IEER | Énergie et Sécurité No. 4


L a <> s c i e n c e <> p o u r <> l e s <> m a s s e s <> c r i t i q u e

La Protection Contre Les Radiations Ionisantes

"La science pour les masses critiques" apparaîtra régulièrement dans Énergie et Sécurité. Elle fournira aux lecteurs des éléments de référence technique pour les questions de politique discutées dans chaque numéro, ainsi que l'occasion de mesurer leurs connaissances sur ces points techniques.


La Décroissance Radioactive
Les Doses D'Irradiation
Unites de Rayonnement et de Dose
Equivalent de Dose Efficace

La réglementation pour la protection contre les radiations ionisantes est basée sur trois recommandations fondamentales faites à l'origine par la CIPR en 1977 et réaffirmée ultérieurement:1,2

  • Justification: on ne doit adopter aucune pratique conduisant à une irradiation à moins qu'elle ne produise un bénéfice suffisant pour les individus exposés ou pour la société, compensant le préjudice lié à cette irradiation.

  • Optimisation: l'irradiation doit être au niveau le plus bas que l'on peut raisonnablement atteindre.

  • Limitation de la dose et du risque individuels: aucun individu ne doit recevoir des doses d'irradiation supérieures aux limites maximum autorisées.

Le plus difficile de ces principes, et certainement celui qui est rarement pris en compte correctement, est celui de la justification. Etablir la probabilité qu'une pratique quelconque va entraîner un bénéfice net implique de nombreux jugements de valeur qui sont difficiles sinon impossibles à quantifier. La CIPR reconnaît ceci:

La Commission recommande que, quand des pratiques entraînant une irradiation, ou le risque d'une irradiation, sont envisagées, le préjudice lié à l'irradiation doit être explicitement intégré dans le processus de choix. Le préjudice à prendre en considération ne se cantonne pas à l'irradiation, il inclut d'autres préjudices ainsi que les coûts de la pratique. Souvent, le préjudice au niveau de l'irradiation représentera une petite partie du total. La justification d'une pratique va donc bien au-delà de l'objectif de la protection radiologique...Rechercher la meilleure option disponible entre toutes est généralement une tâche qui dépasse la responsabilité des agences de protection radiologique.3

Ce point est développé dans une déclaration du Comité pour la protection radiologique et pour la santé publique de l'Agence de l'énergie nucléaire de l'OCDE:

Les décisions sur la justification d'une pratique ou d'une activité qui entraînent une irradiation impliquent généralement un vaste éventail de questions sociales, économiques et politiques, en plus de celles qui ont trait à la protection radiologique. [...] La justification est essentiellement un processus politique de prise de décision dans lequel les avantages et les préjudices, d'un point de vue technique ou purement liés à l'irradiation, jouent un rôle important mais relativement limité.4

Au cours des premières années du développement des armes nucléaires, les scientifiques et les hauts fonctionnaires impliqués supposaient implicitement que la sécurité nationale justifiait les risques de l'entreprise. Selon J. Newell Stannard, "En 1947, les données sur le plutonium et les autres actinides ont été utilisées dans une série de conférences entre trois pays sur les limites d'exposition à la radioactivité. [...] Elles exigeaient une interprétation prudente, parce que les interprétations les plus empreintes de conservatisme auraientpu conduire à la fermeture de Los Alamos." 5

Le principe de justification continue d'être la pierre d'angle de la philosophie de la CIPR, mais l'application de ce principe à une situation particulière de l'industrie nucléaire, qu'elle soit civile ou militaire, est rarement considérée.6

L'optimisation implique que des mesures soient prises pour réduire la radioexposition jusqu'à ce que les avantages obtenus en diminuant les doses ne justifient plus les dépenses à engager. La façon dont un tel principe peut être rigoureusement appliqué n'est pas claire, particulièrement parce qu'il nécessite une certaine valorisation monétaire de chaque vie humaine sauvée. Dans la pratique, l'optimisation est appliquée de deux manières: comme une exhortation à utiliser "la meilleure technologie disponible" et comme la reconnaissance que le seul respect des limites de doses n'est pas suffisant. Si des réductions supplémentaires de doses sont faisables à un coût raisonnable, elle doivent être faites. L'optimisation renvoie généralement à des doses d'irradiation collectives plutôt qu'individuelles.

Les principales limites de dose recommandées par la Publication 26 (1977) de la CIPR étaient de 50 millisieverts (5 rems) par an pour les travailleurs en milieu ionisant et de 5 millisieverts (500 millirems) par an pour le public. Une recommandation subsidiaire de maintenir les doses pour le public au dessous d'un millisievert par an si possible, est devenue progressivement la principale limite de dose à long terme pour le public, avec des irradiations à court terme de 5 millisieverts par an autorisées.

Pour la CIPR, ces limites s'appliquaient à l'ensemble des sources d'irradiation à l'exception de l'exposition naturelle. Cette commission a développé une méthodologie pour combiner les doses provenant de différentes sourcestelles que les irradiations à partir de l'inhalation de poussières de minerai combinées avec celles provenant de l'exposition au rayonnement gammaet c'est ce total qui doit être comparé à la limite appropriée.

En 1991, la CIPR a révisé ses normes de protection radiologique, essentiellement en réponse à une réévaluation de la dosimétrie et des risques de cancer parmi les survivants de la bombe atomique.7 Le changement le plus significatif concerne l'abaissement de la limite de dose annuelle des travailleurs à 20 millisieverts. (La limite de dose annuelle pour le public était abaissée à 100 mrem.) La réglementation n'a pas encore complètement reflété cette modification.


Énergie et Sécurité No. 4 Index
Énergie et Sécurité Index
IEER page d'accueil

L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement
Envoyez vos impressions à la Rédactrice en chef, Énergie et Sécurité
Takoma Park, Maryland, USA

avril 1998



LES NOTES BAS DE PAGE

1. Recommendations of the International Committee on Radiological Protection. ICRP Publication 26. Annals of the ICRP, vol. 1, n° 3, Oxford, New York. Pergamon Press, 1977, p. 3.

2. ICRP (CIPR) 1991, p. 28.

3. ICRP (CIPR) 1991, para. 115.

4. Nuclear Energy Agency (AEN), Committee on Radiation Protection and Public Health. Applicability of the ICRP principle of justification of a practice to radiological protection standards. Journal of the Society for Radiological Protection, vol. 2, n° 4 (1982), p. 15.

5. J. N. Stannard. Radioactivity and Health: A History. Prepared for the U.S. Department of Energy, Office of Health and Environmental Research. Oak Ridge, Tennessee: Office of Scientific and Technical Information, U.S. DOE. October 1988. La base de données QUEST (1992) n'a donné que 5 références pour "justification" contre 91 pour le principe d'optimisation (QUEST Radiation Data Base. Vol. 2.6, 1992. (Produit et distribué par Radiation Technology, Inc., P.O. Box 10457, Silver Spring, MD 20914, Etats-Unis].

6. La base de données QUEST (1992) n'a donné que 5 références pour "justification" contre 91 pour le principe d'optimisation (QUEST Radiation Data Base. Vol. 2.6, 1992. (Produit et distribué par Radiation Technology, Inc., P.O. Box 10457, Silver Spring, MD 20914, Etats-Unis].

7. ICRP (CIPR), 1991.