
La Tribune Libre par Vladimir Iakimets*
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Depuis le début des bombardements de l'Organisation du traité Atlantique-Nord sur la Yougoslavie le 24 mars 1999, les risques nucléaires mondiaux, notamment ceux qui existent entre les Etats-Unis et la Russie, sont devenus inextricablement liés à la crise des Balkans. Afin d'éviter toute spéculation politique, laissez-moi décrire rapidement les développements concernant les armes nucléaires en Russie qui ont été entraînés par cette guerre:
Il est clair que la décision de l'OTAN de bombarder la Yougoslavie sans mandat du Conseil de Sécurité des Nations unies a aggravé une situation nucléaire en régression rapide depuis les premières années pleines des espoirs issus de la fin de la guerre froide. Si cette crise nucléaire est devenue si grave, si soudainement c'est que le fait de faire abstraction du Conseil de Sécurité des Nations unies vient se surajouter à une série de développements néfastes. Plusieurs de ceux-ci renvoient à des engagements pris par l'OTAN et/ou les Etats-Unis soit dans le cadre de traités ou vis-à-vis de la Russie comme gage de la sortie de la guerre froide, tels qu'ils ont été et continuent d'être compris par les Russes, que ce soit le gouvernement lui-même ou la population en général. Par exemple, la Russie, est fermement convaincue - conviction étayée par des sources occidentales du type de l'intervention de l'ex-ambassadeur américain en Russie Jack Matlock dans le New York Times en avril 1999 - que l'on avait fait comprendre à l'ex-président soviétique Mikhail Gorbachev que les frontières de l'OTAN ne seraient pas étendues à l'Est si l'Allemagne de l'Ouest avait le droit de s'unir à l'Allemagne de l'Est et si l'Allemagne unifiée restait à l'intérieur de l'OTAN. Pourtant, l'OTAN fut élargie bien que l'Allemagne ait été pacifiquement rèunifiée sans que l'Union soviétique s'y oppose . De surcroît, pendant les débats sur l'élargissement de l'OTAN, la Russie a reçu la garantie que l'OTAN était une organisation défensive transatlantique qui n'entreprendrait jamais d'action militaire offensive contre un pays souverain sans un mandat des Nations unies (des représentants de l'OTAN avaient dit qu'une telle action offensive était constitutionnellement impossible). Pourtant, c'est ce qui s'est produit dans le cas de la Yougoslavie. Ces développements ont rendu impossible à quiconque en Russie d'accorder toute crèdibilité aux engagements pris par l'OTAN. Par conséquent, même si l'OTAN a plusieurs fois déclaré qu'elle n'avait aucun plan visant à stationner des forces armées conventionnelles ou nucléaires dans les territoires de nouveaux membres, de tels engagements ne portent que peu de poids en Russie, voire aucun. L'expansion de l'OTAN a été une source d'inquiétude particulièrement importante pour les Russes parce que près de 150 bombes nucléaires américaines et les bombardiers qui leur sont associés sont toujours stationnés dans des Etats non nucléaires en Europe (voir le Tableau au-dessous). Le fait qu'il n'existe aucun accord formel qui empêcherait le transport de ces armes jusque dans les territoires des nouveaux membres de l'OTAN, c'est à dire bien plus près des frontières de la Russie, a largement accru les inquiétudes russes. Le stationnement de ces bombes dans des Etats non nucléaires est également discutable si l'on se réfère aux articles I et II du Traité de Non-Prolifération Nucléaire (TNP), qui interdit aux Etats possédant l'arme nucléaire de partager des armes nucléaires avec des Etats non nucléaires. L'extension potentielle d'un partage nucléaire avec des nouveaux membres de l'OTAN est particulièrement condamnable selon le TNP. Comment le gouvernement des Etats-Unis réagirait-il si la Russie commençait à signer des accords avec d'autres pays, particulièrement si ces accords incluaient aussi des actions possibles contre des tiers sans le moindre mandat du Conseil de Sécurité des Nations unies?
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| Allemagne | 45 |
| Belgique | 10 |
| Grèce | 10 |
| Italie | 30 |
| Pays-Bas | 10 |
| Royaume Uni | 30 |
| Turquie | 15 |
| Total | 150 |
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Tous ces développements sont d'autant plus compliqués et aggravés par le désir américain souvent exprimé de déployer un système de défense national par missiles (NMD). Ces déclarations sont très provocatrices dans le contexte d'un monde plein d'armes nucléaires, parce qu'on peut considérer qu'elles font partie intégrante d'une stratégie de première frappe. Etant donné que les garanties exprimées verbalement par les Etats-Unis ne signifient quasiment plus rien dans le discours politique russe, le mouvement américain en faveur du déploiement du NMD est particulièrement déstabilisant. S'il était mené à terme sans l'assentiment explicite de la Russie, un déploiement du système NMD qui violerait, aux yeux de la Russie, le traité Anti Missiles Balistiques de 1972, pourrait avoir des répercussions nucléaires largement aussi sérieuses que celles de la décision de l'OTAN de bombarder la Yougoslavie sans mandat des Nations unies. Ceux d'entre nous qui ont défendu le désarmement nucléaire dans un climat qui était d'ores et déjà très tendu avant le 24 mars dernier, sentent maintenant le sol se dérober sous leurs pas. Etant donné l'absence totale d'une capacité significative en forces armées conventionnelles en Russie, l'expansion de l'OTAN et le fait qu'elle soit passée outre le Conseil de Sécurité des Nations unies, il paraît quasiment impossible pour quiconque en Russie d'agir pour contrecarrer le nouveau rôle, devenu plus important, des armes nucléaires russes, à moins que l'Occident ne fasse les premiers pas rassurants en direction non seulement du gouvernement russe, mais aussi du peuple russe. Un premier pas dans cette direction de la part des Etats-Unis serait de retirer les bombes nucléaires qu'ils ont stationné en Europe et de les ramener dans leur propre territoire. Cela rendrait l'expansion de l'OTAN déjà réalisée moins menaçante pour la Russie, et créerait une nouvelle réalité qui inspirerait à la population [russe] plus de confiance dans le désir des Etats-Unis et de ses alliés européens de travailler avec et non contre la Russie. Cette démarche minimale est nécessaire si l'on veut la sûreté nucléaire, et pour la sécurité mondiale. J'espère que les Etats-Unis vont s'en occuper rapidement. *Vladimir
Iakimets, (Ph.D.), est membre de l'Institute
for Systems Analysis
de l'Académie des sciences russe
à Moscou. Cet article
est l'expression de son opinion personnelle.
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Énergie et Sécurité No.10 Index
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L'Institut pour la Recherche sur l'Énergie et l'Environnement2000 (La version anglaise de ce numéro, Science for Democratic Action, v. 7, no. 4, a été publiée en juillet 1999.)
Mise en place octobre 2000.