IEER Énergie et Sécurité No. 2

Les inplications internationales du retraitement américain

Lydia Popova


À l'automne 1995, les écologistes russes ont eu connaissance d'une lettre envoyée par John Conway, président du Conseil de sécurité des installations nucléaires militaires à Hazel O'Leary, secrétaire du département de l'Énergie du gouvernement américain. Dans cette lettre, John Conway apportait son soutien au retraitement comme méthode de gestion du combustible irradié. La mise en route du retraitement sur le site du Savannah River, situé en Géorgie, a été ressentie par les écologistes russes comme la confirmation de l'intention du gouvernement américain de réexaminer sa position sur le retraitement adoptée lors de la présidence de Jimmy Carter. Cette décision a vivement réjoui le ministère russe de l'énergie et de l'industrie atomiques (Minatom) et a été une grande déception pour les écologistes et ceux qui sont préoccupés par la prolifération des armes nucléaires.

Que les américains fassent campagne pour le retraitement provoque beaucoup d'inquiétude et de désarroi en Russie: en effet, cela encourage les promoteurs du retraitement de Minatom. Les responsables de Minatom utilisent beaucoup d'arguments trompeurs pour défendre le programme de retraitement russe. Ils déclarent que c'est la meilleure méthode pour gérer le combustible nucléaire irradié. Ceci est faux puisque le retraitement est à l'heure actuelle fondé sur la technologie PUREX qui est dépassée et qui produit d'importants volumes de déchets radioactifs liquides qui sont difficiles à manipuler. Il est maintenant bien connu que des alternatives existent et beaucoup de pays ont décidé de les explorer.

Minatom déclare aussi que le retraitement est rentable parce qu'il récupère le plutonium qui peut être utilisé comme combustible dans les réacteurs, y compris pour une nouvelle génération de surgénérateurs. Mais, à l'heure actuelle, il est beaucoup moins cher et dangereux d'utiliser de l'uranium enrichi comme combustible pour les réacteurs. De plus, depuis la fin de la Guerre froide, il y a un surplus d'uranium enrichi qui peut être utilisé comme combustible si cela s'avère nécessaire. La Russie en envoie même aux États-Unis.

La construction en Russie d'une nouvelle usine de retraitement, RT-2, commencée au début des années 80 et ensuite arrêtée à la suite de l'opposition du public et de difficultés financières ne peut pas reprendre sans capitaux étrangers. Les responsables de Minatom espéraient trouver des clients pour RT-2 en leur faisant des offres avantageuses. Malgré cela, l'Allemagne et la Suisse ont décidé de ne pas envoyer leur combustible irradié pour retraitement et de ne pas prêter de capitaux pour la construction de RT-2.

La technologie des surgénérateurs est chère et n'est pas sans danger. Le retraitement devient même encore plus cher si les normes de protection de la santé et de l'environnement sont respectées. De plus, l'uranium qui est récupéré lors du retraitement, est contaminé par les isotopes d'uranium, 232 et 236, qui limitent sa possible réutilisation. Ainsi le concept d'un cycle fermé du combustible nucléaire devient tout à fait vulnérable. Les problèmes écologiques, de santé et de prolifération occasionnés par l'extraction du plutonium annulent les avantages économiques.

Au milieu des années 70, le gouvernement américain avait décidé de ne pas extraire le plutonium à des fins commerciales principalement pour des raisons de non-prolifération. Aujourd'hui le Département de l'Énergie a décidé qu'il retraitera une quantité limitée pour des raisons écologiques, mais qu'il ne retraitera aucun combustible irradié provenant de réacteurs commerciaux ou militaires. Puisque cette décision a été annoncée d'abord pendant la présidence de Bush et ensuite confirmée par le Président Clinton, elle ne parait pas se baser sur des motifs politiques.

Il est clair que, dans ces deux pays, les initiatives pour le retraitement viennent d'experts ayant hérité de la mentalité de la guerre froide puisqu'on ne trouve pas de raisons logiques, techniques ou économiques pour son développement. Ceux qui cherchent à gagner des emplois et un soutien politique aux installations de Tomsk, Krasnoyarsk et Chelyabinsk en Russie s'appuient sur les mêmes technologies inutiles et dangereuses qui soutiennent des emplois gouvernementaux en Caroline du Sud aux États-Unis. Nous avons la certitude que si les scientifiques et hommes politiques de ces deux pays collaboraient ensemble, ils pourraient trouver des technologies et des capiteux permettant de manipuler le combustible irradié sans danger pour l'environnement.

Les experts nucléaires déclarent qu'il n'y a pas à l'heure actuelle de solutions techniques viables pour remplacer le retraitement du combustible irradié contenu dans des gaines très minces et qui posent des problèmes de stockage. Les fonctionnaires de Minatom peuvent maintenant se tourner vers le redémarrage de l'usine de retraitement du site de Savannah River comme confirmation de cette déclaration. Nous avons la certitude que les ingénieurs du nucléaire, aux États-Unis comme en Russie, sont assez intelligents pour développer une alternative au retraitement permettant de stabiliser le combustible irradié qui produirait ainsi moins de déchets, coûterait moins cher, et qui ne créerait pas inutilement de dangereux stocks de matières fissiles.

L'humanité est en train d'investir de nombreuses ressources, financières et intellectuelles pour mettre en place un régime de non-prolifération; le traité de non prolifération ne peut même pas garantir que d'autres États ne viendront pas s'ajouter aux cinq puissances nucléaires déclarées. Le retraitement, procédé pour la séparation du plutonium qui peut être utilisé pour les armes restera une constante tentation pour les gouvernements qui cherchent à se doter de l'arme nucléaire.

Le retraitement ne devrait recevoir le soutien ni des États-Unis ni de la Russie ne serait ce que parce que d'autres pays se tournent vers eux pour les conseils techniques. La Russie et les États-Unis ne souhaiteraient-ils voir le monde entier leur emboîter le pas?

Lydia Popova est directrice d'un organisme à Moscou qui travaille sur les répercussions de la radioactivité sur l'environnement et les questions d'énergie. Le nom anglais de son organisme est: Center for Nuclear Ecology and Energy Policy of the Socio-Ecological Union. Cet organisme est à Moscou.


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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement

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Takoma Park, Maryland, USA

February, 1998