IEER Énergie et Sécurité No. 2

Inde

Frans Berkhout et Surendra Gadekar


L'Inde a adopté de longue date une position pour le développement d'un cycle fermé du combustible avec le recyclage du plutonium dans des surgénérateurs. Dans ce but, elle s'est doté de réacteurs basés sur les réacteurs CANDU qui utilisent l'uranium naturel comme combustible.1 L'objectif à long terme du programme indien est de pouvoir utiliser les importantes réserves indiennes de thorium-232 pour la production d'électricité.2 Un rapport de 1982 notait qu' "on a eu conscience très tôt que la filière des réacteurs devait pouvoir utiliser au maximum les ressources limitées en uranium au maximum. Peu importait la qualité de cette filière puisque le potentiel de production d'électricité [en Inde] venant des seules ressources d'uranium n'allait pas être très important."3

Aujourd'hui les trois usines de retraitement dont la capacité totale s'élève à 230 tonnes sont exploitées par le Département indien à l'énergie atomique. Aucune de ces usines n'est sous le système de garanties de l'AIEA.

La première usine de retraitement du Centre de recherche atomique de Babha à (BARC) Trombay à été mise en service en 1964 et elle a retraité du combustible des réacteurs de recherche, Cirus et Dhruva. Elle a été mise hors service en 1973 à cause de sérieux problèmes de corrosion, puis réaménagée et remise en service en 1982. On estime que 400 kg de plutonium au total ont été séparés à la petite usine de Babha, et qu'ils auraient été utilisés pour le programme d'armes nucléaires indien.4 Le plutonium utilisé dans l'"engin nucléaire à fins pacifiques" qui a explosé au Rajasthan en 1974 avait été retraité àBARC.

Une deuxième usine de retraitement exclusivement destinée au retraitement du combustible des réacteurs CANDU, Power Reactor Fuel Reprocessing (PREFRE), a été mise en service à Tarapur en 1982.5 La capacité totale de l'installation de PREFRE est de 100 tonnes de combustible par an. Cependant la production de l'usine a rencontré des problèmes techniques et de logistique. De plus, l'Inde a cherché à éviter la création de stocks de plutonium. En 1995, il y a eu une sérieuse fuite radioactive à l'usine de vitrification des déchets située sur le site de l'usine de Tarapur. À l'occasion de cette fuite, il a été révélé que c'était pour des raisons économiques que l'équipement de l'usine de vitrification des déchets avait été laissé à l'air libre et s'était corrodé.

Aujourd'hui, le combustible de deux centrales nucléaires seulement, Rajasthan Atomic Power Station (RAPS) et Madras Atomic Power Stations (MAPS) a été retraité à PREFRE. Il est très difficile d'estimer la quantité de combustible retraité à PREFRE puisqu'aucun chiffre n'a été publié par les autorités indiennes. Les estimations se basent donc sur les hypothèses de fonctionnement des usines RAPS et MAPS et sur les quantités de combustible qui auraient pu être envoyées à Tarapur.

On pense qu'un maximum de 310 tonnes de combustible refroidi de ces deux réacteurs ont été retraitées, produisant un maximum de 990 kg de plutonium à la fin de 1995. Une estimation plus réaliste, tenant compte des besoins en plutonium du Fast Breeder Test Reactor, (réacteur surgénérateur à neutrons rapides expérimental) de Kalpakkam suggère que 300 à 400 kg de plutonium ont été séparés à PREFRE à la fin 1995.

En mars 1996 la mise en route à froid (fonctionnement sans véritable combustible irradié) a commencé à l'usine de retraitement de Kalpakkam située dans le Centre Indira Gandhi de recherche atomique près de Madras. La mise en route à chaud avec l'introduction de combustible irradié était prévue pour la fin de 1996. Au départ ce site devait avoir une capacité de retraitement de 1 000 tonnes dès l'an 2000, mais ces projets sont maintenant en suspens.5 L'usine est à l'heure actuelle conçue pour traiter du combustible des réacteurs de MAPS et elle a une capacité annuelle de fonctionnement de 100 tonnes de combustible CANDU, avec une production annuelle de 350 kg de plutonium.


Surendra Gadekar est directeur de Anumukti: A Journal Devoted to Non-Nuclear India. Il travaille à l'Institute for Total Revolution, institut gandhien situé à Vedchhi, un petit village tribal du Gujarat.


Énergie et Sécurité No. 2
Énergie et Sécurité
IEER
L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement

Comments to Outreach Coordinator: ieer@ieer.org
Takoma Park, Maryland, USA

February, 1998


  1. Réacteur CANDU vient de CANadian Deuterium-Uranium, réacteur canadien à uranium-deutérium.
  2. L'irradiation du thorium-232 le transforme en uranium-233 qui est fissile. L'uranium-233 peut être utilisé dans des réacteurs thermiques ainsi que dans des surgénérateurs. Le thorium n'a pas encore été utilisé dans un programme nucléaire à échelle industrielle en raison des difficiles aspects, techniques et économiques, liés à son utilisation.
  3. Rapport du comité N.B. Prasad sur le Rajasthan Atomic Power Station (1982)
  4. Pour plus d'information lire; David Albright, Frans Berkhout, et William Walker, Plutonium and Highly Enriched Uranium 1996: Inventories, Capabilities and Policies, SIPRI/Oxford University Press, 1997, pp. 180-83.
  5. Power Reactor Fuel Reprocessing plant se traduit par: usine de retraitement du combustible des réacteurs de puissance.
  6. P.K. Iyengar dans Nuclear Power: Policy and Prospects ed. P.M.S. Jones (John Wiley and Sons) 1987. P. 283