
par Michèle Boyd
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Le 1er septembre 2000, l'ex vice-président Al Gore et le Premier Ministre russe Mikhail Kasyanov ont signé l'accord russo-américain sur l'évacuation du plutonium.1 Cet accord exige qu'une quantité de 68 tonnes de plutonium de qualité militaire, 34 tonnes pour chaque pays, soit mise sous une forme non utilisable pour la fabrication d'armes nucléaires, soit par son irradiation comme combustible dans des réacteurs (combustible MOX), soit par son immobilisation dans du verre avec des déchets hautement radioactifs. Quantités et methode d'evacuation
Les Etats-Unis ont décidé d'utiliser 25,57 tonnes de plutonium pour en faire du MOX, et d'immobiliser le reste (soit 8,43 tonnes), alors que la Russie utilisera la totalité de son plutonium, soit 34 tonnes, pour la fabrication de combustible MOX. Le tableau ci-contre résume certaines des caractéristiques des stocks de plutonium militaire en surplus. Selon cet accord (voir les extraits), le plutonium immobilisé ne devra jamais être séparé, mais chaque pays sera autorisé à retraiter son MOX irradié une fois que les 34 tonnes de son plutonium auront été évacuées. Le ministère russe pour l'énergie atomique, Minatom, a clairement affirmé son intention de retraiter le combustible MOX comme une première étape du développement d'un cycle du combustible nucléaire «fermé» (voir l'article principal, La fin de l'économie du plutonium : Arrêter de retraiter et commencer à immobiliser). Etant donné le calendrier du programme MOX stipulé dans l'accord, la Russie sera autorisée à ré extraire le plutonium résiduel du MOX usé dès 2025, voire même plus tôt. Bien que la majeure partie des surplus de plutonium déclarés soit destinée à être utilisée dans des réacteurs à eau ordinaire aux Etats-Unis et en Russie, la Russie compte également utiliser une partie de son MOX dans des réacteurs surgénérateurs.2 Le MOX pour réacteurs rapides contient un pourcentage beaucoup plus élevé de plutonium que celui destiné aux réacteurs à eau ordinaire. Deux éléments cruciaux de cet accord: qui financera et qui assumera la responsabilité civile du programme russe, ont été renvoyés à de futures négociations, et le programme MOX en Russie ne pourra être lancé que lorsque ces problèmes seront résolus. De plus, le document officiel stipule qu'un accord doit être obtenu d'ici un an sur un doublement du taux d'évacuation, bien qu'il ne soit pas évident à l'heure actuelle comment cela se fera. Ces trois problèmes sont présentés plus en détail ci-dessous. Le financementLe projet de financement du programme MOX russe est en suspens jusqu'à de prochaines négociations, l'accord multilatéral devant à priori être conclu avant le 1er septembre 2001. Si un accord n'est pas conclu avant le mois de mars 2002, les Etats-Unis et la Russie peuvent, soit accepter d'ajuster le calendrier de leurs programmes, soit abandonner totalement le programme. L'estimation actuelle du coût du programme MOX russe se situe dans une fourchette allant de 1,7 à 2,5 milliards de dollars ( 11 à 16 milliards de francs), alors que l'on estime le programme américain à approximativement 4 milliards de dollars (26 milliards FRF).3 Les Etats-Unis ont alloué 200 millions de dollars (1,3 milliard FRF) pour la mise en place du programme russe, et ont promis l'apport de 200 millions de dollars supplémentaires, qui n'ont pas encore été accordés par le Congrès américain. Les Etats-Unis et la Russie ont débattu d'un financement multilatéral du programme de MOX russe avec les autres dirigeants des pays du G-8 (la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie et le Japon) lors d'une réunion à Okinawa, au Japon, en juillet 2000. La Grande-Bretagne s'est engagée sur une contribution de 100 millions de dollars (655 millions FRF), et la France sur la somme de 60 millions de dollars (390 millions FRF), ce qui, ajoutés à la contribution américaine, aboutit à un total de 560 millions de dollars (3,7 milliards FRF) à comparer aux 900 millions de dollars (5,9 milliards FRF ) nécessaires pour commencer la conception et la construction des installations MOX russes.4 Le G-8 a accepté de préparer un projet de financement international pour le programme russe avant sa prochaine réunion prévue à Gênes, en Italie, en juillet prochain.5 Un groupe de travail spécial, le Groupe d'Experts sur la Non Prolifération a été spécialement créé au sein du G-8 pour développer un dispositif de financement et la structure d'un projet multilatéral, qui aborderait entre autres les questions liées à la structuration de la gestion du projet et aux droits de surveillance des pays donateurs. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement a été pressentie pour la direction de la mise en place du programme de MOX russe.6 La responsabilité civileLes Etats-Unis et la Russie ne sont pas encore tombés d'accord sur le pays qui serait tenu financièrement responsable en cas de dommages et intérêts liés au programme MOX russe. Aux Etats-Unis, le Price-Anderson Act prévoit jusqu'à 10 milliards de dollars (65,5 milliards de francs) aux exploitants d'une centrale nucléaire en cas d'accident.7 Bien qu'il ne suffise pas dans le cas d'un gros accident nucléaire, un tel niveau d'indemnisation financière serait très improbable du côté russe, étant donné la situation économique du pays. De surcroît, le suivi du programme MOX par l'autorité de sûreté en Russie pourrait être moins important. Un texte de loi a récemment été proposé à la Douma qui, s'il est entériné, transférait le pouvoir permettant d'accorder les autorisations d'exploitation d'activités nucléaires civiles de l'agence réglementaire fédérale Gosatomnadzor (GAN) à Minatom. Bien que Minatom préférerait utiliser du MOX dans une «nouvelle génération» de réacteurs rapides, qui ne seraient pas construits avant de nombreuses années, il a accepté le projet américain visant à utiliser le MOX dans les réacteurs à eau ordinaire (REO) existants. Etant donné que ce sont les Etats-Unis qui financent ce projet, au moins en partie, un accident survenant dans un REO russe utilisant du MOX pourrait aboutir à une crise politique grave au sujet du partage des responsabilités entre les deux pays, même si un accord est conclu. L'accord stipule que les Etats-Unis et la Russie doivent aboutir à un accord sur le partage des responsabilités au plus tard lors de l'entrée en vigueur d'un accord de financement multilatéral, qui doit être finalisé au plus tard avant le 1er septembre 2001. En attendant, l'aide technique apportée à la Russie se limite à des travaux de conception précédant la construction, travaux que la Russie n'a pas le droit d'utiliser pour la construction ou l'exploitation d'une usine MOX avant la résolution du problème de la responsabilité. Rythme d'évacuationLe 31 décembre 2007 est la «date cible» pour le début de l'exploitation des installations d'évacuation du plutonium, avec pour objectif minimum l'évacuation de deux tonnes par an pour chaque pays. La Russie soutient une «option occidentale», qui consiste à utiliser du MOX fabriqué en Russie dans des réacteurs de pays d'Europe de l'Ouest. Cependant, la compagnie de retraitement française, Cogéma, qui fabrique du MOX pour les réacteurs occidentaux, s'est opposée à ce projet parce que le MOX fabriqué en Russie pourrait être vendu à des prix subventionnés. Depuis, la Russie a accepté d'utiliser son combustible MOX dans ses propres réacteurs avant d'en vendre aux autres pays.8 Comme l'illustre l'accord russo-américain sur l'évacuation de l'uranium hautement enrichi,9 le côté commercial des programmes d'évacuation peut ralentir le rythme de l'évacuation. Selon un rapport récent publié par le General Accounting Office, les livraisons d'uranium faiblement enrichi d'origine russe aux Etats-Unis ont été retardées parce que la Russie n'était pas satisfaite des niveaux de revenus reçus selon cet accord. De surcroît, USEC Inc., la compagnie privée américaine qui dirige la mise en application du contrat commercial, a étudié en 1999 la possibilité de se retirer du projet en tant qu'agent exécutif à cause du déclin des prix de l'uranium faiblement enrichi sur le marché, qui avait réduit leurs profits.10 L'accord sur le plutonium stipule également que les Etats-Unis et la Russie doivent développer un projet d'action détaillé avant le 1er septembre 2001, afin au minimum de doubler le rythme d'évacuation. Plusieurs options visant à accroître ce rythme sont énumérées, entre autres :
«Aucun [pays] signataire n'effectuera de séparation du plutonium contenu dans le combustible usé tant que celui-ci n'a pas rempli l'obligation mise en avant au paragraphe 1 de l'Article II de cet Accord [qu'il ait évacué au minimum trente-quatre (34) tonnes de plutonium à évacuer].» Article VI, paragraphe 2 «Aucun [pays] signataire n'effectuera la séparation du plutonium à évacuer présent sous des formes immobilisées.» Article VI, paragraphe 3 «L'assistance fournie par le gouvernement des Etats-Unis [à la Fédération russe] sera destinée à des activités telles que la recherche, la conception, le développement, l'attribution d'autorisations, la construction et/ou la modification d'installations (y compris la modification de réacteurs nucléaires), et les procédés, systèmes et infrastructures technologiques associés à de telles activités.» Article IX, paragraphe 1. «Les parties signataires travailleront en coopération avec pour objectif d'atteindre au bout d'un (1) an après l'entrée en vigueur de cet accord, un accord multilatéral qui détaille les arrangements concernant l'assistance nécessaire à [un rythme d'évacuation de deux tonnes par an].» Article IX, paragraphe 8 «'Dans le cas où le gouvernement de la Fédération russe suspendrait des activités liées à la mise en application [de cet accord]..., le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique serait autorisé à suspendre de façon proportionnelle la mise en application de ses propres activités dans le cadre de cet accord.» Article IX, paragraphe 14 «Aucun des pays signataires ne procédera au retraitement de combustible au plutonium usé après l'achèvement de cet accord à moins qu'un tel retraitement soit soumis à une surveillance acceptée par les signataires...» Article XIII, paragraphe 7 «Les pays signataires vont poursuivre les négociations liées aux clauses de responsabilité civile qui s'appliqueraient à toute plainte qui pourrait éventuellement découler d'activités entreprises conformément à cet accord, et chercheront à aboutir à un accord... à la date la plus proche possible dans la pratique, et, dans tous les cas, avant l'entrée en vigueur de l'accord multilatéral...» Annexe sur l'assistance technique, section II, paragraphe I «Jusqu'à l'entrée en vigueur de l'accord contenant les clauses de responsabilités mentionnées dans le paragraphe 1 de cette section : a) les activités d'assistance mentionnées dans cet accord seront limitées à des travaux de conception appropriés à la phase de pré-construction; b) aucun signataire ne sera obligé par cet accord à construire, modifier ou exploiter des installations d'évacuation, notamment des réacteurs; et c) la Fédération russe n'utilisera en aucune manière les travaux de conception de la phase de pré-construction pour la construction, la modification ou l'exploitation d'installations d'évacuation (y compris les réacteurs).» Annexe sur l'Assistance technique, Section II, paragraphe 2. Source: Agreement Between the Government of the United States of America and the Government of the Russian Federation Concerning the Management and Disposition of Plutonium Designated as No Longer Required for Defense Purposes and Related Cooperation, le 1er septembre 2000. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Énergie et Sécurité No. 16 Index
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1. Le titre, dans son intégralité, est : Agreement Between the Government of the United States of America and the Government of the Russian Federation Concerning the Management and Disposition of Plutonium Designated as No Longer Required for Defense Purposes and Related Cooperation. En anglais sur le site suivant : http://twilight.saic.com/md/bilatagreement1.htm. Document sous forme pdf : pudispagree.pdf. 2. Cet accord mentionne spécifiquement le réacteur BOR-60 de Dmitrovgrad, et le BN-600 de Sarechnyy. Les réacteurs surgénérateurs peuvent être exploités pour obtenir une augmentation ou réduction nette de plutonium, selon la façon dont le réacteur est exploité et la configuration de son cur et de sa couverture de combustible. 3. L'estimation de coût russe provient du document intitulé Preliminary Cost Assessment for the Disposition of Weapon-Grade Plutonium Withdrawn from Russia's Nuclear Military Programs, Joint US-Russian Working Group on Cost Analysis and Economics in Plutonium Disposition avril 2000, p. iii. On retrouve ce document sur le site internet suivant : http://www.doe-md.com/ en choisissant la rubrique 'Work with Russia'). L'estimation de coût américain provient du document rédigé par Laura Holgate, Presentation to the Advisory Board to the Secretary of Energy on Plutonium Disposition in Russia, (présentation sur l'évacuation du plutonium en Russie faite devant le conseil consultatif du Secrétariat à l'Energie) le 13 mars 2000. Rapporté par Kevin Kamps, Nuclear Information and Resource Service, Washington, DC 4. Hisane Masaki, «G-8 to tackle disposal of Russian plutonium», Japan Times, le 25 octobre 2000; Post Soviet Nuclear & Defense Monitor, le 13 novembre 2000, p 15. 5. Aucun progrés n'a été fait durant cette rencontre. 6. Nuclear Fuel, le 11 décembre 2000, p.7. 7. A la date du 20 août 1998, l'incident ayant coûté le plus cher en termes d'assurance était de 9,43 milliards de dollars (62 milliards de francs). (Source : NUREG/CR - 6617 : The Price-Anderson Act - Crossing the Bridge to the Next Century : A Report to Congress, Préparé par ICF Incorporated for U.S. Nuclear Regulatory Commission, août 1998). L'Acte Price-Anderson a été entériné en 1957 à titre d'amendement de l'Acte sur l'Energie Atomique. L'amendement le plus récent a été fait en 1988, lorsque l'Acte d'Amendements Price-Anderson de 1988 a été entériné (Public Law 100-408). 8. Nuclear Fuel, 11 décembre 2000, p.9. 9. Le titre intégral est : The Agreement Between the Government of the United States of America and the Government of the Russian Federation Concerning the Disposition of Highly Enriched Uranium Extracted From Nuclear Weapons (le 18 février 1993). 10. General Accounting Office, Implications of the US Purchase of Russian Highly Enriched Uranium, GAO-01-148, décembre 2000. 11. Nuclear Fuel, le 11 décembre 2000, page 9. |