Pourtant, étant donné que le
combustible usé
et les déchets de haute activité
contiennent de
nombreux radionucléides ayant de longues demi-vies
(de
plusieurs milliers à plusieurs millions d'années),
il est
généralement admis qu'il sera impossible
d'assurer le
confinement de ces déchets sur de telles durées.
Outre la
probabilité de fuites de certains radionucléides
à vie
longue, il est aussi impossible de garantir qu'il
n'y aura aucune intrusion
humaine (intentionnelle ou involontaire).
Le tableau 1, à la page
suivante, montre les principaux
radionucléides à vie longue
qui peuvent poser problème.
Les problèmes pour le
moins épineux liés
à la garantie de confinement des
déchets à
un niveau permettant de prévenir une
contamination grave
des ressources, notamment des ressources en eau, a fait
du choix
des sites de stockage un problème scientifique et
politique
controversé, qui est au coeur de la plupart des
inquiétudes
et de l'opposition du public aux sites de stockage. De
plus, la
sélection des sites d'étude a souvent
été
associée à un opportunisme de la part des
hommes
politiques, ce qui a intensifié cette opposition. Alors
que
les programmes de sélection de sites de stockage pour
le combustible
usé et les déchets de haute activité
sont en cours
dans diverses régions du monde, ils sont
toujours confrontés
à de nombreux obstacles scientifiques
non résolus et à
une opposition publique intense.
Aux Etats-Unis, où l'ouverture d'un
site de stockage est
prévue potentiellement dès 2010, aucune
norme finale
n'a encore été établie pour la
protection
de la santé des générations futures et
pour
l'environnement autour du site proposé de Yucca
Mountain.1
Les problèmes liés au choix des
sites de stockage,
notamment les périodes extrêmement longues
de confinement
nécessaires, ont amené certains à
considérer
la transmutation des radionucléides à vie
longue
en radionucléides à vie courte comme une
solution
potentielle au problème de gestion des déchets
radioactifs.
La transmutation se fait en induisant diverses sortes
de
réactions nucléaires dans les noyaux des
radionucléides
à vie longue. En théorie, un programme
de transmutation
permettrait de transformer le problème de
confinement à
long terme en un problème moins complexe de
stockage pour
plusieurs décennies ou quelques centaines
d'années.
Cette promesse théorique a amené les
partisans
de la transmutation à affirmer qu'elle permettrait de
diminuer
fortement les problèmes associés à la
gestion
à long terme des déchets. Ils ont même
parfois
affirmé que cela permettrait d'éliminer le besoin
de
site de stockage, mais ces affirmations ont eu tendance
à
s'amenuiser au fur et à mesure que progressaient les
recherches
menées sur les possibilités pratiques de la
transmutation.
Cette même période a vu l'intensification des
inquiétudes
liées à la protection de l'environnement,
à
la gestion des déchets, aux coûts et à
la
prolifération. L'IEER a évalué les avantages
et les
inconvénients associés à la transmutation
en tant que
concept de gestion des déchets. Cet article
a pour but de
résumer ces évaluations et nos
recommandations.2
La transmutation, est la transformation d'un
radionucléide
en un autre radionucléide, ou en deux
radionucléides
ou plus. La transmutation se fait par des
réactions nucléaires
qui se produisent dans certains types de
réacteur nucléaire.
Divers projets de réacteurs ont
été proposés,
mais ils ont tous comme
caractéristique commune qu'une
quantité significative
d'énergie doit être
apportée au noyau d'un
radionucléide à vie
longue afin d'induire une réaction
nucléaire qui
le convertirait en un radionucléide à
vie courte
ou en un élément stable.
Le diagramme
ci-dessous montre les composants principaux d'un
système de
transmutation idéalisé. Une usine
de retraitement est
nécessaire pour trier les radionucléides
candidats à
la transmutation par la séparation de
certains radionucléides
à vie longue des autres.
(Dans le cadre de la transmutation, le
retraitement est également
appelé 'séparation'). Ceci
permet la conversion
sélective des radionucléides à
vie longue
en radionucléides à vie courte quand ils sont
irradiés
dans un réacteur. Sans retraitement, les
réactions
nucléaires inverses provoqueraient une conversion
contre-productive
des radionucléides à vie courte en
radionucléides
à vie longue. L'installation de fabrication
transforme
les radionucléides à vie longue en combustible
et/ou
en 'cibles' qui sont ensuite envoyées à
l'installation
de transmutation, qui peut être un simple
réacteur,
ou comprendre à la fois un
'accélérateur',
une 'cible en métal lourd' et un
réacteur sous-critique.
Les 'réactions induites par les
neutrons' dans le réacteur
transmutent les produits de fission
à vie longue en produits
de fission à vie courte; ils
provoquent aussi la fission
des actinides, tels que le plutonium, et
créent ainsi de
nouveaux produits de fission. La plupart de ces
produits de fission
sont à vie courte, mais cela aboutit
également à
la création de nouveaux produits de
fission à vie
longue (voir ci-dessous). Les actinides peuvent aussi
absorber
des neutrons, ce qui aboutit à la création
d'actinides
de 'masse plus élevée' (voir ci-dessous). De
plus,
les actinides ne peuvent pas tous être transmutés
avant
que le réacteur n'atteigne un stade de très
faible
efficacité. Par conséquent, un certain nombre
de passages
dans le cycle du retraitement, de la fabrication de
combustibles et des
réacteurs sont nécessaires pour
permettre la transmutation de
la plupart des radionucléides
à vie longue.
Mais
même les procédés les plus élaborés
ne
peuvent en pratique convertir tous les radionucléides
à vie
longue en radionucléides à vie courte.
La transmutation de
l'uranium séparé, qui constitue
environ 94% du poids du
combustible usé des réacteurs
à eau ordinaire, qui a
une vie très longue, et qui
est généralement
contaminé par des produits
de fission, serait contre-productive
étant donné
que le mode de transmutation principal pour
l'essentiel de l'uranium
serait la conversion de l'uranium 238 en plutonium
239. D'autres
produits de fission à vie longue ainsi que des
actinides
transuraniens résiduels devraient également
être
évacués. Par conséquent, un site de
stockage,
tout comme d'autres installations de gestion et de stockage
des
déchets resteraient encore une partie importante des
procédés
de transmutation.
Les avantages des
procédés de transmutation et
les problèmes qui leur
sont associés deviennent
plus clairs si l'on comprend les bases de
la physique de la transmutation.
La physique de la
transmutation
Pour ce qui concerne la gestion des déchets
nucléaires,
deux réactions de transmutation sont importantes
: la capture
de neutrons et la fission.3 L'objectif est de
transformer
les radionucléides à vie longue en
radionucléides
à vie courte.
L'absorption d'un
neutron par de l'iode 129 et par du césium
135 correspondent
à deux exemples de telles réactions
(les demi-vies sont
exprimées entre parenthèses)
4 :
I 129 (1,6x107 ans) + n ®
I 130m (9 minutes)®
I 130 (12 heures) ®
Xe 130 (stable) + e
Cs 135 (2,3x106 years) + n ®
Cs 136m (19 secondes) ®
Cs 136 (13 jours) ®
Ba 136m (0.3 secondes) + e ®
Ba 136 (stable)
Pourtant,
la capture de neutrons peut aussi aboutir à
la création de
radionucléides à vie longue,
ce qui rend impossible
l'objectif de la transmutation, comme cela
pourrait être le cas pour
le Cs-133 :
Cs 133 (stable) + n ®
Cs 134 (2,1 ans) + n ®
Cs 135 (2,3x106 ans)
Le césium présent
dans le combustible usé
est un mélange à la fois
d'isotopes de Cs 133 et
de Cs 135, qui ne peuvent être
aisément séparés,
en partie à cause de la
présence d'isotopes très
radioactifs de Cs 137, qui rendent
la manipulation et le traitement
du césium extrêmement
difficiles, coûteux et
dangereux. Par conséquent, il est
facile de constater que
l'avantage de la transmutation du Cs 135 serait
annihilé
par la production de quantités plus importantes de
Cs 135
à partir de la capture de neutrons du Cs
133.
L'exemple qui suit (les demi-vies étant
exprimées
entre parenthèses et arrondies à deux
chiffres significatifs)
montre la façon dont le plutonium 239 serait
transmuté
par deux réactions successives :
Pu 239 (24 000 ans) + n ®
Pu 240 (6 500 ans) + n ®
Pu 241 (14 années)
Pourtant, une capture
neutronique plus poussée aboutirait
à la création de
Pu-242, qui a une demi-vie longue
:
Pu 241 (14,4 ans) + n ®
Pu 242 (380 000 ans)
Cela
démontre que la transmutation devrait être
strictement
contrôlée pour qu'il y ait globalement
un passage de
radionucléides à vie à longue
à des
radionucléides à vie courte sans pour
autant amener à
la création de nouveaux radionucléides
à vie
longue.
Il faut également remarquer que la capture d'un
neutron
par le plutonium 239 et 240 ne résoudrait pas le
problème
de l'élimination des radionucléides
même dans
le cas où tout le plutonium serait transformé
en
plutonium 241 à vie courte. Ceci vient du fait que le
plutonium
241 a sa propre chaîne de désintégration.
Il
décroît en américium 241 qui a une demi-vie
de 430 ans.
Lui-même décroît en neptunium 237
qui a une demi-vie de
plus de 2 millions d'années. De ce
fait, une réduction
significative des actinides à
vie longue, comme le plutonium,
nécessite généralement
la fission des
noyaux.
Les réactions de transmutation par fission
produisent
principalement des produits de fission à vie courte
qui
décroissent en éléments stables mais
quelques-uns
de ces produits de fission à vie courte peuvent
également
décroître en élements à vie
longue.
L'exemple ci-dessous montre la production de deux produits
de
fission à vie courte, le tellure et le molybdène.
Ils
subissent tous deux une série de décroissance
bêta. La
chaîne de décroissance du molybdène
102 consiste en une
série de radionucléides à
vie courte jusqu'au
ruthénium 102 stable (non radioactif).
Le tellure
décroît en césium 135 à
vie
longue.
Pu 239 + n ®
Pu 240 ®
Te 135 (19 secondes)
+
Mo 102 (11 minutes) + 3 n










¯







¯







I 135 (6,6 heures) + e 

Tc 102m (4,4 minutes) + e










¯








¯







Xe 135 m (15 minutes) + e 

Tc 102 (5,3 secondes)










¯








¯







Xe 135 (9,1 heures) 


Ru 102 (stable) + e










¯







Cs 135m (53 minutes) + e










¯







Cs 135 (2,3x106 ans)
Projets de scénarios
de transmutation
Divers scénarios ont été
proposés
pour la transmutation. Trois types de réacteurs
(réacteurs
à eau légère, réacteurs
à neutrons
rapides, et réacteurs sous-critiques) et deux
types de
retraitement ont été proposés. Le tableau
2,
ci-dessous, montre le (ou les) type(s) de retraitement
associé(s)
à chaque type de réacteur et les
radionucléides
qui seraient candidats à la transmutation. La
plupart des
filières de transmutation utiliseraient une
combinaison
de réacteurs et de technologies de retraitement
associées.
Par exemple, dans un des scénarios, des
réacteurs
à eau légère seraient
alimentés par
du combustible à oxydes mixtes (MOX),
c'est-à-dire
avec du combustible fait avec du plutonium extrait
à partir
de combustible usé à l'uranium faiblement
enrichi.
Le combustible MOX usé serait alors retraité et
les
actinides transuraniens seraient extraits pour alimenter un
réacteur
à neutrons rapides (communément
appelé
surgénérateur). Le combustible pour
réacteur à
neutrons rapides serait, à son
tour, retraité et les
actinides restant alimenteraient
un réacteur sous-critique
contrôlé par un
accélérateur.
Tableau 2 : Scenarios de
transmutation
| Réacteurs
et sources de neutrons |
Retraitement
et radionucléides |
Commentaires |
| Réacteurs à eau ordinaire
(REO) (le type
de réacteur nucléaire commercial
le plus
répandu) : Le réacteur est critique et
alimenté
soit en uranium faiblement enrichi soit en combustible
à
mélange d'oxydes uranium-plutonium. |
Retraitement : par voie aqueuse.
Radionucléides : principalement du plutonium,
du Tc 99 et de
l' I 129. |
· Crée une
forte proportion
d'actinides lourds, et les dangers de rayonnements
graves qui
y sont associés.
· Le retraitement
crée de grandes quantités
de déchets liquides
radioactifs
· Problèmes de sûreté
du réacteur
· Ne permet pas la fission de la plupart
des actinides
· Cause une accumulation de transuraniens
lourds, d'où
des problèmes de gestion de
déchets. |
| Réacteurs rapides : Le réacteur
est
critique et peut être alimenté par du plutonium,
de
l'uranium, ou théoriquement, du combustible contenant
certains
actinides mineurs. |
Retraitement :
utilise le plus souvent
la voie sèche dans les dispositifs
avancés
Radionucléides : Plutonium et
éventuellement des
actinides mineurs. La transmutation de Tc
99 et d' I 129 serait
possible, mais seulement dans les cibles
modérées
en dehors du coeur du réacteur. |
· Le développement
de
réacteurs rapides a été handicapé
par des
problèmes persistants
· Les produits de fission ne
sont pas transmutés
de façon efficace.
· Accumulation importante de transuraniens, mais moins
forte
que pour les REO
· Problèmes de
sûreté du réacteur |
| Réacteurs sous-critiques
: un
système d'accélérateur avec une cible
fournit
des neutrons rapides à un réacteur sous-critique |
Retraitement : peut être totalement
aqueux ou totalement sec, ou les deux associés.
Radionucléides : plutonium et actinides mineurs. Présence
possible de Tc 99 et d' I 129, mais seulement dans les cibles
modérées en dehors du coeur du réacteur.
|
· Les réacteurs sous-critiques
en sont seulement au stade de Recherche-Développement
· Les prévisions du coût sont,
élevées
· La sûreté du
réacteur pose toujours
problème
· Les
produits de fission ne sont pas transmutés
de façon
efficace. |
Aucun de
ces scénarios ne peut, soit pour des raisons
de physique
fondamentale soit pour des raisons pratiques, transmuter
l'uranium, le
césium 135, le carbone 14, ou quelques autres
radionucléides.
Le tableau 1 montre les différents
radionucléides
préoccupants du point de vue de leur
gestion à long terme et
leur statut au regard de différents
procédés de
transmutation.
Résidus ultimes
La transmutation
n'élimine pas la nécessité
d'un site d'enfouissement
pour les déchets de haute activité
et les combustibles
usés. Les procédés théoriques
illustrés
ci-dessus ne peuvent être traduits en une
réalité
concrète qui permettrait l'élimination
presque
complète des radionucléides à vie
longue. D'abord,
aucun procédé de transmutation
ne permet de prendre en compte
la totalité des radionucléides
problématiques dans la
mesure où beaucoup ne peuvent
être transmutés pour des
raisons pratiques (voir
l'exemple du Cs 133 et du Cs 135 ci-dessus).
Deuxièmement,
la transmutation du Tc 99 et de l'I 129 n'est pas
efficace à
100%, même avec de multiples passages en
réacteur,
et de nouveaux produits de fission à vie longue
sont créés
à partir de la fission des actinides.
Troisièmement,
la fission des actinides n'est pas efficace à
100%. Par
exemple, dans le meilleur des procédés
proposés,
la transmutation de 906 tonnes de transuraniens
(quantité
qui devrait être produite par l'ensemble des
réacteurs
américains au cours de leur période de vie
autorisée)
laisserait une quantité résiduelle de 2,4
tonnes.
La composition des déchets transuraniens
résiduels
serait déplacée vers des isotopes
d'actinides plus
lourds et les déchets seraient donc plus
radioactifs. Cela
poserait des risques radiologiques plus
élevés et
compliquerait le stockage définitif.
Finalement, dans la
mesure où le césium 137 serait enfoui
avec du césium
135, la grande quantité de chaleur qui s'en
dégagerait
signifierait des volumes de stockage
considérables.5
Seul l'entreposage de déchets
à vie longue pendant
des centaines d'années, avec les
incertitudes, les risques
et les coûts qui l'accompagnent,
permettrait de réduire
le problème de capacité de
stockage.
En plus de ne pas résoudre le problème de
l'uranium,
qui représente environ 94% du poids des
matériaux
radioactifs dans le combustible usé, et avec des
quantités
significatives de radionucléides transuraniens et
de produits
de fissions à vie longue, la transmutation
créerait
des quantités significatives de déchets
supplémentaires,
particulièrement dans le cas de
l'utilisation du retraitement
par voie humide. Cela permettrait
également de transférer
certains matériaux de
l'enfouissement géologique
profond vers des sites pour
déchets de faible activité
si, comme il a été
proposé à tort,
l'uranium est géré comme un
déchet de "faible
activité". Ceci pourrait
entraîner un risque
radiologique supérieur pour le public, par
comparaison
avec le stockage définitif de tout le combustible
usé
dans un site ouvragé convenablement
sélectionné.
La transmutation, même dans le contexte
d'une sortie du
nucléaire, nécessiterait également des
décennies
pour sa mise en place et peut-être des
siècles pour
être achevée.6 Cela pourrait
nécessiter
un contrôle institutionnel sur les déchets
pour des
périodes historiques bien plus longues que ce qui est
possible
ou désirable.
Implications de la
transmutation
La mise en oeuvre de n'importe lequel des
procédés
de transmutation abordés ci-dessus aurait
également
un certain nombre d'implications pour la
prolifération
nucléaire, l'environnement, la santé
publique, la
sûreté, le coût et l'avenir de
l'énergie
nucléaire.
Prolifération.
Tous les procédés
de transmutation nécessitent le
retraitement de radionucléides
transuraniens. Bien que ces
procédés ne produisent
pas forcément de
matières risquant d'attirer les
concepteurs d'armes des pays
possédant l'arme nucléaire,
elles peuvent néanmoins
être utilisées pour
fabriquer des armes nucléaires, et
créeraient donc
des risques de prolifération significatifs,
dans la mesure
où des groupes terrorites ou des Etats non
possesseurs
de l'arme nucléaire pourraient chercher à les
acquérir
et à les utiliser. Même les méthodes de
retraitement
que l'on présente comme étant
'résistantes
à la prolifération' , comme par exemple
le traitement
pyrométallurgique, peuvent facilement être
modifiées
afin de permettre l'extraction d'un plutonium suffisamment
pur
pour servir à la fabrication d'armes. Ces types
d'installations
pourraient en fait intensifier les risques de
prolifération
à cause de leur taille compacte et des
problèmes
potentiels liés au développement de
méthodes
de surveillance appropriées. En outre, le fait de
promouvoir
la transmutation comme méthode de gestion des
déchets
pourrait aboutir à une large diffusion de cette
technologie.
La séparation d'isotopes tels que le neptunium 237 et
l'américium
241 aurait aussi pour effet d'augmenter les risques de
prolifération,
étant donné que ces deux
radionucléides peuvent
également être utilisés
pour la fabrication
d'armes nucléaires.
La création
et la mise en application de procédés
qui développent
fortement la séparation de matières
utilisables pour la
fabrication d'armes aura pour conséquence
une augmentation
considérable des risques de
prolifération.
L'environnement et la santé. Le
retraitement,
qui est nécessaire pour tous les
procédés
de transmutation, est l'une des composantes les plus
néfastes
du cycle du combustible. Il aboutit à la
création
de grands volumes de déchets et d'émissions
radioactives
dans l'air et dans l'eau. Ses impacts sur la santé
des
travailleurs, des riverains, voire même des
populations
lointaines, sont largement reconnus. Par exemple, les
inquiétudes
liées à la santé humaine et
à l'environnement
sont la base des demandes faites par l'Irlande, la
Norvège,
l'Islande et d'autres pays auprès de la France et de
la
Grande-Bretagne pour qu'ils arrêtent leurs rejets de
déchets
radioactifs dits 'de faible activité' dans les
océans.
Etant donné que la fabrication de combustible
n'occasionne
pas de production de déchets liquides, ses effets
touchent
pour l'essentiel seulement les travailleurs, et sont du
même
ordre que ceux pour les travailleurs du secteur du
retraitement.
Le risque radiologique plus important lié à la
manipulation
de combustible irradié de façon
répétée
suscite de sérieuses
inquiétudes. Enfin, la multiplication
des transports de
déchets de haute activité nécessités
par de
nombreux procédés de transmutation auraient
pour effet
d'augmenter la probabilité d'un accident de
transport, avec tous les
effets qui y sont associés.
Sûreté du
réacteur. La transmutation
nécessiterait le
développement et la mise en application
de nouvelles technologies de
réacteurs et /ou une utilisation
élargie des réacteurs
existants. Certains de ces
nouveaux réacteurs ont été
décrits
comme étant 'intrinsèquement sûrs'.
Pourtant,
les améliorations de certaines caractéristiques
de
sûreté, si on les compare aux réacteurs
existants, sont
contrées par des faiblesses de sûreté
à d'autres
niveaux, et la création de nouveaux problèmes
de
sûreté qui sont spécifiques à ces
nouveaux
modèles de réacteurs. Par exemple, certains
effets
rétroactifs qui contribuent à empêcher
une
réaction d'emballement dans les réacteurs existants
ont
disparu dans certains des réacteurs de transmutation.
Pour ce qui
concerne les systèmes basés sur un
accélérateur,
la possibilité de stopper la source de
neutrons, et le
fait que le réacteur soit en général
sous-critique
leurs donnent certains avantages de sûreté.
D'un
autre côté, ces systèmes reposent largement
sur
cette possibilité de stopper la source de neutrons
en cas d'urgence.
Par ailleurs, il pourrait s'avérer nécessaire
de s'assurer
que la source de neutrons externe ne fonctionne pas
à pleine
puissance quand du combustible neuf est présent
dans le
réacteur, ce qui pourrait engendrer une surcriticité
de
celui-ci.
Coûts. Le coût de la transmutation, en
particulier
pour ce qui concerne les procédés
avancés
, qui seraient nécessaires pour obtenir une
réduction
significative des actinides, est (quasiment) inabordable.
De surcroît,
bien qu'il y aurait une production
d'électricité
pour compenser ces coûts, il est
hautement improbable que
ces rentrées financières soient
suffisantes. Le
développement de la transmutation
nécessiterait
sans doute des dizaines de milliards de dollars, ainsi
que des
subventions additionnelles importantes même au cours
de
l'exploitation, c'est-à-dire même lorsque les
ventes
d'énergie électrique seraient censées
produire
des revenus.
Poursuite de l'énergie
nucléaire. La transmutation
n'est pas seulement
étudiée dans le contexte de
la gestion des déchets
provenant de la génération
actuelle de réacteurs
nucléaires (c'est-à-dire
comme faisant partie du processus de
sortie de l'énergie
nucléaire). La plupart des
procédés de transmutation,
particulièrement pour ce
qui concerne l'Europe et le Japon,
supposent une poursuite dans un avenir
indéterminé
de l'énergie nucléaire,
considérant la transmutation
comme faisant partie d'un nouveau cycle
du combustible nucléaire.
Etant donné qu'elle est
censée résoudre certains
problèmes actuels liés
à l'énergie
nucléaire, la transmutation est
considérée
par certains comme étant essentielle pour
assurer la croissance
continue de l'énergie
nucléaire.
Conclusions et Recommandations
La
conclusion principale à laquelle nous avons abouti
est que les
scéanarios de transmutation ne résoudront
pas les
problèmes de gestion de déchets à
long terme.
L'uranium correspond à près de la totalité
du poids
des déchets proposés pour la transmutation.
Selon les
propositions officielles actuelles, cet uranium serait
traité en
tant que déchet radioactif de faible activité,
et serait
évacué de façons qui engendreraient
des risques bien
plus grands que leur évacuation dans un
site ouvragé
convenablement sélectionné.
De plus, des quantités
considérables de matières
transuraniennes resteraient en
résidus de la transmutation,
ainsi que des produits de fission
à vie longue. De grandes
quantités de nouveaux déchets
seraient ainsi créées,
en même temps que serait
aggravés les dangers de
prolifération et des coûts
très élevés.
Malgré ces inconvénients
majeurs, certains continuent
à considérer la transmutation
comme un domaine de
recherche 'attirant', vu comme essentiel pour
revitaliser 'l'option
nucléaire'. Les évaluations qui ont
encouragé
la promotion de la transmutation comme technologie de
gestion
des déchets apportent une analyse largement insuffisante,
et
elles ont été menées pour l'essentiel
par ceux qui
prônent une poursuite de l'énergie nucléaire.
A
la lumière de ces conclusions, la recommandation
principale
de l'IEER est, étant donné qu'il n'y
a aucune base
cohérente qui justifie sa mise en oeuvre,
d'abandonner la
transmutation en tant que technologie de gestion
des
déchets.