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Robert Brooks et Anita Seth
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Factsheet on uranium (en anglais)
Depuis sa découverte en 1789 jusqu'au début du vingtième siècle, l'uranium a été utilisé comme colorant et comme vernis dans la céramique et la verrerie.1 Entre le début des années 1900 jusqu'à la fin des années 30, il a été considéré comme un rebut de la production du radium (qui était utilisé pour des applications médicales et pour fabriquer des instruments et des cadrans de montres lumineux). L'uranium n'a commencé à être exploité en grande quantité qu'après la découverte de la fission nucléaire en 1938. Bien qu'on le trouve partout dans le monde à l'état de traces, l'uranium est souvent exploité lorsque les concentrations atteignent 0,1 à 0,5 % du minerai. En de rares occasions on peut le trouver à des concentrations dépassant les 10 %, comme dans les réserves du Saskatchewan au Canada, ou encore supérieures. Il y a quatre méthodes habituelles d'exploitation minière:
Le traitement de l'uranium consiste à extraire l'uranium du minerai et à le transformer en une poudre d'oxyde qui peut être transportée. Aussi bien l'extraction du minerai que son traitement exposent les travailleurs, les résidents alentour et l'environnement à divers risques. Pour les comprendre il est d'abord nécessaire de comprendre la composition du minerai d'uranium. L'uranium naturel est composé de trois isotopes émetteurs alpha : U-238, U-235 et U-234. Ces isotopes émettent également quelques rayonnements gamma. L'uranium 238, le plus abondant de ces isotopes (presque 99,3 % de l'uranium naturel), a une demi-vie d'environ 4,5 milliards d'années. Les demi-vies de l'uranium 235 (environ 0,7 %) et de l'uranium 234 (seulement 0,005 % du contenu mais presque la moitié du rayonnement de l'uranium) sont respectivement de 704 millions d'années et de 245 000 ans. La désintégration de l'uranium 238 donne naissance à de nombreux produits de filiation radioactifs, tels que le thorium 234 et -230, le radium 226, le radon 222 et le polonium 218 et -214. Ces produits de filiation sont toujours trouvés en association avec l'uranium naturel dans les minerais. L'uranium est à la fois un toxique radioactif et chimique. A l'extérieur du corps, l'uranium naturel ne représente qu'un danger mineur à cause de son rayonnement gamma relativement faible (sauf en cas d'exposition prolongée). Une fois inhalé ou ingéré, il peut augmenter les risques de cancer du poumon ou des os à cause de ses émissions alpha. Les produits de filiation de l'uranium 238 représentent des dangers supplémentaires. Le thorium 234 se désintègre sur place alors que le thorium 230 a tendance à s'accumuler dans les os. Le polonium se diffuse aussi bien dans les tissus mous que dans les os. Le radium est semblable au calcium et s'accumule à la surface des os et plus tard dans la matrice de la structure osseuse. Le radium est dangereux en cas d'ingestion. Il est identifié comme un agent responsable du cancer des os ainsi qu'on l'a découvert dans les années 20 par le sort tragique des peintres de cadran au radium qui en ont ingéré par inadvertance en léchant la pointe de leurs pinceaux pour obtenir une pointe fine. Le radon 222 est un gaz, produit de filiation du radium 226, et a une demi-vie de 3,82 jours. Le radon et ses produits de filiation sont historiquement responsables des niveaux élevés de cancers du poumon des mineurs d'uranium. Le système d'exploitation minière souterraine conventionnel est plus dangereux pour les travailleurs à cause d'une plus grande exposition aux produits de filiation du radon. Les travailleurs inspirent le polonium 218, le plomb 214, le bismuth 214 et le polonium 214 de l'air. La désintégration de ces radionucléides dans les poumons a été la principale voie d'irradiation des mineurs d'uranium et est historiquement responsable des niveaux élevés de cancer qu'ils subissent. L'irradiation par le radon et ses produits de filiation est mesurée en niveaux opérationnels et en niveaux opérationnels-mois (voir Les Doses d'irradiation). Les mineurs d'uranium sont également exposés à de nombreux dangers non radiologiques. L'uranium soluble affecte les reins s'il est ingéré ou inhalé à cause de sa toxicité chimique en tant que métal lourd. Le minerai dans lequel on trouve l'uranium renferme également des métaux lourds toxiques non radioactifs. Ceux-ci varient de site en site mais peuvent inclure l'arsenic, le plomb, le molybdène et le manganèse. Les doses des travailleurs des mines d'uranium peuvent être réduites grâce à une ventilation adéquate, un planning rigoureux, une bonne conception de l'installation et de bonnes pratiques de travail. Pourtant, de nombreux exploitants de mines de par le monde ont résisté à la mise en place de mesures d'amélioration des conditions de travail. Par exemple, les Etats-Unis ont attendu le milieu des années 60 pour établir des mesures de protection contre des risques sanitaires avérés, même si des études menées par le Service de santé publique des Etats-Unis (USPHS) au début des années 50 montraient que les risques pour les travailleurs américains étaient similaires à ceux d'Europe, où des niveaux élevés de cancer du poumon avaient déjà été démontrés. Le Canada, poussé par la course à la bombe des Etats-Unis, a commencé l'exploitation de mines et le traitement à grande échelle dans les années 40. Il n'y a pas eu de limite supérieure réglementaire pour les mineurs canadiens jusqu'en 1968. L'Union soviétique a exploité ses mines est-allemandes sans aucune mesure de protection contre l'irradiation jusqu'en 1954; elles ont continué à être les sites d'un désastre radioactif pendant des décennies. La santé et la sécurité des travailleurs a également été négligée à la mine de Rössing en Namibie. Pendant les trois premières années d'exploitation il n'était pas obligatoire pour les travailleurs de porter des dosimètres photographiques personnels et ensuite seulement pour les dernières étapes de l'extraction de l'uranium. Une étude de 1992 a découvert que «au cours [des années 80] la norme Rössing d'hygiène industrielle pour l'uranium dans l'air était presque 6 fois supérieure au maximum recommandé par la CIPR pour la Concentration dérivée d'uranium naturel dans l'air, et 36 fois supérieure à la limite à laquelle aboutissent les preuves scientifiques actuelles.»2 Un certain nombre d'études sur la santé des mineurs d'uranium ont été menées, faisant état de niveaux élevés de cancers du poumon. En Tchécoslovaquie, les études de suivi de plusieurs cohortes de mineurs ont été menées depuis 1970. Une étude sur 4042 mineurs qui ont commencé à travailler sous terre entre 1948 et 1957 a établi que le nombre de morts par cancer du poumon jusqu'en 1985 était cinq fois supérieur au nombre attendu.3 Au Canada, une étude en Ontario examinant des données réalisées entre 1955 et 1986 sur 50 201 mineurs (comprenant 15 000 mineurs qui ont travaillé exclusivement dans les mines d'uranium en Ontario) a découvert un excès de 120 morts par cancer du poumon en plus des 171,8 attendus dans la population non exposée. Aux Etats-Unis de nombreuses études de suivi ont été conduites sur la cohorte de l'USPHS. Une étude de 1988 par Hornung et Meinhardt suggéra des effets synergiques entre la cigarette et l'irradiation par les produits de filiation du radon. Un excès de mortalité par cancer du poumon a aussi été trouvé dans des études sur des mineurs australiens, est-allemands et français. L'information sur les effets sur la santé et l'environnement dans de nombreuses régions du monde, comme en Afrique, en ex-Union soviétique et en Chine n'est pas facilement disponible et moins d'études ont été menées dans ces régions. Les déchets résultant du traitement, qui suppose la séparation chimique de l'uranium des autres composants du minerai, présentent également des problèmes sanitaires et écologiques considérables. Pour une concentration en uranium classique de 0,2 %, 1000 tonnes de minerai sont nécessaires pour obtenir 2 tonnes d'uranium, laissant derrière 998 tonnes de déchets. Ces déchets, appelés résidus de traitement, contiennent 85 % de la radioactivité présente originellement dans le minerai ainsi que des métaux lourds et des matières chimiques toxiques issus des réactifs de traitement comme l'acide sulfurique et le chlorure d'ammonium. Les principaux éléments radioactifs des résidus du retraitement sont le radium 226 et le thorium 230. Au moment de leur rejet de l'usine de traitement, les résidus sont grossièrement 40 % solides et 60 % liquides. Les liquides peuvent éventuellement s'infiltrer à travers le sol, représentant ainsi une menace de contamination des nappes phréatiques. Le vent éparpille de fines poussières radioactives issues des zones de résidus asséchées, atteignant ainsi les travailleurs et les résidents alentour. Les résidus de traitement ont aussi été fréquemment utilisés pour la construction de maisons, conduisant à de fortes doses de radon pour leurs habitants. Les résidus de traitement représentent plus de 95 % du volume total des déchets radioactifs dans le cycle du combustible nucléaire (à l'exception des déchets miniers), et ont une très longue durée de vie (bien qu'ils ne représentent qu'une petite partie de la radioactivité). Au cours des premières décennies, les résidus de traitement ont été laissés dans des bassins sans revêtement, aboutissant à une contamination des eaux souterraines. Des bassins de retenue des résidus ont rompu, entraînant la libération de résidus immobilisés et une contamination étendue. En 1979, un bassin de retenue de résidus d'uranium de l'United Nuclear a rompu près de Churchrock, au Nouveau-Mexique, rejetant environ 356 000 mètres cubes de résidus liquides et 1 100 tonnes de résidus solides qui se sont répandus jusqu'à 100 km de l'installation. Dans la zone du lac Elliot en Ontario au Canada, 80 kilomètres du bassin de la Serpent River comprenant 10 lacs locaux ont été contaminés. Le lac Elliot a également subi 30 brèches de barrage et 125 déversements radioactifs ont été dénombrés au Saskatchewan. Aux Etats-Unis, les zones de résidus ont été traitées en mettant des revêtements plastiques sous les résidus pour empêcher les fuites et en les maintenant sous l'eau pour réduire les émissions des produits de filiation du radon. Le fardeau des effets de la production d'uranium, menée par un petit nombre de pays à la recherche d'armes atomiques et de l'énergie nucléaire, a été supporté de manière disproportionnée par des peuples indigènes, colonisés ou dominés. Approximativement, deux tiers des gisements d'uranium des Etats-Unis sont situés sur des réserves indiennes et presque un tiers de l'ensemble des résidus de traitement produits aux Etats-Unis à partir d'opérations de traitement abandonnées est sur les terres Navajo. Le nord du Saskatchewan, qui abrite certaines des plus riches réserves, et ou l'on exploite plus de 20% de l'uranium dans le monde, est habité par les indiens Cree et Dene. Une bonne partie de l'uranium utilisé dans les armes et les réacteurs français a été extraite des mines du Niger et du Gabon. Bien que les mines soient exploitées par la société française Cogema, elles ne sont pas soumises à la même réglementation sanitaire et écologique que celle qui est en vigueur en France. D'autres Etats européens et le Japon achètent également de l'uranium au Niger et au Gabon. La société britannique Rio Tinto Zinc a commencé des opérations minières en Namibie, à Rössing, en 1976, en violation d'une décision des Nations Unies de 1974 qui établissait qu'aucune ressource naturelle namibienne ne pouvait être extraite sans le consentement du Conseil des Nations Unies pour la Namibie. Jusqu'en 1990, la Namibie était une colonie de l'Afrique du Sud. Une quantité importante de cet uranium est venue aider le programme britannique d'armes nucléaires et le fonctionnement de l'énergie nucléaire civile japonaise. Dans la plupart des pays, l'exploitation des mines d'uranium a représenté l'étape la plus dangereuse de la production de matières nucléaires, à la fois du point de vue des doses que de celui du nombre de gens affectés. Des efforts plus importants doivent être consentis pour identifier les populations affectées par les activités d'extraction et de traitement de l'uranium, pour établir l'étendue de leur exposition et leur fournir une surveillance médicale et l'assistance qui va avec. Les pays devraientprotéger aussi bien les mineurs d'uranium que ceux qui vivent à pr oximité des sites d'extraction et de traitement en établissement des normes basées sur les recommandations de la Commission internationale de protection radiologique (une dose maximum de 2 rems par an pour un travailleur). Etant donné le fardeau disproportionné porté par des pays non nucléaires et des peuples dominés, ceux-ci devraient bénéficier d'une surveillance appropriée de la santé et de l'environnement, d'une réhabilitation de l'environnement des territoires dégradés, et d'une compensation pour les injustices du passé afin de corriger l'absence manifeste d'équité de la pollution. |
Énergie et Sécurité No. 4 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement
avril 1998
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1. Nous avons largement fait appel pour la rédaction de cet article à Nuclear Wastelands, A Global Guide to Nuclear Weapons Production and its Health and Environmental Effects. Cambridge. MIT Press, 1995. Sont plus particulièrement pertinents le chapitre quatre "Health Hazards of Weapons production" par David Sumner, Howard Hu et Alistar Woodward, et le chapitre cinq "Uranium Mining and Milling for Military Purposes", par Katherine Yih, Albert Donnay, Annalee Yassi, A. James Ruttenber et Scott Saleska 2. G. Dropkin et D. Clark, Past exposure: Revealing health and environmental risks of Rössing uranium. Partizans, Londres, 1992 (cité dans Nuclear Wastelands, p. 144). 3. J. Sevc, L.Tomasek, E. Kunz, V. Placek, D. Chmelevsky, D. Barclay et A. M. Keller, "A survey of the Czechoslovak follow-up of lung cancer mortality in uranium miners", Health Physics, vol. 64, pp. 355369 (cité dans Nuclear Wastelands, p. 159). |