

Par Bruno Barrillot1
Quelques semaines après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, le général de Gaulle crée en France, le 18 octobre 1945, le Commissariat à l’Energie Atomique qui aura pour objectif – secret jusqu’en 1958 – de doter la France de l’arme nucléaire. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, de Gaulle avait compris que la France, ruinée par la défaite de 1940 et par la guerre, ne retrouverait sa place parmi les grandes nations de la planète qu’avec le développement de l’arme et de l’énergie nucléaires. L’arme nucléaire allait redonner à la France son statut de puissance internationale tandis que l’industrie nucléaire allait devenir le moteur de son renouveau industriel. De 1945 à 1958, la mission officielle et publique du CEA fut de mettre en place la recherche fondamentale et les procédés d’utilisations civiles de l’énergie nucléaire. Ceci fut réalisé sans que le Parlement en ait connaissance et sur financements secrets versés directement par la Présidence du Conseil.2 Toutes les installations nécessaires à la fabrication de la bombe ont été créées avant 1958, depuis la production du plutonium dans les réacteurs à uranium naturel de Marcoule, jusqu’à la mise au point du procédé de la diffusion gazeuse pour l’enrichissement de l’uranium au Centre de recherche du CEA de Saclay, situé dans la banlieue sud-ouest de Paris.3 Cette volonté de la France de se doter de l’arme nucléaire s’est accompagnée de recherches pour un site d’expérimentation. Les études historiques de M. Jean-Marc Regnault révèlent que la prospection de sites adéquats a été lancée par les autorités militaires dès le milieu des années 1950.4 La recherche d’un site souterrain en France - dans les Alpes du Sud et en Corse – fut rapidement abandonnée. En 1958, huit sites (sept dans les Alpes et un en Corse) furent envisagés puis rejetés. Pour six des sites alpins les raisons données furent d’ordre technique : soit le terrain était très fissuré, soit il y avait risque de contamination des eaux souterraines, ou encore un confinement insuffisant. Pour le septième site, il n’y avait pas d’objection particulière quoiqu’il s’avérait qu’il faudrait un temps beaucoup trop long pour le préparer. Le site corse fut écarté par crainte d’une opposition locale à cette époque où le tourisme commençait à se développer.5 La prospection s’est donc portée dans l’empire colonial de la France, notamment au Sahara, dans l’archipel des Tuamotu en Polynésie française, aux Iles Kerguelen dans le sud austral de l’Océan Indien et même en Nouvelle-Calédonie. Le choix du Sahara Les recherches de Jean-Marc Regnault dans les archives militaires antérieures à 1960 montrent que, dès la fin des années 1950, les autorités militaires françaises avaient choisi de faire les expériences nucléaires au Sahara et en Polynésie française pour des raisons techniques et politiques. Cependant, les archipels polynésiens ne disposaient pas encore d’infrastructures portuaires ou aéroportuaires suffisantes pour une entreprise d’une telle ampleur. De grands travaux devaient donc être réalisés avant d’installer un site d’essais, ce qui nécessiterait des moyens financiers importants en raison de l’éloignement considérable de la France. Dès le début de 1957, les archipels polynésiens ayant une faible densité de population furent choisis par la France pour ses essais thermonucléaires qui, en raison de leur puissance et des retombées radioactives potentielles très étendues, ne pourraient pas être effectués au Sahara. Mais les infrastructures nécessaires pour l’installation d’un aussi grand projet ne pourraient pas être prêtes avant le milieu des années 1960. Malgré les imminentes négociations pour l’indépendance – objectifs de la guerre de libération algérienne - les travaux de construction de la base d’essais de Reggane, en plein Sahara central, commencèrent dès octobre 1957.6 La direction bicéphale des essais – CEA et Armées – fut dotée en moyens financiers et en personnels considérables pour mettre en place une « ville » en plein désert et les infrastructures expérimentales à 50 km plus au sud à Hammoudia qui devaient servir de polygone de tirs aériens.7 Dès le 11 avril 1958, le Président du Conseil Félix Gaillard annonçait la première explosion de bombe atomique de la France pour début 1960.8 D’ici là, les réacteurs plutonigènes de Marcoule auraient produit assez de plutonium pour la première bombe à fission. Mais cette annonce anticipée de l’entrée de la France dans le club des puissances nucléaires se situait dans un contexte politique où, sous la pression de la communauté scientifique internationale, les trois puissances nucléaires — Etats-Unis, URSS et Royaume-Uni — négociaient un moratoire sur les essais atmosphériques qui devait débuter en novembre 1958. La France qui, techniquement, ne pouvait se passer des expériences aériennes pour la mise au point de sa bombe se devait donc d’annoncer au monde son intention d’accéder au rang de puissance nucléaire avant que le droit international ne se dresse devant elle. C’est le point de départ du discours officiel français, initié par le Général de Gaulle sur « l’indépendance de la France », signifiant ainsi que la France aurait sa propre position au niveau mondial comme puissance indépendante de l’influence des Etats-Unis et de l’Union soviétique. Au cours des décennies suivantes, la France ne signera aucun des traités nucléaires, comme le traité de non-prolifération ou le traité d’interdiction des essais dans l’atmosphère, qu’elle considère comme des obstacles à ses ambitions nucléaires. (Finalement, la France ratifia le TNP en 1992 et le traité d’interdiction complète des essais nucléaires en 1996). Les essais aériens français d’Hammoudia Entre le 13 février 1960 et le 25 avril 1961, la France a réalisé quatre essais nucléaires dans l’atmosphère au-dessus du polygone de tir d’Hammoudia dont les noms de code furent Gerboise bleue, Gerboise blanche, Gerboise rouge et Gerboise verte. (La gerboise est un petit rongeur vivant sur les sols sablonneux du désert). Les informations officielles sur les retombées de ces essais restent secrètes si ce n’est quelques données cartographiées reproduites dans le rapport du CEA de 1960.9 A l’époque contemporaine des essais comme aujourd’hui, le discours de la France sur l’innocuité des retombées de ses essais aériens est toujours le même, tant pour la Polynésie que pour le Sahara. Ainsi, en réaction au colloque sur les essais nucléaires organisé par le gouvernement algérien en février 2007, l’ambassade de France à Alger diffusait à la presse un document affirmant que ses essais nucléaires au Sahara n’avaient provoqué qu’« une exposition des populations locales inférieure aux recommandations de la Commission internationale de protection radiologique » et que « les contrôles des produits alimentaires n’ont décelé aucune contamination présentant un risque sanitaire » .10 Malgré ces dénégations officielles, les témoignages sur les retombées lointaines des essais aériens au Sahara ne manquent pas. Ces témoignages sont ceux de vétérans qui effectuaient des mesures à des centaines de kilomètres d’Hammoudia aussi bien que ceux des autorités des pays limitrophes de l’Algérie. Les archives du Department of Energy disposent de données sur les retombées de ces essais français en Tunisie. M. Yves Rocard, conseiller scientifique du CEA, atteste dans ses Mémoires qu’à la frontière de l’Algérie et de la Libye les pilotes français « se trouvèrent nez à nez avec leurs collègues américains qui venaient faire des prélèvements pour leur compte» .11 En 1999, soit 38 ans après les essais aériens, un rapport préliminaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur les sites sahariens mentionne la persistance de zones contaminées, notamment au césium-137, au strontium-90 et au plutonium-239, autour de chacun des « points zéro » des quatre essais aériens d’Hammoudia.12 Des témoignages de vétérans envoyés vers le point zéro quelques temps après le tir attestent que le sol était recouvert d’une tache noire de sable vitrifié de plusieurs centaines de mètres de diamètre.13 Près de quarante ans plus tard, les experts de l’AIEA n’ont pu retrouver que quelques fragments de ce sable noir vitrifié considéré comme hautement contaminé.14 Il est donc très vraisemblable que la plus grande part de ce sable vitrifié par les explosions nucléaires a été dispersée sur d’immenses espaces par les tempêtes de sable qui se produisent régulièrement dans cette zone désertique. Malgré toutes les dénégations officielles de la France, la protection des personnels, notamment les jeunes militaires et les personnels civils recrutés localement, n’était guère assurée. A ce sujet, les témoignages de la négligence des autorités militaires sont très nombreux et concordants.15 De plus, le Service de protection radiologique s’est dispensé d’assurer à la fois leur protection et de les doter de moyens de mesure de la radioactivité. Pour justifier l’absence d’archives dosimétriques de la majorité des personnels civils ou militaires, le Service de Protection Radiologique des Armées donne habituellement cette réponse : « Vous n’étiez pas affecté à des tâches sous rayonnement ionisant. » Cette mauvaise foi des autorités responsables des essais est tellement évidente qu’aujourd’hui de nombreux tribunaux français donnent maintenant raison aux vétérans alors que pendant des années ils avaient accordé du crédit aux allégations officielles exonérant la responsabilité du ministère de la Défense. Ce changement de la part des tribunaux est probablement le résultat de plusieurs facteurs. Parmi ceux-ci, la diffusion par les chaînes de télévision française de films qui montrent la négligence des autorités militaires en charge des essais et leur mépris pour la protection de leurs personnels, la création d’associations de vétérans en France et en Polynésie depuis 2001 et la forte augmentation (plus de 300 aujourd'hui) du nombre d'actions en justice de la part de vétérans alors qu’au cours des 20 années précédentes les tribunaux n’avaient reçu seulement que quelques cas. La récente divulgation d’archives et de documents dévoile des faits perpétrés par ces mêmes autorités françaises qui se prétendent les gardiens de la « patrie des droits de l’homme ». C’est ainsi que l’on a appris qu’une unité militaire française fut expédiée directement d’Allemagne au Sahara pour manœuvrer en direction du point zéro quelques instants après l’explosion de la bombe « Gerboise verte », nom de code du quatrième essai atmosphérique du 25 avril 1961.16 Il y a de nombreux témoignages de vétérans qui étaient présents lors des essais. Nous en résumons deux dans lesquels ces vétérans croient que leurs problèmes de santé proviennent des radiations qu’ils ont reçues à l’époque. 1 – Roland W., un simple soldat, raconte qu’il fut envoyé sur le point zéro après l’essai du 13 février 1960 (Gerboise bleue) sans protection adéquate. Deux films badges (l’un en février, l’autre en avril 1960) révèlent une importante exposition. Depuis, en mars 1960, il a subi une intervention chirurgicale pour une inflammation des ganglions lymphatiques. Plus tard, il a subi une autre intervention chirurgicale pour une ostéomyélite au tibia et, en 1987, il fallut faire l’ablation de sa thyroïde.17 2 – Lucien P. travaillait comme mineur et maçon pour la préparation des galeries des tirs souterrains (voir les paragraphes suivants). Il raconte que le jour de l’essai du 1er mai, il se trouvait à 800 mètres de l’explosion et il affirme qu’il fut irradié par le nuage radioactif qui s’échappa de la montagne. Le 14 mai, il reprit son travail dans une nouvelle galerie de la même montagne. Un an plus tard, de petits cancers cutanés apparurent sur son visage, puis un cancer de la mâchoire. Quelques temps plus tard, une polyglobulie se déclarait et enfin un sarcome pulmonaire.18 Les essais souterrains d’In Eker Mais la fin de la guerre d’Algérie arrivait trop tôt pour que les sites polynésiens puissent accueillir l’organisation du programme d’essais nucléaires de la France. Aussi les négociateurs français des accords d’Evian, signés le 19 mars 1962, ont-ils obtenu de leurs partenaires algériens la mise à disposition de la France pour cinq ans des « installations d’In-Eker, Reggane et de l’ensemble Colomb-Béchar Hammaguir. »19 Il n’est écrit nulle part dans ces accords que les « installations » de Reggane et d’In-Eker étaient destinées à des expériences nucléaires, mais il est vraisemblable que les Algériens s’opposèrent à des essais aériens au Sahara après l’indépendance. Ainsi, les autorités françaises en charge des essais furent donc contraintes à passer aux essais souterrains. Mais la France, apparemment avait besoin d’essais aériens pour ses futures armes nucléaires. En fait, après la « réussite » de l’explosion de bombes à fission au plutonium à Hammoudia, l’objectif de la France était d’accéder au plus tôt à l’arme thermonucléaire dont la mise au point nécessiterait des essais de grande puissance impossibles à réaliser en mode souterrain. De l’avis d’un expert de la Direction des applications militaires du CEA, les modèles d’armes expérimentés par les tirs souterrains d’In Eker étaient « périmés avant même d’être en service. »20 En 1966, dès que les atolls de Moruroa et de Fangataufa furent prêts, la France reprit ses essais atmosphériques après un arrêt de cinq ans selon les termes des accords d’Evian. Néanmoins, entre le 7 novembre 1961 et le 16 février 1966, la France effectua 13 essais souterrains dans la montagne granitique du Taourirt Tan Afella située au pied du massif du Hoggar. Ce site a été choisi sans tenir compte des règles élémentaires de santé publique. En effet, le Taourirt Tan Afella constitue un massif rocheux d’une quarantaine de km de pourtour disposé à quelque trois cents mètres du principal axe de traversée du désert saharien qui, de la Méditerranée en passant par la ville de Tamanrasset dans le Hoggar, conduit aux pays de l’Afrique noire sub-saharienne. Après l’expertise de l’AIEA de 1999 (voir plus loin), le gouvernement algérien construisit un mur de 40 km de long sur trois mètres de haut pour empêcher l’accès à cette dangereuse montagne contaminée. Il y a une présence militaire à proximité de ce mur, mais il paraît difficile d’exercer une surveillance permanente. Après l’accident de tir de mai 1962 (voir le paragraphe suivant) le gouvernement français avait également construit un mur d’interdiction, mais seulement pour empêcher l’accès au tunnel. L’accident de tir du 1er mai 1962 Quatre explosions souterraines sur les treize réalisées au fond de galeries de quelques centaines de mètres creusées horizontalement dans la montagne n’ont pas été « contenues ». Autrement dit, la montagne s’est fissurée ou les obturations des galeries n’ont pas résisté à la puissance de l’engin et des fuites radioactives gazeuses et de roches fondues se sont produites à l’extérieur. Le tir Béryl du 1er mai 1962 a été effectué dans le tunnel E2 creusé dans la montagne du Taourirt Tan Afella. La puissance effective reste secrète mais elle est estimée se situer entre 10 et 30 kilotonnes.21 Cependant la puissance de la bombe aurait été bien supérieure en raison d’une erreur de réglage de l’engin.22 Toutes les protections installées dans le tunnel ont cédé au moment de l’explosion : un nuage radioactif s’est répandu dans l’atmosphère et une coulée de roches fondues contaminées a été éjectée à l’extérieur de l’entrée de la galerie. Une panique et une fuite générale s’en sont suivies parmi les quelque deux mille assistants à ce tir dont deux ministres français MM Pierre Messmer et Gaston Palewski. Les circonstances de cet accident sont maintenant bien documentées par des témoignages de vétérans.23 Dans une lettre datée du 14 mai 1962 écrite à son père, Michel R., un jeune soldat, décrit en détail le déroulement de l’essai. En voici quelques extraits : L’explosion eut lieu à 11 heures. Des blocs se détachèrent de la montagne et tombèrent en avalanche… La couleur de la montagne passa du marron clair au blanc… Alors que le bruit de l’explosion s’atténuait, un nouveau et très intense grondement nous parvint depuis la cavité où se trouvait la galerie. Nous avons vu s’élever une fumée noire, semblable à celle d’une locomotive qui en peu de temps prit la proportion d’un véritable nuage. C’est là qu’il y eut un commencement de panique (et je mesure mes mots)… On m’a raconté (Michel R. était très près) que des colons et des pitaines laissaient tout en plan et s’enfuyaient alors que pour le moment il n’y avait aucun danger.24 Des informations officielles sur le déroulement de l’accident minimisent son ampleur et affirment qu’une « fraction de 5 à 10 % de la radioactivité est sortie par la galerie sous forme de laves et de scories projetées qui se sont solidifiées sur le carreau de la galerie, d’aérosols et de produits gazeux formant un nuage qui a culminé jusqu’aux environs de 2600 m d’altitude à l’origine d’une radioactivité détectable jusqu’à quelques centaines de kilomètres. »25 Le rapport ajoute que le nuage s’est dirigé vers le plein Est et que dans cette direction « il n’y avait pas de population saharienne sédentaire ». Mais il reconnaît que, « localement, une contamination substantielle (induisant une exposition supérieure à 50 mSv) aurait touché une centaine de personnes. »26 L’explosion provoqua une coulée de lave radioactive. Le rapport de l’AIEA de 1999 estime que la coulée de lave radioactive mesure 210 de longueur, pour un volume de 740 m3 et une masse d’environ 10 000 tonnes.27 Le rapport de l’AIEA écrit qu’une personne se trouvant à proximité de la lave pendant deux jours et, huit heures pour chaque jour, pourrait recevoir une dose de 1,1 mSv.28 Etat des lieux de l’accident A l’issue du colloque d’Alger de février 2007, le gouvernement algérien a organisé un déplacement sur le site d’In Eker auquel j’ai participé. Accompagnés de nombreux journalistes des médias algériens, français et japonais, nous avons pu approcher du site où s’est produit l’accident. L’aspect extérieur des lieux permet probablement une meilleure compréhension de ce qui a pu se produire lors de l’accident. En effet, les témoins de l’époque ne pouvaient pas être à une telle proximité ni évaluer ce qui s’était réellement passé en raison de la panique et du sauve-qui-peut général. On constate donc aujourd’hui que la lave radioactive a été projetée à distance depuis l’entrée de la galerie jusque sur la colline qui se trouve en face de cette entrée. Il ne s’agit donc pas d’une simple coulée : la violence de l’explosion a projeté en jets puissants la roche fondue contaminée par les matériaux radioactifs de la bombe. Devant l’entrée du tunnel, nous avons vu des couches de « scories » - la lave éjectée qui a refroidi lors de l’explosion - dont la radioactivité mesurée par un membre de la délégation japonaise se situait entre 77 et 100 µGy/h (soit environ mille fois le niveau de radioactivité de la mer). Une personne restant pendant 8 heures près de cette lave contaminée recevrait une dose effective entre 0,6 et 0,8 mSv. La surface de la lave solidifiée est dégradée probablement en raison des phénomènes météorologiques qui se sont produits depuis 45 ans. Le rapport de l’AIEA note également qu’une personne qui resterait huit heures à proximité de cette couche de lave radioactive absorberait une dose effective de 0,5 mSv.29 Ceci est à peu près cohérent avec les mesures prises lors de la visite du site le 16 février 2007 où il a été calculé qu’un séjour de 12 heures permettrait d’absorber une dose effective de 1 mSv pour la mesure basse de 77 µGy/h et de 1 mSv en 10 heures pour la mesure haute de 100 µGy/h, soit la dose annuelle maximale admissible pour le public selon la Commission Internationale de Protection Radiologique. Les autorités algériennes qui accompagnaient les visiteurs insistaient d’ailleurs pour que ces derniers ne restent pas plus de 20 minutes sur cette zone dangereuse. Entre 1966 et 2000, le site était accessible par les nombreuses brèches de la barrière construite par les Français après l’accident. Pendant ces années, des nomades ont pu séjourner et même récupérer des matériels abandonnés sur ces lieux dangereux.30 Nos hôtes algériens nous ont expliqué que des pluies torrentielles se produisent régulièrement dans cette région entraînant les eaux de ruissellement et des sédiments qui remplissent l’oued situé au pied du Tan Afella avant d’alimenter la nappe phréatique souterraine. De plus, on repère facilement ces « scories » et des débris de « lave » éparpillés alentours de la « coulée » en raison de leur couleur sombre et de leur structure très différente de la roche granitique plus claire et très compacte qui constitue la montagne du Tan Afella. Les informations sur les incidents qui se sont produits au cours des essais souterrains des différentes puissances nucléaires font souvent état de « fuites » de gaz radioactifs pour la simple raison que la plupart des tirs souterrains ont été réalisés en puits, notamment à Moruroa, Fangataufa et au Nevada. Plus de 200 tirs en galeries, analogues à ceux du Tan Afella, ont été effectués par les Soviétiques en Nouvelle-Zemble et au Kazakhstan, mais on ne dispose pas d’informations sur d’éventuels accidents. Les Etats-Unis ont également effectué une cinquantaine de tirs en tunnel sur le Nevada Test Site qui ont provoqué des rejets gazeux accidentels en plus de108 rejets opérationnels.31 On peut donc dire que cet accident du 1er mai 1962 serait vraisemblablement un cas unique dans l’histoire mondiale des essais nucléaires, tout du moins en ce qui concerne la coulée de lave. La « coulée » du Tan Afella reste un héritage, dangereux pour des siècles, abandonné sans véritable protection. Autre constat effarant : le carreau et les environs du tunnel E2 restent encore jonchés de matériaux de chantier et autres objets (câbles électriques, rails, restes de tapis roulants, ferrailles diverses…) abandonnés sur place. Le temps nous a manqué pour évaluer le degré de contamination résiduel de ces matériaux et de plus, nous ne disposions pas de moyens élémentaires de radioprotection. Cependant, aux dires de nos accompagnateurs Touaregs,32 de nombreux objets ont été récupérés pendant des années par les habitants ou les nomades de passage qui les ont ensuite utilisés comme pièces détachées ou pour d’autres incorporations dans des objets artisanaux. La montagne du Tan Afella dont la Direction des essais vantait la stabilité géologique a été fortement ébranlée et fissurée par treize explosions souterraines. Des rapports officiels montrent les effets mécaniques des explosions sur la structure de cette montagne.33 En 1996, après la fin des essais souterrains à Moruroa, les Français ont installé sur cet atoll un système de surveillance géomécanique pour vérifier l’évolution des failles et fissures. Un système analogue devrait être mis en place autour de la montagne du Tan Afella qui, de plus, est soumise à des dégradations très visibles dues aux conditions climatiques extrêmes de cette zone saharienne. Autres dégâts environnementaux Au Sahara, la France dénombre seulement 17 essais nucléaires, quatre atmosphériques et treize souterrains. Mais, de plus, la France a effectué 40 autres expériences « complémentaires ». La Direction des Essais français désigne ces expériences sous le nom « d’essais froids » qui n’enclenchent pas de réaction en chaîne. Trente cinq de ces expériences ont étudié les effets d’un choc explosif sur des boulettes de plutonium (20 grammes chacune) sur le site de Reggane. Les cinq autres, désignées sous le nom d’ « Opération Pollen », au cours desquelles du plutonium fut dispersé dans l’air ont été réalisées à proximité de la montagne du Taourirt Tan Afella. Au cours d’une de ces cinq expériences, on fit manœuvrer une petite unité militaire à pied pendant plusieurs heures avec masques et tenues de protection. Aujourd’hui, cette zone de plusieurs hectares est difficilement identifiable en raison des sables qui l’ont recouverte, au point que la mission de l’AIEA en 1999 n’a pu y réaliser que quatre prélèvements assez peu significatifs. Des expériences du même type ont été effectuées en Australie par les Britanniques au début des années 1950 et ont provoqué de telles contaminations des sols du site de Maralinga qu’il a fallu réaliser d’immenses travaux d’assainissement depuis 1967 jusqu’au début de ce siècle.34 De plus, les essais nucléaires aériens ou souterrains ont produit de grandes quantités de déchets technologiques, des véhicules, des avions et d’autres matériels militaires ont été exposés aux tirs, d’énormes quantités d’eau et de liquides de nettoyage ont été employés pour la décontamination des appareils et des personnels. Tous ces « déchets » ont été enterrés sous quelques centimètres de sable et les témoins algériens affirment qu’une grande partie de ces matériels a été « récupérée » par les populations locales ignorantes des risques pour leur santé. En 2006, le gouvernement de la Polynésie française a pu obtenir du ministère de la Défense français l’inventaire précis et les lieux de stockage des déchets similaires produits à Moruroa et Fangataufa (la majeure partie a été immergée dans l’Océan). Cependant, le gouvernement algérien ne dispose d’aucune indication ou cartographie des sites de dépôts de tels déchets radioactifs. Le véritable problème de la gestion des risques radiologiques au Sahara est la « continuité territoriale » qui fait que des communautés nomades et leurs troupeaux ou des visiteurs de passage peuvent se trouver ou pénétrer sur des lieux contaminés sans le savoir. Tous les géologues le savent, le désert saharien recouvre de vastes nappes d’eau douce alimentées par des pluies torrentielles qui se produisent très irrégulièrement. Des puits et des résurgences artésiennes permettent aux voyageurs de s’alimenter en eau et à de petites communautés d’y installer quelques cultures dans les oasis. La surveillance radiologique des eaux souterraines proches des anciens sites d’essais sahariens serait certainement nécessaire. Les Etats-Unis ont mis en place une telle surveillance dans le sous-sol du Nevada Test Site. Cette surveillance est d’autant plus importante que le gouvernement algérien met en place un projet d’exploitation de grande envergure de ces eaux souterraines. Le secret A juste titre, le colloque d’Alger de février 2007 a recommandé de « lever le sceau du "secret défense" sur toutes les archives se rapportant aux essais et explosions nucléaires français au Sahara Algérien afin qu'elles servent de documents de référence aux chercheurs et experts. »35 Chacune des expériences nucléaires de la France a fait l’objet de nombreux rapports rédigés tant par les divers services des Armées que du Commissariat à l’Energie Atomique concernés. Malgré la présence d’un expert français dans la mission de l’AIEA au Sahara, le rapport de la mission sur l’état des sites d’essais nucléaires français sahariens ne comporte aucune référence d’un rapport français. Le rapport de l’AIEA note :
Seules quelques cartes ont été fournies à l’Agence par les autorités françaises. L’absence de références officielles françaises constitue une carence grave et une absence flagrante de transparence de la part des responsables français, spécialement si l’on considère que ce même gouvernement français a fourni des informations sur ses essais conduits en Polynésie. Bien que tous les documents officiels sur les essais nucléaires français en Polynésie n’ont pas été communiqués aux experts de l’AIEA pour leur étude sur Moruroa et Fangataufa, le ministre de la Défense leur a fourni deux volumes de documents techniques (957 pages en tout) comme contribution à la transparence.37 Pour le moins, la même démarche devrait être faite pour les essais au Sahara. Cette ouverture des archives est d’autant plus nécessaire parce que le contexte historique des relations franco-algériennes au cours des années 1960-1967 reste particulièrement obscur.38 Les témoignages des vétérans et des survivants des populations locales nécessitent une comparaison avec les documents officiels. Le secret est d’autant plus préjudiciable qu’il entretient des malentendus qui freinent le rétablissement de relations d’amitié entre la France et l’Algérie. Une nécessité : nettoyage et surveillance Dans le cas du Sahara, on pourrait supposer qu’il est bien tard pour prendre des mesures plus de 40 ans après les essais. Cependant, certaines matières radioactives restent dangereuses pour des centaines, des milliers et même des millions d’années. D’autres gouvernements ont compris cela et ont entrepris des efforts de réhabilitation et de surveillance. Les Britanniques ont engagé la restauration des sites du désert australien contaminés par leurs essais. Les Américains ont interdit le retour définitif des habitants de Bikini sur leur atoll où 23 essais aériens ont été effectués. Les Français ont également conservé le statut de terrain militaire, interdit au public, aux atolls de Moruroa et de Fangataufa. Des moyens techniques ont été mis en place sur tous ces sites d’essais pour assurer, tant bien que mal, une surveillance de la contamination. Les sites d’essais sahariens devraient pouvoir bénéficier des enseignements de la surveillance et de la réduction des risques engagés sur d’autres sites d’essais. Conséquences sanitaires L’incidence des essais nucléaires sur la santé est aujourd’hui bien documentée.39 Aux Etats-Unis, par exemple, une législation de 1990 attribue des compensations à des personnes qui ont contracté des cancers radio induits et qui ont vécu ou travaillé dans le champ des retombées radioactives du site d’essais du Nevada au cours de la période des essais aériens. Certains insulaires des Iles Marshall ont aussi reçu des compensations en réparation aux dommages causés à leur santé et à leurs propriétés par les essais américains. Les vétérans qui ont participé aux essais et qui ont contracté des cancers radio induits ont également droit à des compensations. En France, même si l’Etat est jusqu’à aujourd’hui réticent pour reconnaître les effets sur la santé, la pression des associations de vétérans, des médias et des parlementaires est telle que le gouvernement devra probablement adopter une législation calquée sur le modèle américain. Pourtant, l’évaluation de l’impact des essais sur la santé des petites populations vivant à proximité des sites d’essais restera difficile à réaliser. En Algérie, l’état civil des habitants du Sahara n’a été mis en place qu’en 1969 : il sera donc bien difficile de faire des études épidémiologiques crédibles. Des témoignages effrayants ont été recueillis auprès des populations Touaregs et des communautés sédentaires des oasis, mais, selon les autorités algériennes, aucun recensement des maladies et aucune étude épidémiologique n’ont été effectués auprès de ces populations. Selon un rapport de mai 2007 du Comité de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires français, la carence des données sanitaires et le relatif petit nombre de personnes potentiellement affectées rendraient difficile, sinon impossible, l’obtention de résultats convaincants.40 Il faudra donc trouver une autre voie pour compenser le préjudice sanitaire et environnemental causé à ces petites populations par les essais nucléaires. En février 2007, le colloque organisé par le gouvernement algérien sur les conséquences des essais nucléaires ne s’est pas attardé sur des revendications politiques en termes de « reconnaissance de responsabilités sur les méfaits du colonialisme ». Les recommandations41 s’appuient sur une exigence de vérité et de transparence à l’adresse de « la partie française », avec des objectifs concrets :
Ces demandes ne commencent même pas par des reproches sur les préjudices. Le gouvernement algérien fait montre de détermination pour engager un processus de coopération avec la France pour « réparer » les dommages causés par les essais français au Sahara. IEER – Postscript La revue « Science for Democratic Action » a contribué à apporter une masse d’informations et des analyses sur les dommages causés par la production et les essais d’armes nucléaires américaines sur la population des Etats-Unis elle-même. Ce n’est pas seulement parce que l’IEER est basé aux Etats-Unis. C’est aussi parce que les Etats-Unis sont, de loin, parmi les puissances nucléaires, les plus transparents. Les dommages causés aux habitants des Iles Marshall en raison des essais nucléaires ont été reconnus par les Etats-Unis à la fin des années 1970 et les dangers encourus par les personnels des forces armées américaines et les populations se trouvant dans le champ des retombées radioactives ont commencé peu après à être largement connus du public. Par ses essais nucléaires, la France, elle aussi, a mis en danger le personnel de ses forces armées et des populations dans deux de ses colonies, l’Algérie et la Polynésie. Un grand débat public sur les conséquences désastreuses des essais nucléaires vient seulement de commencer. Nous proposons cet article de Bruno Barrillot sur les essais nucléaires français en Algérie parce qu’il est un chercheur sur les armes nucléaires françaises et un militant de paix. Il a réalisé un grand travail qui a contribué à exposer au grand jour, tant en France qu’en Algérie, les dommages causés par les essais nucléaires français. Je tiens à le remercier pour la recherche minutieuse qu’il a faite pour cet article. Comme toujours, chaque fois que l’IEER publie un article d’un invité, l’analyse, l’opinion et les recommandations appartiennent à l’auteur et peuvent – ou ne peuvent pas – être partagées par l’IEER. Quand on lit les dénégations officielles françaises sur les risques encourus, il suffit de se rappeler que ces mêmes dénégations étaient courantes aux Etats-Unis il y a un quart de siècle. Cela a changé grâce aux témoignages des vétérans atomiques, à la recherche indépendante, aux reportages des médias, aux enquêtes du Congrès qui ont orienté la réflexion dans la direction contraire à ce qui avait cours dans les années 1980. – Arjun Makhijani
LES NOTES BAS DE PAGE 1 Bruno Barrillot est directeur du Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits (CRDPC). Il a publié de nombreux livres sur les questions nucléaires françaises, notamment militaires. 2 Sous la IVème République (1944-1958), la Présidence du Conseil comprenait des Secrétaires d’Etat dépendant directement du Président du Conseil (ou Premier ministre). Ils n’avaient pas l’obligation de faire des rapports au Parlement. Général Crépin, Histoire du Comité des explosifs nucléaires, in L’aventure de la bombe, Plon, Paris, 1985, p. 83–84. 3 Bruno Barrillot, L’Héritage de la bombe, Lyon, CDRPC, 2002, p. 7 à 19 et Bruno Barrillot & Mary Davis, Les déchets nucléaires militaires français, Editions CDRPC, Lyon, 1994, pp. 68–69. 4 Jean-Marc Regnault, The Journal of Military History No 67 (October 2003) p. 1223–48. 5 Ibid. p. 1229–30. 6 Charles Ailleret, L’aventure atomique française. Comment naquit la force de frappe, Paris, Grasset, 1968. 7 Ibid. 8 Maurice Vaisse, Le choix atomique de la France (1945-1958), Vingtième siècle. Revue d’histoire n° 36 (oct-déc 1992), p. 21. 9 Carte reproduite dans Barrillot 2002, op. cit., p. 42. 10 Souhila Hammadi, Essais nucléaires en Algérie : Paris rejette la responsabilité de la contamination, Liberté-Algérie, 14 février 2007 ; Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense, Ministère de la Défense, Dossier de présentation des essais nucléaires et leur suivi au Sahara, janvier 2007, 26 pages. 11 U.S. Atomic Energy Commission, Office of Special Projects, Report On Tunisian Gummed Film Data For February, March 29, 1960, transmitted by letter from Edward R. Gardner, to Philip J. Farley, dated March 30, 1960 (DOE accession number: NV0027183); Yves Rocard, Mémoires sans concessions, Grasset, Paris, 1988, p. 235. 12 IAEA, Radiological Conditions at the Former French Nuclear Test Sites in Algeria. Preliminary Assessment and Recommendations, International Atomic Energy Agency, Vienna, 2005, pp. 11 and 20–24. 13 Bruno Barrillot, Les Irradiés de la République, Bruxelles, Editions Complexe, 2003, p. 35. 14 IAEA 2005, op. cit., p. 26. 15 Barrillot 2003, op. cit. 16 Barrillot 2003, op. cit., p. 23. 17 Barrillot 2003, op. cit., p. 31. 18 Barrillot 2003, op. cit., p. 76–78. 19 Journal officiel de la République française, 20 mars 1962, p. 3030. 20 « Déclaration de Jean Viard, » citée par Jean-Damien Pô, Les moyens de la puissance. Les activités militaires du CEA. 1945–2000. Fondation pour la recherche stratégique, Editions Ellipses, 2001, p. 111. 21 IAEA 2005, op. cit., p. 12. 22 Témoignage de M. Audinet, alors cadre de la Sodeteg, recueilli par Pascal Martin, « Dans le secret du paradis », reportage diffusé sur la chaîne télévisée nationale France 2, le 19 septembre 2002. 23 Barrillot 2003, op. cit., p. 62 à 87. 24 Barrillot 2003, op. cit., p. 65 à 68. 25 Christian Bataille & Henri Revol. Les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires effectués par la France entre 1960 et 1996 et éléments de comparaison avec les essais des autres puissances, AN n° 3571, Sénat n°207, 5 février 2002. 26 Bataille & Revol 2002, op. cit., p. 36. 27 IAEA 2005, op. cit., p. 13. 28 IAEA 2005, op. cit., p. 50. 29 IAEA 2005, op. cit., p. 30. 30 Barrillot 2002, op. cit., p. 83–84. 31 ORAU TEAM, Dose Reconstruction Project for NIOSH, Nevada Test Site: Site Description, ORAUT-TKBS-0008-2, http://www.cdcgov/niosh/ocas/pdfs/tbd/nts2-r1.pdf, Table 2-5, p. 43. 32 Les Touaregs constituent une population berbérophone islamisée habitant le Sahara et le Sahel. 33 Barrillot 2002, op. cit., p. 71 à 73. 34 Bataille & Revol 2002, op. cit., p. 199–200. 35 Colloque international sur les conséquences des essais nucléaires dans le monde: cas du Sahara Algérien, Alger, 13–14 février 2007. Recommandations. 36 IAEA 2005, op.cit., p. 5. 37 Ces documents ont été publiés : CEA-Direction des Applications Militaires, Ministère de la Défense, Geomechanical and radiological impact of nuclear tests at Mururoa and Fangataufa, La Documentation française, 1998. 38 Le colloque d’Alger recommande d’« intensifier les efforts des historiens, des experts et des juristes pour établir la vérité sur la question controversée de l'utilisation de civils et de militaires comme "cobayes" ». On doit également faire la vérité sur la manœuvre réalisée lors du tir Gerboise verte du 25 avril 1961. 39 En plus des nombreux témoignages de vétérans, on peut consulter l’étude de santé sur les vétérans des essais nucléaires français sur le site www.aven.org. Voir aussi, IPPNW and IEER, Radioactive Heaven and Earth: The Health and Environmental Effects of Nuclear Weapons Testing In, On, and Above the Earth. New York, Apex Press, 1991. 40 DSND- ASN, Rapport du Comité de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires français, mai 2007, p. 13. 41 Colloque 2007, op. cit.
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement(La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action v. 15, no. 3, a été publiée en avril 2008.)
Mise en place en avril 2008