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Anita Seth
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L'usine de retraitement de la Hague, en France, est la plus grande installation de ce type dans le monde (voir Energie et Sécurité n° 2), avec une capacité annuelle de 1650 tonnes de combustible usé. Une étude, publiée en janvier 1997 dans le British Medical Journal par deux scientifiques français, a montré un lien potentiel entre une occurrence accrue de leucémies infantiles dans la zone située autour de la Hague, et les rejets de l'usine.1 Dominique Pobel et Jean-François Viel ont mené une étude cas-témoin, couvrant une zone d'un rayon de 35 kilomètres autour de l'usine. Leur étude a examiné 27 cas de leucémies diagnostiqués chez des jeunes de moins de 25 ans entre 1978 et 1993, et 192 cas témoins avec des facteurs identiques pour le sexe, l'âge, le lieu de naissance et le lieu d'habitation. Les parents de ces sujets ont aussi été étudiés en prenant en compte des facteurs tels que le mode de vie, l'exposition aux rayonnements ionisants et d'exposition professionnelle. Pobel et Viel ont découvert que les enfants qui ont fréquenté les plages plus d'une fois par mois avaient presque trois fois plus de risques de développer une leucémie que les cas témoins. Ils ont également découvert un risque accru quand les mères allaient régulièrement sur ces plages pendant leur grossesse. Un risque accru de la même manière a été montré pour des enfants s'alimentant avec du poisson et des fruits de mer de la région, bien que le régime alimentaire des mères ne semble pas poser un problème de risque accru pour leurs enfants. L'exposition professionnelle des parents (pas seulement aux rayonnements ionisants mais également à des produits chimiques et à la poussière de bois) ou leur irradiation n'ont pas semblé influencer significativement le risque de leucémie pour leurs enfants. Ils ont trouvé une certaine corrélation entre l'augmentation du risque et l'irradiation par le radon dans les maisons. Ils ont conclu que leur étude apporte des évidences convaincantes du rôle causal de l'irradiation dans l'environnement, et que l'étude des voies d'exposition dans l'environnement, particulièrement dans l'écosystème marin, est justifiée. En fait, un travail de surveillance effectué par Greenpeace en juin 1997 dans la zone autour de la conduite de rejets de l'usine de retraitement, suivi d'une analyse indépendante des échantillons réalisée par le Département du travail, de la santé et des services sociaux de l'Etat fédéral de Hambourg (Allemagne) ont révélé des niveaux de tritium atteignant 160 millions de becquerels par litre et des sédiments qui pourraient être classés dans la catégorie "déchets contenant du combustible nucléaire". En juillet, la ministre française de l'Environnement, Dominique Voynet a demandé une interdiction indéterminée de la pêche et de la baignade à proximité de l'installation de la Hague. L'étude de Pobel et Viel est la première étude cas-témoin (dans laquelle une population exposée était comparée à une population non exposée) à avoir été menée en France. Néanmoins, en Grande-Bretagne, toute une série d'études avaient été menées depuis 1983, identifiant ce qu'il est convenu d'appeler la "l'agrégat» de Seascale. On a découvert un taux de leucémies dix fois supérieur à la moyenne nationale dans le village de Seascale, proche de l'usine de retraitement de Sellafield. Le gouvernement commanda une étude pour estimer les doses d'irradiation probables des enfants de Seascale, provenant des rejets de Sellafield. On a trouvé que les doses probables étaient trop faibles pour possible avoir causé ces leucémies en excès, mais il est possible que cette étude ait été déficiente. Une des études de suivi a été menée par Martin Gardner et ses collègues, qui a montré un lien entre les doses d'irradiation reçues avant la conception par les pères, et la leucémie chez les enfants. Il y a eu de nombreuses controverses par rapport à cette découverte parce qu'elle était la première étude établissant une corrélation entre l'irradiation des pères et la leucémie infantile. Suite à la découverte de l'agrégat de Seascale, un certain nombre d'études ont été menées autour d'autres installations nucléaires. En 1989 Paula Cook-Mozaffari et ses collègues découvrirent une légère mais significative augmentation de leucémies chez les moins de 25 ans dans les zones avoisinant 15 installations nucléaires d'Angleterre et du Pays de Galles. La plus significative de celles-ci était l'augmentation de leucémies autour des usines d'armes nucléaires d'Aldermaston et de Burghfield, situées près l'une de l'autre, parce que la zone entourant ces usines est plus peuplée. Il est difficile de fournir une explication en fonction des estimations officielles d'exposition à la radioactivité dans l'environnement dans la mesure où les doses estimées pour cette population ne correspondent pas à l'accroissement du nombre de leucémies. Il n'y a pas eu d'évaluation indépendante des rejets radioactifs et des estimations de doses dans d'autres pays car la plupart des documents sont encore secrets. De plus, notre travail aux Etats-Unis a montré que les estimations de doses à partir des usines d'armement nucléaire sont souvent fausses et sous-estiment gravement l'exposition du public.
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Énergie et Sécurité No. 4 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement
avril 1998
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1. Dominique Pobel et Jean-François Viel, "Case-control study of leukaemia among young people near La Hague reprocessing plant: the environmental hypothesis revisited," British Medical Journal 314:7074 (January 11, 1997) |