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La séparation du plutonium a commencé en France dans le cadre du programme de recherche sur les armes nucléaires mis en place après la Deuxième Guerre mondiale. Les trois réacteurs producteurs de plutonium sont entrés en service entre 1956 et 1958 sur le site de Marcoule. UP11, la première usine à échelle industrielle de plutonium a été terminée sur ce site en 1958. Cogéma, une filiale du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) créée en 1976, est l'exploitant du programme français de retraitement avec des contrats militaires et des contrats pour la Compagnie française d'électricité, Électricité de France (EDF). Cogéma exploite deux grandes usines de retraitement à La Hague, UP2 et UP3, qui ensemble produisent à peu près 80% de la totalité du plutonium séparé dans le monde. La capacité nominale annuelle de chaque usine est de 800 tonnes de métal lourd, équivalent à la production annuelle de plutonium séparé de 8 000 kilos. UP2 a démarré en 1966, et à l'origine retraité du combustible Magnox. Sa capacité "nominale" a fluctué pour se maintenir finalement à 400 tonnes par an. À partir de 1976 une nouvelle tête d'usine a rendu possible le retraitement du combustible oxyde des réacteurs à eau ordinaire (PWR). Depuis 1994, après des modifications importantes et agrandissement, l'installation fonctionne sous le nom de UP-800 pour indiquer sa capacité nominale annuelle. UP3 a démarré en 1990. Le développement de l'industrie française du plutonium depuis les 20 dernières années a dépendu d'importants contrats de clients étrangers. Plus de la moitié du combustible irradié des PWR traité à La Hague est d'origine étrangère. UP2 a retraité du combustible étranger jusqu'à 1990 et depuis ne retraite que du combustible français (à l'exception d'un lot de combustible MOX allemand pour des besoins de démonstration). UP3 doit pouvoir retraiter uniquement du combustible étranger jusqu'aux environs de l'an 2000. En 1977 et 1978, 30 clients étrangers de 7 pays ont financé la construction de l'usine UP3, et en retour ils ont reçu des contrats de retraitement de UP3 pendant les 10 premières années de son fonctionnement. Aujourd'hui, la Cogéma fournit des services pour le combustible nucléaire à des compagnies d'électricité allemandes, japonaises, belges, néerlandaises, et suisses. SGN, une société d'études techniques, filiale de Cogéma, a fourni le savoir-faire, basé sur les plans de fonctionnement de la Hague pour la construction de l'usine de retraitement de Rokkasho-mura au Japon. Malgré sa position annoncée de longue date de retraiter tout le combustible irradié déchargé des réacteurs, la France est incapable de le faire. La capacité actuelle des usines de la Hague est entièrement utilisée par EDF et les clients étrangers. Cogéma peut retraiter 850 tonnes sur 1 200 tonnes de combustible irradié déchargées annuellement des réacteurs français. Le combustible qui n'est pas retraité est entreposé. Pour la première fois, en 1996, il est apparu qu'EDF n'avait plus l'intention d'atteindre son objectif de retraiter tout le combustible irradié. Un combat féroce se déroule maintenant dans les coulisses au sein des pouvoirs nucléaires au sujet de la définition d'une stratégie future pour la gestion du combustible irradié en France. En 1992, EDF avait déjà décidé - sans publicité: "de ne plus tenir compte, en déduction de la provision pour retraitement, de la valeur du plutonium qui sera issu du retraitement, compte tenu des incertitudes relatives à son utilisation future." 2 De plus, EDF a des doutes sur l'utilisation du combustible à oxydes mixtes (MOX) parce qu'il coûte cher en comparaison avec le combustible à l'uranium. Aujourd'hui seize réacteurs ont l'autorisation d'utiliser du combustible MOX (30% du cœur). D'après les informations obtenues par WISE-Paris, le Ministre de l'Industrie a récemment ordonné à EDF d'augmenter de dix, en 1997, le nombre de réacteurs utilisant le MOX. EDF devra développer son programmeMOX et demander une autorisation pour le MOX pour 12 réacteurs de plus. La France a déjà un important stock de plutonium. Ce stock s'agrandira dans les années qui viennent puisque les cadences de production sont limitées et que la production de plutonium ne diminue pas en contrepartie. Les chiffres officiels des stocks de plutonium non-irradié sous formes diverses (séparé, MOX neuf, etc.), en France, s'élevaient à 55 300 kg au mois de décembre 1995 dont 25 700 kg appartiennent à d'autres pays.3 De cette façon, la France aggrave les deux problèmes: celui du combustible irradié et celui des stocks de plutonium séparé. Mycle Schneider, journaliste scientifique et expert technique, a beaucoup écrit sur les problèmes de l'énergie et du nucléaire. Il est un des fondateurs et l'actuel directeur du World Information Service on Energy (Service mondial d'information sur l'énergie) à Paris (Wise-Paris). Mathieu Pavageau est chercheur à WISE-Paris. Il travaille plus particulièrement sur la gestion des déchets radioactifs et sur l'industrie du plutonium. Il est le coauteur de nombreuses publications de WISE.
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Énergie et Sécurité No. 2
Énergie et Sécurité
IEER
L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement
Comments to Outreach Coordinator: ieer@ieer.org
Takoma Park, Maryland, USA
February, 1998