrielles et militaires pouvant servir à la fabrication d'armes nucléaires, qui ne sont pas actuellement dans des ogives ou sous des formes classifiées secrètes, dans le cadre des systèmes de garanties de l'Agence Internationale sur l'Energie Atomique (AIEA). Dans tous les cas, ces matières devraient être placées sous un système de compatibilité, de surveillance et de vérification bilatérale ou multilatérale (de tels systèmes sont souvent classés dans la rubrique «mesures de transparence»). Les approches de sortie de l'état d'alerte à plus long terme se rapprochent des mesures de désarmement. Elles englobent le démantèlement des ogives et le stockage de toutes les matières fissiles pouvant servir à la fabrication d'armes sous la protection de l'AIEA ou sous des formes non utilisables pour les armes. Il faudrait une ou même plusieurs décennies pour remplir les exigences techniques de ces mesures, selon les technologies choisies pour les mettre en vigueur. Elles seraient considérées comme faisant partie d'un processus de sortie de l'état d'alerte si les installations pour reconstituer les arsenaux nucléaires sont maintenues. Elles feraient partie du désarmement nucléaire si les ogives et la production de matières associée et les installations de retraitement étaient aussi démantelées. |
Énergie et Sécurité No.6 et 7 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement1999 (La version anglaise de ce numéro a été publiée en octobre 1998.)
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1 Cet article est en majeure partie basé sur un extrait d'un texte de l'auteur qui est publié dans la Lettre de l'UNIDIR No 38: La levée de l'état d'alerte des forces nucléaires (1998) de l'Institut des Nations Unies pour la Recherche sur le Désarmement: De-alerting: A 'Jump Start' for Nuclear Disarmament? 2 On peut trouver un article ancien prônant la sortie de l'état d'alerte, de G. Blair et Henry W.Kendall, « Accidental Nuclear War,» Scientific American, Vol. 253, décembre 1990, p. 5358. 3 Selon Bruce Blair, «seuls la Russie et les Etats-Unis maintiennent actuellement leurs forces nucléaires en état d'alerte élevée de combat dans des conditions normales. Les autres gardent de facto une politique de sortie de l'état d'alerte.» Communication électronique personnelle, du 30 août 1998. Cela pourrait changer si le Pakistan poussait jusqu'à son terme la menace d'armer ses vecteurs et si l'Inde suivait son exemple. 4 Déclaration du Brésil, de l'Egypte, de l'Irlande, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, de la Slovénie, de l'Afrique du Sud et de la Suède du 9 juin 1998. 5 Arjun Makhijani et Katherine Yih, «What to Do at Doomsday's End», The Washington Post, le 29 mars 1992. 6 Bruce G. Blair, Harold A. Feiveson et Frank von Hippel, « Taking Nuclear Weapons Off Alert», Scientific American, novembre 1997, p. 7481. 7 Bruce G. Blair, Global Zero Alert for Nuclear Forces, (Washington: Brookings Institution, 1995), p. 90-107. 8 Ibid., p. 87. 9 Richard L. Garwin, «De-alerting of Nuclear Retaliatory Forces,» présenté lors de la conférence Amaldi, à Paris, en France, les 20 et 22 novembre 1997. 10 Blair, 1995, op cit., p. 88-89. 11 L'idée du retrait des bouteilles de tritium des armes nucléaires a été proposée en tant que mesure qualitative de sortie de l'état d'alerte par Martin Kalinowski, dans « Qualitative Disarmement by Tritium Control», INESAP Information Bulletin, n° 15, avril 1998, p.48. Dans un texte plus ancien, Kalinowski et Colschen ont calculé que les rendements de différentes ogives américaines seraient réduits d'un niveau typique de quelques centaines de kilotonnes à des rendements allant de quelques centaines de tonnes d'équivalent TNT à quelques kilotonnes dans tous les cas, sauf un. Dans le cas du W89, le retrait de la bouteille de tritium empêcherait le fonctionnement de l'ogive. L'effet global du retrait du tritium de toutes les ogives est estimé correspondre à une réduction de rendement d'un ordre de grandeur de deux fois moins, voire plus. Voir Martin B. Kalinowski et Lars C. Colschen, « International Control of Tritium to Prevent Horizontal Proliferation and to Foster Nuclear Disarmament,» Science and Global Security, Vol. 5, 1995, p. 131-203. 12 Matthew Bunn, «Pit-Stuffing: How to Disable Thousands of Warheads and Easily Verify Their Dismantlement,» et Richard L. Garwin, «Comment on Matt Bunn's Pit-Stuffing Proposal,» dans le rapport d'intérêt public de la F.A.S., Journal of the Federation of American Scientists, Vol. 51, N°2, mars-avril 1998. Disponible sur le site Web: http://www.fas.org/faspir/pir0498.htm. 13 Blair, Feiveson, et von Hippel, 1997. |