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Aux États-Unis et en Russie l'évacuation des surplus de plutonium provenant des armes est un objectif urgent de non-prolifération. Cependant, la voie dans laquelle ils se sont engagés, qui favorise la conversion du surplus de plutonium en combustible MOX, pose de sérieux problèmes de prolifération et de sécurité. L'utilisation du MOX comme moyen de se débarrasser du plutonium permettrait la mise en place d'une infrastructure d'installations et d'intérêts financiers, favorisant une économie du plutonium à long terme, donc des risques de prolifération supplémentaires.
En donnant leur accord pour l'utilisation du MOX, les Etats-Unis espéraient que la Russie accepterait de ne pas retraiter le combustible MOX irradié et de ne pas utiliser les usines construites pour l'élimination du surplus du plutonium des armes à des fins commerciales. Ces espoirs ne se concrétisent pas. Au contraire, sous couvert d'élimination, les États-Unis semblent non seulement avoir abandonné leur politique, vieille de plusieurs décennies, de non-utilisation du plutonium dans les réacteurs commerciaux, mais même de se rendre complice des visées russes de mettre sur pied une économie du plutonium. L'étude commune russo-américaine sur l'évacuation du plutonium [Joint US/Russian Plutonium Disposition Study], signée par les conseillers scientifiques des présidents Clinton et Eltsine (voir l'article principal) montre bien cet assentiment: "Pour faciliter l'objectif d'élimination aussi vite que possible, si l'option réacteur est poursuivie, les matières [nucléaires] qui en résulteraient ne devraient pas être retraitées ou recyclées au moins jusqu'à ce que les excédents actuels des stocks de plutonium séparé soient éliminés. Une fois cela accompli, des décisions finales pourront être prises pour savoir si le combustible très radioactif, contenant du plutonium, provenant de l'option réacteur, devrait être enfoui directement dans des couches géologiques profondes, le choix des États-Unis; ou pourrait être éventuellement retraité pour récupérer le plutonium, le choix de la Russie."1 Plus loin, le rapport est encore plus clair: "...La Russie, finira bien par recycler tout le plutonium qui reste dans le combustible [MOX irradié]." Et, "l'objectif d'élimination des États-Unis" semble être satisfait si le combustible MOX irradié "est entreposé pendant plusieurs décennies avant d'être retraité."2 Mais il importe peu que le MOX soit recyclé maintenant ou dans quelques dizaines d'années. Du moment que l'infrastructure pour la production du MOX est créée et entretenue, il y aura quantité d'autre combustible irradié à retraiter et du plutonium en surplus pour occuper, entre temps, les usines de fabrication de MOX. En outre, si la Russie retraite le MOX irradié, l'idée d'utiliser le MOX pour emprisonner le surplus de plutonium dans une matrice très radioactive empêchant sa réutilisation pour les armes s'avérerait un échec. Bien que le gouvernement russe ne veuille pas utiliser de plutonium de qualité réacteur dans les armes, il est possible que des gouvernements sans armes nucléaires ou des organisations terroristes soient prêts à payer cher pour ce matériau utilisable pour les armes. De plus, il est possible que l'utilisation du plutonium de qualité militaire dans les surgénérateurs ne dégrade pas sa composition isotopique d'une façon significative. En fait, quand les surgénérateurs fonctionnent avec des couvertures fertiles d'uranium, ils peuvent être utilisés pour obtenir du plutonium de qualité militaire à partir de plutonium de qualité réacteur. L'argent restera probablement la limite la plus importante pour les réacteurs et les usines de retraitement. Le rapport note également que "il n'est pas clair si les dépenses de démantèlement des usines MOX, construites principalement pour la production d'électricité [en Russie], devrait être attribuées au programme d'évacuation du plutonium puisqu'il est possible que ces usines soient utilisées par un programme civil de plutonium une fois le programme d'évacuation du plutonium terminé."3 Une usine de fabrication de MOX, utilisée à des fins commerciales, une fois le programme d'élimination du plutonium militaire terminé, fournirait le maillon manquant aux projets russes d'économie du plutonium. Ainsi, le résultat final du programme d'élimination du plutonium aura été, de la part des États-Unis, de subventionner précisément ce qu'ils auraient dû décourager: une infrastructure pour une économie du plutonium en Russie. Il est intéressant de remarquer, et ce n'est peut-être pas une coïncidence, qu'une infrastructure semblable sera créée aux États-Unis puisqu'une usine de MOX serait construite et que les États-Unis semblent être de plus en plus réticents à fermer leurs usines de retraitement militaire vieilles de plusieurs dizaines d'années sur le site de Savannah River Site en Caroline du Sud. En échange les États-Unis gagneraient quelques décennies avant le retraitement du MOX irradié russe et, on peut l'espérer, la pleine collaboration russe dans la comptabilité des matières nucléaires. Mais jusqu'ici, la Russie, contrairement aux États-Unis n'a déclaré aucun surplus, et encore plus grave, n'a déclaré aucune production. Même les modestes objectifs de l'actuel programme MOX américain d'élimination du plutonium ont peu de chance d'être réalisés dans les délais imposés. L'élimination du plutonium par le biais du MOX prendra au moins 30 ans en Russie et probablement autant aux États-Unis. Entre temps beaucoup de plutonium sera entreposé sous une forme utilisable pour les armes. Cela prendra peut-être même beaucoup plus longtemps parce que beaucoup de gens aux États-Unis comme en Russie s'opposent à l'utilisation du combustible MOX, du fait de son rôle potentiel dans la mise en place d'une économie du plutonium. Une polémique intense s'est manifestée dans les médias et les associations militantes depuis que les États-Unis ont déclaré, en décembre dernier, qu'ils incluraient l'option MOX dans leur programme d'élimination du plutonium. En Russie, depuis 1989, il y a eu une opposition publique continue (en dehors des villes nucléaires) à la construction d'usines de retraitement. Cette opposition continue aujourd'hui. La construction du surgénérateur BN-800 et de l'usine de retraitement RT-2 a été arrêtée à la fin des années 80 et au début des années 90 du fait de l'opposition locale et du manque d'argent. Il ne fait aucun doute que la Russie a grand besoin d'aide financière pour mettre en sécurité ses matières nucléaires utilisables pour des armes et rendre inutilisable à des fins militaires son surplus de plutonium. Une aide bien supérieure à celle que les États-Unis fournissent actuellement. En fournissant une aide plus grande, les États-Unis obtiendraient d'énormes gains de sécurité vis-à-vis de la Russie. Mais une aide éventuelle des Etats-Unis à la création d'une infrastructure du plutonium en Russie aurait un effet contraire à celui escompté exactement pour les mêmes raisons que de telles dépenses devraient être évitées aux États-Unis. Les gouvernements américain et russe devraient décider maintenant de vitrifier leur plutonium et de stocker les conteneurs de verre puisque la Russie ne veut pas traiter les matériaux contenant du plutonium comme déchets. Jusqu'ici, un des avantages de ces négociations est que la Russie a accepté, au moins, de réfléchir à l'option d'immobilisation. La vitrification suivie d'un entreposage sûr, serait une façon plus sûre, plus rapide et plus économique de répondre à l'objectif de sécurité, urgent et à court terme, qui consiste à transformer les surplus de plutonium en une forme inutilisable pour les armes et à gagner le temps nécessaire pour arriver à des accords solides sur les problèmes à long terme de sécurité qui concernent le plutonium.
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Énergie et Sécurité No. 3
Énergie et Sécurité
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'EnvironnementJanvier, 1998