IEER | Énergie et Sécurité No. 12


Défense et attaque nucléaire : une analyse de la stratégie américaine

par Arjun Makhijani


On a fait la promotion des systèmes de défense par missiles balistiques, c'est-à-dire des engins qui servent à abattre d'autres missiles après leur lancement, en mettant en avant deux objectifs :

  • la protection des troupes américaines sur les champs de bataille (ceci par des systèmes de défense par missiles de "théâtre", tels que les missiles Patriot utilisés dans la Guerre du Golfe en 1991) et
  • la défense du "territoire national" contre les attaques par missiles (ceci par des systèmes nationaux de défense par missiles).1

A première vue, ces objectifs semblent acceptables, et justifient par conséquent le soutien et les moyens financiers considérables mis à disposition de ce programme aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis ont dépensé plus de 100 milliards de dollars pour la défense par missiles depuis les années 1950, dont environ 60 milliards depuis 1983, lorsque le président Reagan a annoncé la "Strategic Defense Initiative" (Guerre des étoiles).2 Pourtant, le déploiement de systèmes de défense par missiles va accroître les risques liés au nucléaire, et non les réduire. Pour comprendre les dangers émergents, il est essentiel de replacer le programme de défense par missiles balistiques dans le contexte, historique et actuel, du maintien par les Etats-Unis de l'option d'utilisation en premier de l'arme nucléaire et de première frappe comme partie intégrante de sa stratégie d'ensemble, à la fois militaire et politique.

Les bombardements nucléaires d'Hiroshima et Nagasaki représentaient une utilisation en premier des armes nucléaires contre un Etat non nucléaire. (En fait, l'Allemagne avait été rejetée en tant que cible potentielle dès le 5 mai 1943, de peur des possibilités de représailles nucléaires allemandes.3) La croyance répandue dans l'efficacité de ces attaques nucléaires pour mettre fin à la guerre,4 et les évaluations des dommages et de la contamination résultant des premiers essais nucléaires effectués après la guerre ont été des facteurs essentiels dans la formulation de la stratégie nucléaire américaine. Elle était alors fondée sur un maintien de la supériorité nucléaire américaine, voire de son monopole.

L'objectif des Etats-Unis était bien plus ambitieux que simplement de menacer de représailles nucléaires en réponse à une attaque nucléaire. En réalité, les Etats-Unis cherchaient à obtenir une force militaire intégrée qui servirait de dissuasion face à l'Union soviétique et permettrait aux Etats-Unis de poursuivre ses "intérêts vitaux" partout dans le monde sans crainte d'une intervention soviétique. Par exemple, en prélude au coup d'état soutenu par la CIA au Guatemala en 1954, les Etats-Unis ont envoyé des bombardiers à capacité nucléaire au Nicaragua, une des nombreuses occasions o&ugr ave; les forces nucléaires américaines ont été utilisées pour menacer un Etat non nucléaire.5

Daniel Ellsberg, un ancien officiel du Pentagone chargé de la planification de la guerre nucléaire, qui a révélé à la presse ce qui a été connu plus tard sous le nom des "Papiers du Pentagone" pendant la guerre du Viêt-nam, a fait remarquer que de nombreuses menaces nucléaires exercées par les Etats-Unis ont été lancées à l'encontre de pays non nucléaires. Ces menaces constituent en fait une utilisation des armes nucléaires, de la même façon que quand "on braque un revolver sur la tête de quelqu'un lors d'une confrontation directe, qu'on appuie ou non sur la gâchette."6 Le refus des Etats-Unis de fournir des garanties explicites qu'ils n'utiliseront jamais d'armes nucléaires contre des pays non nucléaires parties au Traité de non-prolifération (TNP) doit être replacé dans ce contexte historique.

C'est dans ce contexte historique que le refus des Etats-Unis de promettre, sans équivoque, qu'ils ne se serviront jamais de l'arme atomique contre un pays non nucléaire partie du traité de non-prolifération (TNP) doit être compris.

L'objectif des Etats-Unis a été de garder une capacité d'utilisation de la force militaire en lieu et moment de son choix, que ce soit de façon unilatérale ou multilatérale, avec ou sans l'autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, tout en dissuadant d'éventuelles représailles, particulièrement par des armes de destruction massive. Depuis la guerre du Viêt-nam, la dissuasion des représailles a aussi comme objectif de garder le nombre des victimes suffisamment bas pour éviter une réaction brutale de la population américaine contre l'interventionnisme.

Cet exercice du pouvoir dans le monde entier est mené sans qu'y soit associé un système de responsabilité mondiale de la même ampleur. Il peut aboutir, et l'a déjà fait par le passé, à l'arrogance et à la tragédie. Le renversement du gouvernement élu du Guatemala - soutenu par la CIA - et son remplacement par des dictatures militaires répressives, a causé la mort de 200 000 personnes suite à des "actes de génocide" dont les Etats-Unis ont maintenant avoué avoir été complices.7

La stratégie américaine de défense par missiles balistiques est un cas typique de cet exercice du pouvoir qui n'est responsable devant aucune institution. Pourtant, les systèmes de défense nationaux par missiles auraient pour effet d'accroître les dangers nucléaires pour la population américaine, contrairement aux intentions affichées d'apporter un bouclier protecteur. Les systèmes de défense par missiles des Etats-Unis apparaîtront aux autres puissances nucléaires comme une tentative d'anticiper des représailles nucléaires, faisant des Etats-Unis le seul Etat possédant un véritable arsenal nucléaire, que ce soit pour une première frappe ou pour des représailles. Les autres Etats nucléaires vont, c'est évident, faire tout ce qui leur est possible pour empêcher que cela ne se produise.

Les raisons techniques de cette probable réaction sont liées au fait que les armes nucléaires américaines et russes sont suffisamment précises pour détruire les forces nucléaires opposées avant que celles-ci ne soient lancées, sauf pour ce qui concerne les forces cachées en profondeur sous la mer, ou les forces mobiles basées à terre (bien que celles-ci soient relativement vulnérables en théorie). Les Etats-Unis possèdent aussi un nombre bien plus important d'armes nucléaires stratégiques invulnérables sur sous-marins que la Russie (environ 3 500 têtes nucléaires contre 1 600). De plus, la Russie est actuellement obligée de garder la quasi totalité de ses sous-marins stratégiques à quai pour des raisons de sûreté, mais aussi parce que ses budgets ne sont pas suffisants pour maintenir une flotte importante en mer. La Chine possède environ 20 missiles basés à terre capables d'atteindre les Etats-Unis, qui possèdent chacun une tête nucléaire unique et qui nécessitent 24h ou plus pour être chargés en combustible. La Chine ne possède pas encore de sous-marins nucléaires stratégiques, bien que ceux-ci soient en développement.8

La crainte d'une première frappe a d'ores et déjà engendré un risque important de guerre nucléaire accidentelle entre les Etats-Unis et la Russie. Les deux pays gardent des milliers de têtes nucléaires en état d'alerte maximale, avec pour argument qu'elles devraient être lancées avant d'être détruites à terre ou à quai. La menace d'une première frappe, et donc les risques d'une guerre nucléaire accidentelle seraient largement aggravés par le déploiement de systèmes nationaux de défense par missiles.

Procédons à quelques rapides calculs. La Russie possède près de 1 200 lanceurs - c'est à dire des missiles et des bombardiers - qui en moyenne comprennent plus d'une tête nucléaire chacun. Si les Etats-Unis détruisaient la capacité totale de frappe nucléaire de la Russie, à l'exception de deux ou trois sous-marins stratégiques russes, la Russie serait toujours en mesure de dévaster les Etats-Unis avec les dizaines d'armes nucléaires restantes. Selon les Russes, il est évident que les Etats-Unis ne prendront jamais un tel risque. Mais, si les Etats-Unis avaient une forte probabilité de parvenir à détruire les dizaines d'armes nucléaires restantes une fois lancées, la possibilité de première frappe par les Etats-Unis serait perçue comme bien plus réaliste. Le risque perçu serait intensifié par le nombre décroissant d'armes du côté russe, puisqu'il y aurait moins de cibles à détruire, surtout dans le cas où le nombre de têtes nucléaires américaines ne baisserait pas, alors que les forces nucléaires russes décroîtraient à cause de l'usure et des manques de fonds pour leur maintenance.

De tels calculs effrayants et redoutables, qui sont chose courante dans les establishments des puissances nucléaires, sont aggravés par l'émergence d'armes de précision non nucléaires, qui ont fait leurs preuves lors de la Guerre du Golfe et de la guerre de l'OTAN en Yougoslavie. Ils prouvent que les Etats-Unis pourraient détruire les armes nucléaires d'un adversaire à terre ou à quai en utilisant des armes de précision non nucléaires. Par conséquent, les Etats-Unis pourraient, en théorie, compenser un nombre de têtes nucléaires réduit par une attaque utilisant des armes de précision non nucléaires. De tels calculs rendraient improbables l'aboutissement des accords Etats-Unis-Russie sur la réduction des armements, et pourraient même aboutir à un retouren arrière sur les réductions passées. Les problèmes, du point de vue chinois, seraient encore plus graves puisque celle-ci possède au départ largement moins de missiles de longue portée.

La Russie et la Chine risquent donc de réagir en augmentant leur potentiel offensif et en prenant des mesures pour faire obstacle aux systèmes de défense par missiles. En effet, la Chine a déjà décidé de se lancer dans la production de fusées utilisant du combustible solide, qui peuvent être maintenues en état d'alerte de déclenchement immédiat. Les craintes chinoises de première frappe pourraient jouer un rôle important dans des crises telles qu'une confrontation potentielle entre les Etats-Unis et la Chine sur le cas de Taiwan.9 Le résultat net probable d'une telle confrontation serait une escalade soudaine de l'instabilité et des risques de déclenchement immédiat du feu nucléaire.

Ce risque accru pourrait également entraîner l'implication d'une série d'actions de la part de l'Europe. Par exemple, il est possible que l'Allemagne décide d'acquérir une capacité d'armes nucléaires suite à la sécurité (relativement) amoindrie de l'Europe engendrée par un système de défense américain par missiles. Selon le Washington Post, Joschka Fischer, ministre allemand des Affaires étrangères, a récemment rappelé aux Américains que "l'engagement de l'Allemagne à rester un pays non nucléaire a toujours été basé sur la confiance que nous avons que les Etats-Unis protégeraient nos intérêts, que les Etats-Unis, en tant que puissance nucléaire dominante, garantiraient un certain ordre [mondial]."10 Comme solution, l'Union européenne pourrait décider de rassembler les forces nucléaires françaises et britanniques et d'en faire des forces européennes communes, action qui violerait l'interdiction de la mise en commun d'armes nucléaires du TNP (les Articles I et II).

Au vu des tensions mondiales et de l'histoire du nucléaire, notamment le fait que les Etats-Unis ont utilisé des armes nucléaires en guerre et exercé des menaces contre des pays non nucléaires, ses adversaires potentiels risquent de considérer le déploiement d'un système national de défense par missiles comme faisant partie d'une stratégie offensive. Du fait de cette réaction probable, les systèmes de défense par missiles balistiques n'ont pas besoin d'avoir fait la preuve de leur efficacité pour être à l'origine de nouveaux problèmes dangereux. La simple perspective de leur déploiement va augmenter le risque d'une nouvelle course aux armements à la fois avec la Russie et la Chine. Les conséquences risquent alors de s'étendre à l'Inde et au Pakistan. Les systèmes de défense américains par missiles pourraient devenir l'élément central amenant à interrompre plus de quarante ans d'efforts pour le contrôle des armements et la réduction des stocks d'armements. C'est pour cette raison que le Traité AMB est considéré par nombre d'institutions comme la pierre angulaire des accords sur le contrôle et la réduction des armements.

Enfin, il y a aussi un risque non négligeable, si les Etats-Unis déploient réellement des systèmes de défense par missiles, qu'ils se rendent eux-mêmes plus vulnérables à une attaque nucléaire provenant d'un Etat comme la Corée du Nord. (Le président Clinton doit prendre une décision sur le déploiement d'un système NMD en juillet 2000). Selon le National Intelligence Council, un pays tel que la Corée du Nord semble susceptible d'être attiré par le choix des missiles balistiques plutôt que par des méthodes de transport sans missiles, pour des considérations telles que le "prestige" et "la diplomatie coercitive" plutôt que pour l'efficacité réelle et la fiabilité du transport d'une arme.11 Si la fiabilité du transport était le critère principal, le choix du vecteur de transport se porterait plus facilement sur un camion, un navire cargo commercial, ou un avion, et c'est là un avis également partagé par les opposants aux systèmes de défense par missiles.12

Les multiples changements de cap des négociations et des accords passés avec la Corée du Nord montrent que ce pays utilise le développement de la technologie des missiles comme moyen d'obtenir une meilleure position de négociation face aux Etats-Unis, à la Corée du Sud et au Japon, plutôt que comme moyen de transport réel d'armes nucléaires. Des systèmes de défense américains par missiles pourraient leur retirer ce joker de négociation, et mettre en danger les politiques et accords actuels selon lesquels la Corée du Nord a suspendu son développement de missiles et accepté des inspections de ses installations nucléaires. En d'autres termes, un système de défense par missiles pourrait simultanément torpiller les accords diplomatiques passés avec la Corée du Nord, et provoquer la colère de la Chine, qui pourrait se lancer dans une coopération plus importante avec la Corée du Nord. Cela risquerait d'aggraver le risque pour les Etats-Unis, puisqu'une telle situation pousserait la stratégie nucléaire de la Corée du Nord à moins s'appuyer sur la diplomatie au profit de la mise sur pied de plans de rechange de transport d'armes nucléaires par des méthodes sans missiles.

L'explosion sur le territoire américain ne serait ce que d'une ou de quelques armes nucléaires aurait des effets bien plus dévastateurs que tout ce que les Etats-Unis ont jamais connu. Au vu des ambitions des Etats-Unis visant à agir librement à l'étranger, et au vu de son réflexe de protection choisissant des moyens militaires et des méthodes techniques sophistiquées au lieu de garantir sa protection par des accords internationaux, les systèmes de défense par missiles peuvent sembler être un concept attirant. Mais en persistant dans l'illusion qu'ils peuvent obtenir une sécurité unilatérale même en augmentant l'insécurité d'autres Etats nucléaires existants et de puissances nucléaires potentielles, les Etats-Unis sont en train d'intensifier les risques nucléaires pour le monde entier, y compris pour son propre peuple. La persistance de la vulnérabilité des Etats-Unis, malgré environ mille milliards de dollars dépensés dans diverses mesures pour se protéger des armes nucléaires, provenant d'un total de cinq milles cinq cents milliards de dollars dépensés pour les armes nucléaires, en est la preuve.13

Les implications stratégiques du développement de systèmes de défense anti-missiles balistiques seraient, évidemment, bien différentes dans le contexte d'un désarmement nucléaire durable. Dans ce cas, de tels systèmes ne feraient plus partie d'une capacité de première frappe nucléaire. Pourtant, même dans le contexte du désarmement nucléai re, de tels systèmes seraient considérés comme une menace sauf si, et cela peut être envisageable, ils étaient déployés dans le cadre d'un accord multilatéral (à priori pour protéger de l'éventuelle sortie d'un pays de la politique de désarmement). Bien que nous doutions fortement que , même dans ce contexte, de tels systèmes, qui sont extrêmement coûteux et risquent de rester peu fiables, puissent un jour représenter une dépense utile, leur influence déstabilisatrice pour la sécurité internationale pourrait être affaiblie, au moins pour ce qui concerne les armes nucléaires.

La différence entre un déploiement de systèmes de défense par missiles avant et après désarmement a été reconnue dans le projet que le président Reagan a proposé au président Gorbatchev pendant le sommet de Reykjavik en 1986.14 Selon ce projet, les Etats-Unis et l'Union soviétique devaient désarmer et détruire tous leurs missiles nucléaires avant de déployer un système de défense commun par missiles. Le projet de la guerre des étoiles du président Reagan contenait de nombreux problèmes, notamment, il introduisait des armes nucléaires dans l'espace, il ne s'agissait donc pas d'un projet de désarmement complet. Cela aurait pu laisser un énorme avantage aux Etats-Unis - c'est en tout cas ce qui poussa le président Gorbatchev à rejeter le plan. Mais le projet de Reagan acceptait, au moins de façon implicite, le principe selon lequel la capacité de première frappe devait être abandonnée avant tout déploiement de systèmes de défense par missiles. Ce principe a été jeté aux oubliettes dans la course actuelle aux systèmes de défense par missiles. Ces systèmes ne devraient pas être étudiés en dehors du contexte d'un désarmement complet et contrôlé, ou tout au moins en dehors du contexte de la séparation de toutes têtes nucléaires de leur vecteur de transport, les ogives et les matériaux nucléaires pouvant servir à la fabrication d'armes devant être stockés sous surveillance multilatérale.

Etant donné que les matières nucléaires ainsi que les connaissances pour la fabrication d'armes nucléaires sont maintenant répandues, il ne peut exister aucun système de sécurité parfait contre les armes nucléaires. La possibilité d'une telle sécurité, si elle a jamais existé, s'est envolée lors du bombardement d'Hiroshima. La deuxième action la plus urgente serait d'entreprendre un processus rigoureux et strict aboutissant à un désarmement nucléaire complet et durable.

Le TNP, le traité qui engage ses signataires à prendre des mesures concrètes pour un monde sans armes nucléaires, est de plus en plus menacé. Les Etats-Unis doivent changer de cap, se réorienter vers le désarmement et accepter de se plier à la juridiction des institutions internationales. Ce qui devrait inclure la reconnaissance de l'opinion consultative de la Cour internationale concernant l'Article VI du TNP. (Voir les recommandations de l'IEER sur la Conférence de Révision du TNP).


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2000 (La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action, v. 8, no. 2, a été publiée en février 2000.)

Mise en place janvier 2001


LES NOTES BAS DE PAGE

1 Department of Defense Directive Number 5134.9, le 14 juin 1994, sur le site internet suivant : http://web7.whs.osd.mil/text/d51349p.txt. les paragraphes et sous paragraphes se trouvent dans le numéro 3.1. Les objectifs techniques sont "une capacité de défense par missiles de théâtre avancés, mobiles, à la fois efficace et rapidepour protéger les éléments expéditionnaires et les troupes déployées à l'avant" des forces américaines et alliées et "un système anti-missiles balistiques (AMB) capable de fournir une défense efficace à la patrie américaine contre des attaques limitées par missiles balistiques, notamment des lancements accidentels, non autorisés ou des attaques délibérées."

2 En dollars de 1996. Stephen Schwartz, ed. Atomic Audit. Washington, DC: Brookings, 1998, chapitre 4, par John Pike, Bruce Blair et Stephen Schwartz. Les dépenses de 1983 à 1996 s'élèvent à 51 milliards de dollars (de 1996). Les budgets, depuis cette époque, sont évalués à environ 3 milliards de dollars par an. La recette fiscale pour l'année 1999 s'élève à 3,5 milliards de dollars et celle de l'an 2000 à 3,6 milliards de dollars (tous deux en dollars actuels). Pour plus de détails sur le programme, voir le site de la Ballistic Missile Defense Organization : http://www.acq.osd.mil/bmdo.

3 Arjun Makhijani, "Japan: 'Always' the Target?", The Bulletin of the Atomic Scientists, mai-juin 1995.

4 Ces affirmations ont depuis causé une large controverse . L'entrée en guerre de l'Union soviétique le 8 août, par exemple, a joué un rôle significatif parmi ceux des leaders japonais qui étaient partisan de la capitulation. Voir, par exemple, Gar Alperovitz, Atomic Diplomacy: Hiroshima and Potsdam; the use of the atomic bomb and the American confrontation with Soviet power, The Decision to Use the Atomic Bomb. New York: Alfred A. Knopf, Inc., 1995

5 Voir Barry Blechman et Stephen Kaplan, Force Without War. Washington, DC; Brookings Institution, 1978, p. 48 pour une liste des états d'alerte nucléaires.

6 Daniel Ellsberg, "How We Use Our Nuclear Arsenal," Donna Gregory, ed., The Nuclear Predicament, St. Martin's Press, New York: St. Martin's Press, 1986, p. 90. Pour une liste des menaces nucléaires faites par diverses puissances nucléaires, voir le numéro double d'Energie et Sécurité sur le désarmement (n°6 et 7),1999.

7 Charles Babbington, "Clinton Regrets Support for Guatemala; U.S. Backed Forces of Former Regime in 36-Year War," Washington Post, le 11 mars 1999, p. A1. La Commission officielle de Clarification Historique du Guatemala a abouti à la conclusion que l'armée du Guatemala avait commis des "actes de génocide".

8 Robert S. Norris and William M. Arkin, "NRDC Nuclear Notebook," Bulletin of the Atomic Scientists, janvier-février 1999 pour ce qui concerne les forces américaines, mars-avril 1999 pour les forces russes, et mai-juin 1999 pour les forces chinoises. Les évaluations sont celles de la fin de l'année 1998 pour les Etats-Unis et la Russie, et 1999 pour la Chine.

9 Philipp C. Bleek et Frank N. von Hippel, Missile Defense: A Dangerous Move, Washington Post, le 12 décembre 1999, page B09.

10 William Drozdiak, Possible U.S. Missile Shield Alarms Europe Washington Post, le 6 novembre 1999, pp. A1 and A22.

11 National Intelligence Council, Foreign Missile Developments and the Ballistic Missile Threat to the United States Through 2015, septembre 1999. Site internet: http://www.cia.gov/cia/publications/nie/nie99msl.html#rtoc12.

12 National Intelligence Council, op. cit. déclare comme suit: "Le transport d'armes de destruction massive (AMD) par missiles impose, au-delà de la complexité déjà existante de conception de telles armes, la mise en place de conditions de conception additionnelles des plus strictes. Par exemple, les modèles d'armes nucléaires initiaux risquent d'être trop gros et trop lourds pour un missile balistique de taille modeste, mais resteraient adaptés à un lancement à partir d'un bateau, d'un camion ou même d'un avion. De plus, un pays (ou tout autre acteur non étatique) ne possède probablement que quelques armes nucléaires, et ce au moins pour les quinze ans à venir. La fiabilité du transport est un facteur essentiel; les méthodes de transport secrètes pourraient offrir des avantages plus importants qu'un missile au niveau de la fiabilité. Un pays veut non seulement que la tête nucléaire atteigne sa cible, mais veut, en plus, éviter un accident causé par une tête nucléaire AMD sur la zone de lancement du missile. D'un autre côté, un navire rentrant dans un port pourrait être utilisé comme vecteur de transport sûr pour une zone limitée, et une détonation nucléaire, qu'elle se produise sur le navire ou sur les quais, pourrait atteindre l'objectif voulu." Un ressemblant point de vue sur la défense par missiles est exprimé par Hans Bethe et d'autres physiciens éminents, qui écrivent en juin 1995 au Sénat américain : " Les systèmes de défense nationaux par missiles (NMD) n'apportent aucune protection contre les attaques futures les plus probables contre le territoire américain par des armes de destruction massive, qui ne seraient pas transportées par missiles. Ces méthodes de transport ont déjà fait leurs preuves lors des bombardements du World Trade Center à New York et du bâtiment fédéral d'Oklahoma City, ainsi que l'attentat au gaz dans le métro de Tokyo. De telles attaques sont relativement peu coûteuses, nécessitent peu de technologie, et peuvent être ciblées avec précision sur les lieux où elles seront les plus efficaces; elles amplifient les effets d'arsenaux limités et peuvent être lancées clandestinement." (La lettre entière peut être lue sur le site internet de l'Union of Concerned Scientists : http://www.ucsusa.org/missiledefense/index.html.)

13 Atomic Audit, op. cit., Figure 1 et chapitre 4. Tous les chiffres sont en dollars de 1996. Ce chiffre comprend les 100 milliards de dollars dépensés jusqu'içi sur les systèmes de défense par missiles.

14 Ronald Reagan, An American Life, New York: Pocket Books, 1999 (nouvelle édition).