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Implications écologiques et sanitaires des bombardements de l'OTAN sur la Yougoslavie"La science pour les masses critiques" apparaîtra régulièrement dans Énergie et Sécurité. Elle fournira aux lecteurs des éléments de référence technique pour les questions de politique discutées dans chaque numéro, ainsi que l'occasion de mesurer leurs connaissances sur ces points techniques. Remarquez qu'il y a plusieurs chiffres qui manquent au Tableau n°2. Vous aidant des informations données dans l'article qui l'accompagnent, remplissez les colonnes vides.
Depuis le début de la guerre entre l'OTAN et la Yougoslavie, le 24 mars 1999, l'IEER a reçu de nombreuses demandes de renseignements sur les effets écologiques et sanitaires des bombardements de l'OTAN sur les installations industrielles et les transformateurs électriques, explosions qui ont engendré des émissions de composés chimiques toxiques dans l'air, la terre et l'eau. Pour donner un exemple, on peut citer le bombardement du complexe chimique Pancevo, situé sur le Danube. (voir la carte) L'IEER ne possède pas de données indépendantes sur les types et les quantités de produits chimiques présents à Pancevo ou sur d'autres sites qui ont été bombardés, mais nous avons compilé toutes les meilleures informations que nous avons pu obtenir pour répondre à ces demandes. Les sources d'information que nous avons utilisées comprennent les communiqués de presse, les données de l'industrie de la chimie, des données sur les effets des produits chimiques sur la santé et l'environnement, et les déclarations des autorités yougoslaves. Les affirmations de ces derniers ont été comparées aux données industrielles américaines, ce qui nous a permis de vérifier que les types de produits chimiques censés être présents pouvaient raisonnablement se trouver sur les types d'installations bombardées. Les usages industriels des produits chimiques qui sont censés être présents à Pancevo et leurs effets sanitaires potentiels sont exposés en détail dans le Tableau n°2 , ainsi que les effets des PCBs qui étaient présents dans les transformateurs électriques bombardés par l'OTAN. PancevoLe complexe de Pancevo, un complexe de fabrication combinée de produits pétrochimiques, de pesticides et de chlorure de polyvinyle, a été bombardé de façon répétée en avril 1999. Les cuves de stockage de produits chimiques auraient alors émis dans l'air, la terre et l'eau, de grandes quantités d'ammoniaque, de dichlorure d'éthylène et de chlorure de vinyle (voir Tableau n°2. Il a aussi été affirmé que 100 tonnes de mercure, 800 tonnes d'acide chlorhydrique, 3000 tonnes de soude caustique et 250 tonnes de chlore liquide auraient été libérées. (The New York Times, le 14 juillet 1999, p.A1) La combustion de produits chimiques chlorés crée d'autres dérivés toxiques, tels que les dioxines. Des traces de phosgène auraient également été inventoriées. Il s'agit d'un agent de guerre chimique extrêmement dangereux qui a servi pendant la Première Guerre mondiale, et qui est également utilisé comme produit chimique rèpandu. Il est difficile de savoir si le phosgène était réellement stocké sur le site, ou si c'est le produit dérivé de la combustion d'autres produits chimiques. Le bombardement de l'usine a envoyé des fumées toxiques dans l'air de la ville de Pancevo et des régions avoisinantes. Des vents favorables semblent avoir empêché qu'il y ait, au moment,un grand nombre de victimes. Les bâtiments de l'usine sont, semble-t-il, tellement contaminés que les journalistes occidentaux qui ont inspecté les décombres plus d'un mois après les bombardements "sont devenus violemment malades après avoir inhalé l'air de Pancevo" (rapport de la radio publique nationale, le 24 mai). Le New York Times rapporta le 14 juillet que des habitants de Pancevo avaient souffert d'un "afflux de symptômes inexpliqués", tels que des maux de tête, des affections cutanées et une augmentation du nombre de fausses couches. Etant donné que les fumées toxiques provenant de grands incendies se déplacent généralement assez loin, elles pourraient affecter une vaste région, et inclure au passage certains des pays membres de l'OTAN. De surcroît, étant donné que les incendies peuvent durer des heures, voire des journées entières, la dissémination des fumées toxiques risquerait de se retrouver emportée dans de nombreuses directions de vents, et pas seulement sur une seule forme allongée, dans une seule direction, qui serait caractéristique d'une émission accidentelle à court terme. Afin d'empêcher que l'air ne devienne toxique à grande échelle dans la région, les autorités de l'usine ont déversé certains des produits chimiques, notamment le dichlorure d'éthylène, extrêmement toxique, dans un canal avoisinant, qui se jette le Danube. Au 24 mai, le dichlorure d'éthylène était au fond du canal et n'avait pas encore aboutit à la rivière (le dichlorure d'éthylène n'est pas soluble dans l'eau, et est plus dense que l'eau). Le Danube est la source d'eau potable pour des millions de personnes en aval en Yougoslavie, en Roumanie, en Bulgarie, et en Moldavie. Les polluants présents dans l'eau de la rivière peuvent également engendrer des dommages aux écosystèmes dans les réservoirs en aval, créés par deux barrages, connus sous les noms de Djerdap Dam I et Djerdap Dam II. Les systèmes de production appartiennent en partie à la Yougoslavie et en partie à la Roumanie. Les transformateurs et l'uranium appauvriL'OTAN a bombardé des transformateurs électriques en Yougoslavie afin de disloquer le système de production électrique du pays. Certains de ces transformateurs contenaient des polychlorobiphényles (PCBs). A cause de leur toxicité persistante, la fabrication et l'utilisation des PCBs sont maintenant largement interdites dans le monde entier. L'OTAN a utilisé des armes anti-blindage à l'uranium appauvri en Yougoslavie. Les armes à l'uranium appauvri ont également été utilisées en Irak. L'uranium appauvri est un métal lourd radioactif et toxique. Les armes à l'uranium appauvri peuvent prendre feu et se transformer en oxydes sous forme d'aérosols. La poudre d'oxyde pourrait être inhalée par les personnes habitant dans le voisinage et leur faire recevoir des doses d'irradiation dans les poumons. Dans les deux cas de la Yougoslavie et de l'Irak, des armes à l'uranium appauvri ont été utilisées dans le contexte de la pollution chimique. Environ un septième du personnel des forces armées américaines qui ont servi pendant la guerre du Golfe de 1991 a eu à subir un ou plusieurs de la série de symptômes, appelés collectivement Syndrome de la Guerre du Golfe. Bien que tous ces symptômes n'aient pu être causés seulement par l'uranium appauvri, celui-ci peut avoir joué un rôle. L'association de contaminants, notamment les effets synergétiques potentiels entre produits chimiques, et entre des associations de produits chimiques et d'uranium appauvri, est source d'inquiétude. La sûreté nucléaire et la proliférationLes bombardements de l'OTAN ont également accru les risques liés à la sûreté nucléaire et à la prolifération. Tout d'abord, un petit institut de recherche nucléaire basé près de Belgrade possède deux réacteurs de recherche (le plus grand des deux a été mis à l'arrêt il y a plusieurs années) ainsi que des quantités significatives de déchets nucléaires stockés (voir Tableau n°1). Une bombe perdue, ayant manqué sa cible, aurait pu avoir des conséquences gravissimes pour l'environnement ou la santé publique si elle avait frappé le site, particulièrement en ce qui concerne la partie servant de site de stockage de déchets. De surcroît, il s'y trouve encore également de l'uranium hautement enrichi de qualité militaire. Pendant les bombardements, l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique (AIEA), a interrompu les inspections du site qui sont menées pour s'assurer que les 60 kg environ d'uranium hautement enrichi (qui suffiraient pour la fabrication d'une ou deux bombes, selon le modèle), ne soient détournés. Le deuxième danger nucléaire est lié aux six réacteurs nucléaire bulgares. La centrale de Kozloduy se situe en aval de la Yougoslavie le long du Danube (voir Tableau n°3 et Tableau n°4). Il existe un vrai potentiel de problèmes opérationnels causés par des contaminants présents dans le Danube, qui interféreraient avec les systèmes de refroidissement à condenseur de la centrale nucléaire. Par exemple, le dichlorure d'éthylène pourrait encrasser les prises d'eau de refroidissement du réacteur ou les systèmes de pompage. Quatre des réacteurs sont d'un modèle plus ancien (VVER 440-230) qui est particulièrement vulnérable aux accidents. L'Académie Nationale des Sciences a fait remarquer dans un rapport de 1995 que les réacteurs VVER 440-230
En plus des défauts de conception inhérents des réacteurs, plus de 100 millions de dollars ont été dépensés sur les tranches 1-4 de Kozloduy depuis le début des années 1990 afin d'essayer de résoudre de graves déficiences dans la condition physique et l'exploitation des réacteurs. Les dépenses engendrées par l'amélioration du système de sûreté ainsi que d'autres systèmes, ainsi que des améliorations de l'exploitation et de la gestion ont été réglées par l'assistance internationale. Malgré cela, l'Union Européenne a fait pression pour la mise à l'arrêt prématurée des réacteurs. Ceci signifierait la mise à l'arrêt des deux premières tranches d'ici à l'an 2002 ou plus tôt, et celle des tranches 3 et 4 quelques années avant leurs fermetures programmées, fixées pour 2010 et 2012. Sources: Radio Publique Nationale, All Things Considered, le 24 mai 1999; Federation of American Scientists Public Interest Report, mai/juin 1999, p.12; Chris Hedges, « Serbian Town Bombed by NATO Fears Effects of Toxic Chemicals » The New York Times, le 14 juillet 1999. |
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement2000 (La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action, v. 7, no. 4, a été publiée en juillet 1999.)
Mise en place octobre 2000.