IEER | Énergie et Sécurité No. 39


Sans carbone et sans nucléaire
Une feuille de route pour la politique énergétique des États-Uni

Introduction

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Une triple crise énergétique mondiale a commencé à émerger dans les années 1970 ; elle est maintenant entrée dans une phase aiguë sur trois fronts :

1)  Le dérèglement climatique : Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) issues de la combustion des combustibles fossiles constituent la principale cause anthropique de dérèglement climatique grave dont la continuation laisse présager des dommages sérieux et irréparables à l’économie mondiale, à la société et aux écosystèmes existants.
2)  L’insécurité de l’approvisionnement pétrolier : L’augmentation rapide de la consommation mondiale en pétrole et les conflits au sein des régions exportatrices ainsi que les conflits de concurrence envers ces régions exportatrices se manifeste par une instabilité des prix et une insécurité de l’approvisionnement.
3)  La prolifération nucléaire : La diffusion de la technologie nucléaire civile, présentée comme une solution essentielle à la réduction des émissions de CO2, contribue à fragiliser la non-prolifération des armes nucléaires.

Après une décennie de divisions au niveau mondial, il existe aujourd’hui un consensus sur la nécessité d’une action résolue pour réduire les émissions de CO2, y compris par les États-Unis, comme le montre l’avis émis en avril 2007 par la Cour Suprême2 américaine établissant que le CO2 est un polluant, et par la pléthore des projets de lois au Congrès. Beaucoup de solutions proposées pourraient mettre les États-Unis sur le bon chemin, en reconnaissant la nécessité de réduire les émissions de CO2 et en la codifiant à travers la loi et la réglementation. Mais il faudra beaucoup plus. En outre, la plupart des solutions avancées risquent d’être inadaptées à la tâche et certaines, comme le développement de l’énergie nucléaire ou l’utilisation généralisées de cultures vivrières pour la production de carburant, sont susceptibles d’aggraver les troubles sociaux et politiques du monde, ainsi que la sécurité internationale. Certaines, comme la production de biocombustibles à partir d’huile de palme indonésienne, peuvent même accroître les émissions de CO2.

Notre rapport, résumé dans ce numéro d’Énergie et Sécurité, étudie la faisabilité technique et économique d’une économie américaine sans émissions de CO2 et sans énergie nucléaire. Ceci est pris dans le sens d’une élimination quasi-totale des émissions de CO2 à l’exception de quelques pour cent, ou une élimination complète avec la possibilité de retirer de l’atmosphère une partie du CO2 qui a déjà été émis. Nous nous sommes fixé pour objectif de répondre à trois questions :

•  Est-il possible de supprimer physiquement les émissions de CO2 du secteur de l’énergie américain sans recourir à l’énergie nucléaire, qui présente de sérieuses vulnérabilités en matière de sécurité et dans d’autres domaines ?
•  Une économie « zéro-CO2 » est-elle possible sans un système d’échange des crédits de carbone avec d’autres pays, c’est-à-dire sans acheter à d’autres pays le droit de continuer à émettre du CO2 aux États-Unis ?
•  Est-il possible d’atteindre les objectifs évoqués plus haut à un prix raisonnable ?

Pour arriver à une économie « zéro-CO2 » sans énergie nucléaire, il sera nécessaire de faire preuve d’une prévoyance sans précédent et de veiller à une coordination des politiques, du niveau local au niveau national, dans l’ensemble des secteurs du système énergétique. Une bonne partie du ferment à l’œuvre au niveau local et au niveau des États, ainsi que certaines propositions au Congrès, vont déjà dans le bon sens. Mais il est nécessaire d’avoir un objectif clair à long terme pour assurer une cohérence politique globale et définir une unité de comparaison pour mesurer les avancées.

Une économie américaine zéro-CO2 sans énergie nucléaire n’est pas seulement réalisable : elle est nécessaire pour la protection de l’environnement et la sécurité. Le processus amenant les États-Unis à définir l’objectif d’une économie zéro-CO2 et sans nucléaire, et à prendre les premières mesures fermes en ce sens, suffira à transformer la politique énergétique mondiale à brève échéance et fera des États-Unis un pays qui montre l’exemple au lieu de prêcher la modération assis au comptoir d’un bar.

Les tableaux 1 et 2 fournissent une ébauche de la feuille de route vers une économie zéro-CO2 avec des prévisions de dates auxquelles des technologies peuvent être déployées ainsi que des recommandations concernant la recherche, le développement et la démonstration.

 

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(La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action v. 15, no. 1, a été publiée en août 2007.)

Mise en place décembre 2007