
| Cher Arjun, Êtes-vous anti-nucléaire ou pro-nucléaire ? — M. Perplexe, du Wyoming Cher M. Perplexe, Il y a très, très longtemps, avant l’ère du Lemon Pledge®, la Nu-Clear Wax était une cire magique qui donnait au mobilier un brillant permanent. Elle empêchait également la poussière de se déposer. Elle était si efficace que l’entreprise a fait faillite : le client n’ayant pas besoin de renouveler son achat. Par la suite, les deux parties de Nu-Clear se sont confondues en un mot unique — nucléaire — qui renvoie aux noyaux de vos cellules (et des miennes). De ce point de vue, j’ai toujours été pro-nucléaire. Je suis en particulier partisan du matériel génétique qui se trouve dans mes mitochondries que j’ai hérité de ma mère (c’est aussi vrai pour vous, sauf que vous ne l’avez pas hérité de ma mère mais de la vôtre). La physique moderne et l’arrivée de la bombe ont tout changé et ont rendu plus confuse la question du nucléaire. Le nucléaire signifie maintenant tellement de choses différentes qu’il est difficile de savoir de quoi il s’agit. Prenez mon cas. Pour mon doctorat, j’ai étudié la fusion nucléaire. Il s’agit du phénomène dans lequel deux noyaux d’atomes légers fusionnent et donnent lieu à un gros dégagement d’énergie. Si l’on pouvait convaincre des noyaux de lithium ou de bore de fusionner avec des protons dans les conditions adéquates (il faut qu’il fasse très, très chaud pour obtenir ce phénomène à une échelle suffisante, en fait beaucoup plus chaud qu’à l’intérieur du soleil), nous aurions une source d’énergie qui serait presque idéale. Elle n’exigerait comme combustibles que des matériaux abondants, non radioactifs et relativement peu toxiques. Les produits finaux seraient des noyaux d’hélium directement recueillis sur des électrodes pour produire de l’électricité. Ce serait comme une batterie à fusion nucléaire. Pas de dégâts, et pratiquement pas besoin d’eau. Mais il est difficile d’arriver aux températures élevées nécessaires à ces réactions de fusion nucléaire. De manière beaucoup plus fondamentale, il n’a pas été démontré que des dispositifs de fusion contrôlée sont réalisables. Mais nous savons comme fabriquer des bombes à fusion nucléaire déclenchées par des bombes à fission nucléaire. C’est là que les ennuis ont vraiment commencé : la fission nucléaire. Les matières premières nécessaires, comme l’uranium 235 et le plutonium 239, sont radioactives et à vie longue. Il n’est pas recommandé de les inhaler, ces substances augmentent le risque de cancer. On peut assembler des masses critiques de ces matières pour fabriquer des bombes qui anéantissent les villes et tuent en une seule frappe un très grand nombre de personnes : une utilisation qui n’est pas non plus recommandable. Ces atomes doivent être fissionnés pour émettre de l’énergie. Beaucoup de produits de fission, des éléments comme le césium 137 et le strontium 90, situés au milieu du tableau périodique des éléments, sont aussi radioactifs. Certains, comme le césium 135 et l’iode 129, ont une durée de vie très importante. Ceci crée un problème de déchets nucléaires dont la gestion à long terme et sans risques continue de défier la science et la technologie. Ce n’est pas faute de cerveaux brillants pour réfléchir au problème. Simplement, l’expérience a montré qu’il était trop difficile de mettre au point des systèmes qui garantiraient que (1) de futurs mécréants ne vont pas extraire le plutonium des déchets pour faire des bombes et (2) que les conteneurs ne vont pas se détériorer et contaminer l’eau dont auront besoin, pour la boisson et l’irrigation, les gens qui vivront dans plusieurs dizaines de milliers d’années. Bien sûr, beaucoup de gens du lobby nucléaire pensent qu’ils ont résolu le problème, si seulement le public voulait bien les croire. Mais après avoir entendu que l’énergie nucléaire serait trop bon marché pour relever le compteur, que le plutonium offrirait une source d’ « énergie magique » si le public apportait son soutien à un « clergé nucléaire » pour assurer la garde des déchets (ce qu’a déclaré en 1972 le premier directeur du Laboratoire national d’Oak Ridge), et que les risques liés au fait de donner à manger des céréales radioactives à des écoliers handicapés mentaux dans le cadre d’une expérience étaient « insignifiants par rapport à la totalité des décès dus au cancer aux États-Unis », il se pourrait bien que le public fasse de sa confiance la marchandise la plus difficile à obtenir par le lobby nucléaire. (Cette dernière déclaration a été faite au cours d’un témoignage devant le Congrès américain en 1994 par le Dr Kenneth Mossman, le président de la Société de radioprotection à cette époque. On lui a ensuite demandé s’il donnerait ces céréales à son propre fils. Il a répondu non. ) Comprenez-moi bien. L’énergie nucléaire de fission présente certain avantages, par exemple de faibles émissions de dioxyde de carbone. Mais les centrales nucléaires à fission (la seule sorte que nous sachions construire) produisent du plutonium, disséminent le savoir-faire de la fission nucléaire et donc, dans une grande mesure, des bombes nucléaires, créent des déchets à vie longue, et sont coûteuses. Même si les différents modèles de centrales ont des niveaux de risque et des mécanismes accidentels différents, tous les types de centrales nucléaires civiles peuvent connaître des accidents de l’ampleur de Tchernobyl. Nous savons comment répondre aux besoins en électricité de la société de bien meilleures façons qu’en émettant de grandes quantités de gaz à effet de serre ou en produisant du plutonium. Et nous pouvons le faire avec à peu près les mêmes sommes d’argent ou moins. Vous pourrez trouver une discussion plus approfondie dans les diverses publications de l’IEER, notamment dans le livre The Nuclear Power Deception (L’illusion nucléaire) et dans le rapport Securing the Energy Future of the United States (Assurer l’avenir énergétique des États-Unis). Alors, pourquoi s’exposer à la prolifération, aux déchets et au casse-tête des risques d’accidents de la fission nucléaire ? Aussi, en dehors de mon inévitable attachement au matériel nucléaire que j’ai hérité de mes parents, je ne suis ni pronucléaire ni antinucléaire. Mon recours à la technologie se fait sans sentimentalité, en ne perdant pas de vue les coûts, l’impact sur l’environnement, la fiabilité et des aspects high-tech comme ceux-là. J’aime bien les réactions nucléaires p-lithium et p-boron parce qu’elles ont un sens d’un point de vue technique et environnemental. La société devrait investir plus dans cette technologie nucléaire pour essayer d’en faire une réalité. L’énergie de la fission nucléaire représente trop de casse-têtes en matière de prolifération et de déchets, et nous pouvons nous en passer. Il est temps de passer à autre chose. — Arjun (Dr Egghead)
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement(La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action v. 14, no. 2, a été publiée en août 2006.)
Mise en place juillet 2007